Après 45 ans derrière le four, le souffleur de verre de Bretenoux (Lot), va céder la place à un jeune couple bien décidé à perpétuer l'art du soufflage de verre. L'atelier créé en 1998 par Olivier Mallemouche est...
l'essentiel Après 45 ans derrière le four, le souffleur de verre de Bretenoux (Lot), va céder la place à un jeune couple bien décidé à perpétuer l'art du soufflage de verre. L'atelier créé en 1998 par Olivier Mallemouche est repris par Eliott Schiellein, 25 ans, et Valentine Froeliger, 21 ans. Aux côtés de leur prédécesseur, ils peaufinent les derniers réglages avant de voler de leurs propres ailes. Du four à plus de 1 000 degrés aux gestes minutieux des artisans, immersion au cœur d'un métier où le feu façonne autant le verre que les vocations.
Il est à peine neuf heures lorsque la journée commence dans l'atelier situé à Bretenoux, avenue du château de Castelnau. La fraîcheur de la nuit est encore perceptible. Seul le four rappelle immédiatement la réalité du métier. Au fond de la pièce, il tourne sans interruption à plus de 1 000 degrés. Devant lui, Eliott Schiellein, 25 ans, fait lentement tourner sa canne de soufflage. Au bout, une boule de verre en fusion prend forme. À quelques mètres, Valentine Froeliger, 21 ans, prépare la pièce suivante avant d'en reprendre les finitions. Les gestes sont précis, parfaitement coordonnés. "Le four reste allumé en permanence vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Pendant la canicule, il faisait jusqu'à 55 °C dans l'atelier", explique Eliott. "En hiver, on travaille davantage au chalumeau, au thermoformage ou sur d'autres techniques. Aujourd'hui, on ne peut plus vivre d'une seule spécialité".
Depuis deux mois, le jeune couple travaille chaque jour aux côtés d'Olivier Mallemouche, qui leur transmet les derniers gestes avant de leur céder officiellement l'atelier. "Les secrets professionnels, on les garde toujours un peu.", sourit Eliott. "Mais Olivier nous a appris des techniques que nous ne connaissions pas, comme les décors intercalaires. On emprisonne des éléments entre plusieurs couches de verre, ce qui donne une profondeur incroyable. Nous ne faisions jamais cela à la cristallerie."
Eliott Schiellein, 25 ans, Valentine Froeliger, 21 ans, et Olivier Mallemouche. Le souffleur de verre, installé à Bretenoux depuis 1998 a transmis son atelier aux deux jeunes artisans, qui poursuivent désormais l'aventure.
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Chez Eliott, la passion remonte à l'enfance. "J'ai toujours aimé le feu. Un jour, j'ai vu un reportage sur un verrier. Je suis allé le rencontrer et j'y suis retourné plusieurs fois. Un soir, il a réalisé un hippocampe d'une quarantaine de centimètres. Avec la lumière de la nuit, c'était magnifique. Je suis rentré chez moi en sachant exactement ce que je voulais faire de ma vie." CAP, brevet des métiers d'art, puis quatre ans et demi à la prestigieuse cristallerie Saint-Louis, son parcours est tout tracé. "Là-bas, on apprend une exigence incroyable, au millimètre près. Mais il me manquait la liberté de créer. J'ai toujours rêvé d'avoir mon propre atelier."
Pour Valentine, la rencontre avec le verre remonte elle aussi à l'enfance. "La cristallerie Saint-Louis est à dix minutes de chez mes parents. Ils m'emmenaient voir les démonstrations et j'avais des étoiles dans les yeux. Quand il a fallu choisir une orientation, ils m'ont rappelé ces souvenirs. J'ai essayé le lycée spécialisé et j'ai adoré dès le premier jour." Après sa formation et plusieurs stages, elle rejoint à son tour Saint-Louis. C'est là qu'elle rencontre Eliott.
Eliott apporte une nouvelle paraison de verre en fusion à Valentine. En quelques secondes, chacun enchaîne les gestes avec précision avant que la matière ne refroidisse.
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Aujourd'hui, chacun cultive son univers. Eliott imagine tortues, hippocampes ou poissons en laissant une large place à l'instinct. Valentine préfère dessiner longuement avant de souffler le verre pour créer notamment des amphores. "Entre le soufflage, les cuissons, les temps de séchage et toutes les finitions, certaines pièces demandent plusieurs dizaines d'heures de réalisation."
Face à une boule de verre portée à plus de 1 000 degrés, Valentine façonne la matière avec les outils traditionnels du souffleur de verre.
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Assis en retrait, Olivier Mallemouche, 62 ans, observe les deux jeunes artisans avec satisfaction. Lui aussi savait très tôt ce qu'il voulait faire. "Je voulais être souffleur de verre depuis l'âge de huit ans. Je trouvais déjà ces mots magnifiques. Je voulais aussi un métier différent." À ses débuts, les ateliers protégeaient jalousement leurs techniques.
Avant chaque création, Valentine réchauffe régulièrement le verre dans le four de réchauffe afin de conserver toute sa malléabilité. Une étape indispensable du travail du souffleur de verre.
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"Quand je disais que j'étais souffleur, on éteignait parfois les fours pour ne rien montrer. Heureusement, j'ai rencontré quelques personnes qui avaient envie de transmettre." En quarante-cinq ans de carrière, il a formé une quinzaine d'apprentis et accueilli une cinquantaine de stagiaires. "Si on ne transmet pas, le savoir-faire disparaît." Pour lui, le verre reste une matière exigeante. "Vous pouvez réussir parfaitement une pièce un jour et échouer le lendemain en faisant exactement la même chose. Le verre apprend l'humilité. L'erreur est indispensable. Certains de mes décors sont nés d'un accident devenu un savoir-faire."
Concentré sur son ouvrage, Eliott façonne une pièce en verre bleu. Chaque création demande de longues minutes de travail à chaud avant les nombreuses étapes de finition.
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Une philosophie que partage Eliott. "Ce qui me passionne, c'est la matière. Tous les jours sont différents. Je ne connais pas beaucoup de métiers qui permettent cela."
Le public invité à passer de l'autre côté du fourTout l'été, les visiteurs peuvent assister gratuitement au travail des jeunes souffleurs et, sur réservation le mercredi matin, participer à des ateliers d'initiation. En une quinzaine de minutes, chacun peut réaliser une boule de Noël et en une demi-heure, les plus curieux repartent avec un gobelet soufflé de leurs propres mains. "Le but n'est pas seulement qu'ils repartent avec un objet. C'est qu'ils comprennent notre métier", résume Valentine. L'atelier a changé de nom pour devenir Les Murmures du verre, une idée de la mère d'Eliott. "Le verre est une matière délicate. Il faut presque lui murmurer à l'oreille."
Olivier Mallemouche jette un dernier regard vers le four qui continuera de brûler après son départ. "Être créateur, c'est faire le don de ce que l'on est. Quand on ouvre son atelier, on ne montre pas seulement des objets. On montre une partie de soi." À Bretenoux, le feu reste le même. Les mains changent, mais la passion continue de se transmettre, souffle après souffle.