Avec cette décision, Benjamin Netanyahu tente de s’assurer du soutien de sa coalition et de contenter ses électeurs avant de délicates législatives en octobre.
Avec cette décision, Benjamin Netanyahu tente de s’assurer du soutien de sa coalition et de contenter ses électeurs avant de délicates législatives en octobre.
Une décision aux répercussions internationales, mais à visée électorale. Benjamin Netanyahu s’est nettement opposé, dimanche 9 août, au plan des Etats-Unis pour Gaza. « Israël rejette le document en 15 points » présenté fin juillet par le « Conseil de Paix » de Donald Trump, a déclaré le Premier ministre israélien lors d’une réunion du cabinet.
L’armée israélienne « n’effectuera aucun retrait (du territoire palestinien, ndlr) tant que le Hamas ne sera pas véritablement désarmé », a ajouté Benjamin Netanyahu. La feuille de route, acceptée par le Hamas, était censée lancer la deuxième étape du plan de paix à Gaza. Le texte, émanant de l’organisation créée par le président des États-Unis pour s’opposer à l’Onu, devait mettre en œuvre le désarmement du Hamas et le retrait progressif de Tsahal de la bande de Gaza.
À deux mois des élections législatives israéliennes, l’annonce de Benjamin Netanyahu n’est pas anodine. Le scrutin qui remodèlera la Knesset se tient le 27 octobre prochain ; c’est le premier depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 et il doit déboucher sur la composition d’un nouveau gouvernement.
Or, Benjamin Netanyahu est pour le moment au coude-à-coude avec ses adversaires dans plusieurs enquêtes, rapporte l’AFP. Dans le dernier sondage en date, publié jeudi 6 août, par la chaîne de télévision I24 News basée en Israël, le Likoud, que dirige le Premier ministre, devance de cinq sièges le parti Yashar de Gadi Eisenkot (qui se considère comme centriste), son principal concurrent.
Donner des gages à l’extrême droiteDeux blocs principaux s’affrontent. D’un côté, la coalition sortante, dont Benjamin Netanyahu est à la tête, et de l’autre plusieurs partis d’opposition, qui diffèrent les uns des autres, résument Le Monde et Le Nouvel Obs. On trouve par exemple Les Démocrates de Yaïr Golan (gauche), Beyahad de Naftali Bennett et Yaïr Lapid (droite), Israel Beitenou d’Avigdor Lieberman (extrême droite) et le parti Yashar.
« Au total, les partis de la coalition disposeraient de 58 sièges, soit trois de moins que la majorité absolue de 61 députés nécessaire pour former un gouvernement. Le bloc d’opposition hors partis arabes totaliserait 49 sièges. Les formations arabes en obtiendraient 13 », estimait, jeudi, le sondage commandé pour I24 News. Celui-ci reste à prendre avec précautions pour son échantillon. Les intentions de vote dans le pays sont généralement réalisées au-dessous des seuils français, rappelle Le Monde.
Pour espérer conserver le pouvoir, Benjamin Netanyahu doit donc s’assurer du soutien de ses alliés d’extrême droite (entre autres Shas, Judaïsme unifié de la Torah, Parti sioniste religieux et Force juive). Le plan de Trump pour Gaza est vivement contesté par ces derniers, avec lesquels le Premier ministre avait constitué une coalition à l’issue du dernier scrutin de la Knesset en novembre 2022. « Pour Benjamin Netanyahu, le risque est moins important de se fâcher avec Donald Trump que de perdre l’appui des ministres extrémistes qui sont totalement opposés à tout retrait de Gaza », analyse Pascal Boniface, directeur de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (Iris).
Un rejet partagé dans la classe politique israélienneMais le rejet de la deuxième étape du plan pour Gaza n’est pas seulement une réponse à la pression des partis d’extrême droite. Le plan américain est largement impopulaire auprès de l’électorat de droite de Benjamin Netanyahu d’après les sondages consultés par l’AFP, et plus largement par les électeurs israéliens dans leur ensemble, estime CNN.
« Chaque jour qui passe rend plus difficile voire impossible la création d’un État palestinien. Benjamin Netanyahu a dit qu’il était fermement opposé et c’est, en fait, un avis partagé par l’immense majorité de la classe politique israélienne, même par les opposants à Benjamin Netanyahu », souligne Pascal Boniface dans son analyse publiée ce lundi.
Le plan n’est d’ailleurs pas le cœur de la campagne de ces élections législatives. Les sujets sont « tout sauf le problème palestinien : les inégalités face au service militaire, la commission d’enquête du 7-Octobre, les opérations militaires », relève Denis Charbit, politologue franco israélien, auprès du Nouvel Obs.
Benjamin Netanyahu ne peut, lui, pas faire de concessions sur Gaza au risque de perdre davantage de voix. Malgré ses déclarations, les résultats israéliens apparaissent mitigés dans le territoire palestinien. Dix mois après le cessez-le-feu, les frappes se poursuivent dans l’enclave, où le Hamas maintient une partie de son contrôle.