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Un vrai casse-tête : le concours pour imaginer les futurs billets d’euros raconté par la seule Française en lice

Дата публикации: 11-08-2026 15:26:30

La designeuse Isabelle Daëron fait partie des dix derniers candidats dont les propositions ont été retenues par la Banque centrale européenne pour dessiner nos futurs billets. Ils seront mis en circulation courant 2030.

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La designeuse Isabelle Daëron fait partie des dix derniers candidats dont les propositions ont été retenues par la Banque centrale européenne pour dessiner nos futurs billets. Ils seront mis en circulation courant 2030.

Isabelle Daëron au studio Idaë qu’elle dirige à Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne.

Isabelle Daëron au studio Idaë qu’elle dirige à Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. Photo Lucie Sassiat

Par Mathieu Favier

Publié le 11 août 2026 à 17h26

Un point commun relie près de trois cent cinquante millions d’Européens : utiliser les billets imaginés en 1996 par Robert Kalina de la Banque nationale d’Autriche, mis en circulation en 2002. En vingt-quatre ans d’existence, cette monnaie n’a connu qu’une mise à jour, en 2013. C’est dire si le nouveau jeu de coupures constitue une petite révolution dans notre imaginaire monétaire. Pour opérer cette refonte, la Banque centrale européenne (BCE) a lancé début 2025 un grand concours, autour de deux thèmes : « La culture européenne » et « Fleuves et oiseaux ». Après un écrémage des plus de mille deux cents candidats, vingt-cinq designeurs ont été retenus pour soumettre leurs propositions. Au terme de six mois de travail, un jury indépendant a finalement gardé dix propositions… Parmi lesquelles une seule candidate basée en France : Isabelle Daëron, à la tête du studio Idaë, à Ivry-sur-Seine.

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Isabelle Daëron, la designer engagée qui table sur l’utile

« Dessiner une monnaie, c’est travailler avec beaucoup de contraintes », reconnaît la designeuse de 43 ans. Et pour cause, le cahier des charges est pléthorique. Aux nécessaires éléments de sécurité (entre autres, le filigrane et la bande argentée holographique), s’ajoutent — grande nouveauté — le braille… et un ensemble d’éléments graphiques précisément définis. La BCE détaille dans un tableau ce qu’elle attend pour chaque billet.

Pour la coupure de 50 euros, par exemple, l’institution précise vouloir, au recto, « les méandres d’une rivière » avec « une cigogne blanche volant au-dessus d’une rivière sinueuse dans une vallée en forme de U » ; tandis que le verso doit faire apparaître la Cour de justice de l’Union européenne. Le cours d’eau — d’abord source de montagne, chute d’eau, vallée, puis méandres d’une rivière, embouchure, puis paysage marin — est, à dessein, non situé : « Il ne fallait surtout pas mettre un territoire européen davantage en valeur qu’un autre », précise Isabelle Daëron. Dans cet espace contraint, la créativité de la designeuse se niche dans de nombreux détails.

La BCE a imposé plusieurs contraintes visuelles pour chaque coupure. Pour le billet de 50 euros, devaient notamment apparaître les méandres d’une rivière ainsi qu’une cigogne blanche volant au-dessus d’une rivière.

La BCE a imposé plusieurs contraintes visuelles pour chaque coupure. Pour le billet de 50 euros, devaient notamment apparaître les méandres d’une rivière ainsi qu’une cigogne blanche volant au-dessus d’une rivière. Avec l’aimable autorisation d’Isabelle Daëron

Un soleil généreux accompagne le vol des oiseaux — toujours dirigés vers la droite, dans un mouvement tout à la fois tourné vers l’avenir et révélateur du paysage. Un dynamisme que le format vertical permettait davantage que le traditionnel horizontal : « On a toujours travaillé sur les deux formats, mais la verticalité s’est finalement imposée au regard de la composition et de nos usages », étaye Isabelle Daëron. En haut de chaque billet, la bande argentée a été stylisée en ondes de plus en plus agitées à mesure que la valeur du billet augmente. Elle accueille également des innovations techniques : télescope, radar, avion, ballon dirigeable, satellite. « On a souhaité représenter les outils de médiation qui nous sont nécessaires, en tant qu’êtres humains, pour observer notre environnement », détaille-t-elle.

Des naïades dans les filigranes

Pour compléter cet écosystème, l’élément optique variable (un composant de sécurité) revêt la forme d’un insecte que l’oiseau représenté consomme — notamment une libellule pour le martin-pêcheur. « Il était important pour nous de parler de l’importance du vivant et de ses interdépendances », explique Isabelle Daëron. « On a candidaté parce que la thématique rentrait complètement dans le travail que j’ai entrepris il y a huit ans en créant mon studio : traiter des problématiques liées à l’eau dans l’espace public. » Une vision écologique, « pour le bien commun », teintée de poésie : « On ne peut pas le voir, mais pour les filigranes, nous avons souhaité faire référence à la mythologie grecque avec les naïades [des nymphes personnifiant les eaux douces]. »

Pour parvenir à la création — mélange de la spontanéité du dessin à la main et de la précision de l’ordinateur —, un travail d’idéation a couru pendant deux mois, aidé par l’ouvrage de Prill Vieceli Cremers, Money (édition Patrick Frey). Épaulée de son équipe de quatre personnes, la designeuse s’est prêtée, six mois durant, à un redoutable Tetris : agencer tous les éléments de façon à arriver à « une esthétique sobre, sereine, qui rassemble ». Avant d’arriver à la proposition finale, « au moins cinquante tentatives » ont été nécessaires, souffle la designeuse.

Le public a jusqu’au 21 septembre pour voter pour son design préféré. À la fin de l’année, le Conseil des gouverneurs de la BCE, prenant en compte le suffrage populaire et l’avis d’un jury spécialisé, rendra sa décision. Il faudra être patient : la mise en circulation effective des nouveaux billets ne se fera pas avant 2030.

L’ensemble des billets conçus par Isabelle Daëron et son équipe, sur le thème « Fleuves et oiseaux ».

L’ensemble des billets conçus par Isabelle Daëron et son équipe, sur le thème « Fleuves et oiseaux ». Avec l’aimable autorisation d’Isabelle Daëron

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