Cela fera bientôt dix ans que Kim Jong-nam a été tué à l’aéroport de Kuala Lumpur. Depuis lors, les circonstances exactes de son décès demeurent un mystère. Dans le cadre de son dossier “Il était une fois”, LaLibre.be revient sur l’assassinat du demi-frère de Kim Jong-Un. ...
Le 13 février 2017 en matinée, alors que la saison touristique s'apprête à débuter en Malaisie, l'aéroport international de Kuala Lumpur est le lieu d'un événement qui marquera l'histoire. Kim Jong-nam, le demi-frère du dictateur nord-coréen, y décède dans des circonstances qui, aujourd'hui encore, n'ont pas été élucidées.
Un agent neurotoxique très puissantLes premières hypothèses affirment que des aiguilles empoisonnées auraient provoqué la mort de celui que l'on surnomme "le petit général". Après une autopsie et une analyse des caméras de surveillance, deux femmes sont arrêtées. Sur les images, on les voit projeter quelque chose vers le visage du demi-frère de Kim Jong-Un. L'homme ressent alors des vertiges, se dirige vers le comptoir afin d'obtenir de l'aide car il souffre de convulsions. Il sera déclaré mort à l'hôpital quelques heures plus tard. Selon les enquêteurs, l'Indonésienne Siti Aisyah et la Vietnamienne Thi Huong auraient eu recours à un poison de type VX, une version mortelle du gaz sarin. Il s'agit d'un agent neurotoxique très puissant dont une seule goutte par voie cutanée peut tuer une personne de 70 kg. Mais pourquoi viser Kim Jong-nam ? Un petit retour historique sur sa vie et son parcours semble nécessaire pour comprendre les enjeux de cet assassinat.
Kim Jong-nam aurait pu être dirigeant de la Corée du Nord, s'il en avait eu l'étoffe. Né en 1971 à Pyongyang du même père que Kim Jong-Un, l'aîné de la fratrie était censé hériter du pouvoir. Il grandit à l'abri des regards mais vit des moments privilégiés avec son père. À l'adolescence, il part étudier à Genève et ne connaît finalement que très peu son demi-frère.
Cependant, en 2001, un événement le contraint à l'exil. Il est arrêté à l'aéroport de Tokyo, en compagnie de deux femmes, un enfant et… un faux passeport. L'homme se fait passer pour un Dominicain et se présente sous le nom de "Pang Xiong". Quand on l'interroge sur les raisons de ces documents falsifiés, il prétend qu'il voulait simplement emmener ses enfants à Disneyland au Japon en gardant son anonymat. Cette version ne convainc pas, embarrasse le régime nord-coréen et affaiblit sa position d'éventuel successeur de Kim Jong-il.
Kim Jong-Nam ©AFPAprès quelques jours de détention, l'homme est libéré, son père est extrêmement mécontent de cette humiliation diplomatique et Kim Jong-nam tombe en disgrâce. Se sentant inadapté au régime nord-coréen, il poursuit sa vie en exil à Macau, voyageant à travers Singapour, la Chine, la Russie et même l'Europe. C'est donc, assez naturellement, que son petit frère Kim Jong-Un est choisi comme guide suprême de la Corée du Nord au moment de la succession, en 2011. À plusieurs reprises, Kim Jong-nam s'exprime sur l'arrivée au pouvoir de son demi-frère dans la presse japonaise : "Je pense que c'est mon père qui l'a souhaité. Je n'ai pas regretté, ça ne m'intéresse pas. Ça m'est égal. Personnellement, je suis opposé à une nouvelle succession dynastique. La dynastie ne fonctionne pas avec le socialisme."
Cette sortie dans la presse n'est pas appréciée par le leader nord-coréen qui estime que son frère s'exprime de façon un peu trop visible sur le régime de Pyongyang. Kim Jong-nam bénéficie alors de la protection de services étrangers, il a été prouvé qu'il avait des contacts avec la présidente de la Corée du Sud, Park Geun-Hye. On le soupçonne également d'avoir des liens avec la CIA. Tout cela ne plaît pas à Kim Jong Un.
Kim Jong-Un devant le cercueil de son demi-frère, Kim Jong-namSuite à la mort de Kim Jong-nam, l'aéroport international de Kuala Lumpur est nettoyé de fond en comble afin de ne laisser aucune trace du poison VX, qui, inodore et incolore, est extrêmement puissant. Les deux femmes arrêtées sont incarcérées jusqu'à leur procès en 2018. Lors de celui-ci, la Cour de Kuala Lumpur doit trancher : sont-elles de simples boucs émissaires du régime nord-coréen ou de véritables tueuses ? Celles-ci prétendent avoir été dupées. Elles affirment qu'elles étaient persuadées de participer à un jeu dans le cadre d'une caméra cachée diffusée sur internet. Si cette version ne passe pas et qu'elles sont reconnues coupables, les deux jeunes femmes risquent la peine de mort. Quatre Nord-Coréens ont également été filmés par les caméras de surveillance de l'aéroport au moment des faits et sont soupçonnés d'être les cerveaux derrière cette opération. Ceux-ci n'ont cependant jamais été incarcérés et ne participent pas au procès.
VerdictSi tout dans cette histoire est assez mystérieux, l'une des plus grandes interrogations demeure le verdict du procès. Aucune des deux femmes n'a finalement été condamnée pour le meurtre de Kim Jong-nam, elles ont été libérées par les autorités malaisiennes, deux ans après l'assassinat. Les quatre hommes nord-coréens n'ont pas été jugés. Le parquet n'a jamais donné de raison claire à ces décisions de justice. Si le juge a reconnu qu'il pourrait s'agir d'un assassinat politique, il a estimé que les éléments disponibles pour juger cette décision n'étaient pas suffisants.
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un réélu sans surprise à la tête du Parti des travailleursSi Kim Jong-Un n'a jamais revendiqué l'assassinat, beaucoup pensent qu'il se cache derrière les faits. La journaliste spécialiste de la Corée du Nord, Juliette Morillot, explique à nos confrères du média Brut : "En Corée du Nord, il y a ce qu'on appelle la culpabilité par association. À partir du moment où une personne dans une famille est soupçonnée de trahison, son entourage et sa famille sont eux aussi coupables". Quelques semaines après la mort de son père, le fils de Kim Jong-nam a publié une vidéo sur les réseaux sociaux. Il y montre son passeport et affirme qu'il espère que les choses vont "rapidement s'arranger". Il demeure dans une situation de danger depuis 2017. Il vit aujourd'hui encore de manière anonyme à l'étranger dans la crainte d'un attentat nord-coréen.
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