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En Irak, le patriarche chaldéen de Bagdad espère le retour des chrétiens

Дата публикации: 11-08-2026 06:29:00



Dans une interview accordée aux médias du Vatican, Paul III Nona soutient que «le plus grand défi auquel nous sommes confrontés est le fait que tous les chrétiens ne reviennent pas dans la région: beaucoup ont émigré hors d’Irak tandis que d’autres ont choisi de rester dans des zones plus stables». Évoquant le conflit entre les États-Unis et l’Iran, il affirme que le pays ressent «les effets négatifs des tensions, surtout sur l’économie irakienne».
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Dans une interview accordée aux médias du Vatican, Paul III Nona soutient que «le plus grand défi auquel nous sommes confrontés est le fait que tous les chrétiens ne reviennent pas dans la région: beaucoup ont émigré hors d’Irak tandis que d’autres ont choisi de rester dans des zones plus stables». Évoquant le conflit entre les États-Unis et l’Iran, il affirme que le pays ressent «les effets négatifs des tensions, surtout sur l’économie irakienne».

Federico Piana - Cité du Vatican

L’inquiétude des jeunes qui ont perdu l’espérance, l’instabilité de la région due au conflit entre les États-Unis et l’Iran, la douleur des fidèles qui continuent d’émigrer, abandonnant leurs foyers et leurs terres. Les préoccupations du nouveau patriarche chaldéen sont nombreuses. Mais, dans le cœur de Paul III Nona, élu il y a à peine quatre mois, il y a aussi la joie d’un événement ecclésial en apparence routinier: la convocation, pour le 28 août prochain, de la réunion de l’Assemblée des évêques catholiques qui se tiendra à Ankawa, un district situé à quelques kilomètres au nord-ouest d’Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan irakien.

Cela faisait depuis 2021 que les évêques ne s’étaient pas réunis en assemblée collégiale. «À cette occasion, nous discuterons de la nécessité pour l’Assemblée de se réunir régulièrement, ainsi que de certaines questions fondamentales telles que la présence des chrétiens en Irak et les moyens de protéger à la fois leurs communautés et les territoires où ils sont historiquement enracinés», affirme-t-il dans une interview accordée au médias du Vatican. Entretien. 

D’autres questions ecclésiales importantes seront-elles également à l’ordre du jour?

Nous nous pencherons sur la Commission mixte pour la catéchèse, les tribunaux ecclésiastiques et la fraternité de la Caritas. Le chemin synodal est fondamental et nécessaire dans le monde d’aujourd’hui. Je suis convaincu que la collaboration avec les autres Églises catholiques nous rend plus forts et plus aptes à réfléchir et à œuvrer au service de nos fidèles. Nul ne peut tout faire seul, ni penser pouvoir réaliser, par ses propres moyens, tout ce qu’il désire. Après mes échanges avec tous les évêques membres de l'Assemblée, il en ressort qu'ils sont très satisfaits de la reprise de ces rencontres et impatients de renouer le travail ensemble.

Les évêques auront également l’occasion de réfléchir à la situation du pays. Quelle est la situation sociopolitique en Irak?

Du point de vue de la sécurité, la situation du pays est globalement bonne. Cependant, on ressent les effets négatifs des tensions et du conflit entre les États-Unis et l’Iran, surtout sur l’économie irakienne: la population commence à en subir concrètement les conséquences dans sa vie quotidienne. Sur le plan politique, on espère que le gouvernement actuel pourra favoriser un changement, consolider un État fort, fondé sur des institutions solides, et lutter contre la corruption, le principal ennemi de la nation.

Quelles sont les principales préoccupations de la population, en particulier des jeunes, qui constituent l’une des catégories les plus vulnérables?

C’est le manque d’espérance. Les jeunes ont perdu toute espérance en l’avenir, en leur terre, en leur patrie et, d’une certaine manière, en presque tout. À mon avis, c’est là le défi le plus grave, car il rend les jeunes peu enclins à s’engager, à construire leur vie et celle des autres, ou à contribuer activement à l’édification de la société.

Et puis il y a le chômage…

Certes. À la fois, en raison de la rareté des opportunités d’emploi, et du contexte social dans lequel, parfois, ils peinent à trouver leur place et à s’épanouir. À cela s’ajoute un défi supplémentaire pour les jeunes chrétiens: le désir d’émigrer. En conséquence, le nombre de mariages a considérablement diminué. Beaucoup de jeunes ne souhaitent pas fonder une famille ici, car ils ont l’intention de quitter le pays. D’autres, en revanche, ne se sentent pas prêts à fonder une famille dans des conditions marquées par l’incertitude. Le manque d’espoir pour l’avenir de la nation, dû à l’instabilité qui caractérise toute la région, fait que les jeunes n’ont ni l’envie de participer à la vie publique ni celle d’apporter leur contribution. Cela constitue également un grave problème, car ce sont surtout les jeunes qui construisent une nation: sans leur participation et leur engagement, l’avenir risque de devenir de plus en plus précaire.


Il y a également la question du respect des droits de l’homme. Quelle est la situation?

Dans le contexte d’instabilité qui touche la région du Moyen-Orient, la protection des droits de l’homme reste elle aussi fragile et incertaine. D’une manière générale, on ne constate pas de violations graves et systématiques imputables à une orientation officielle. Les problèmes concernent surtout la manière dont certaines institutions traitent leurs membres, ainsi que les comportements dans les relations personnelles. Il existe sans aucun doute des abus, notamment en ce qui concerne certaines propriétés, mais ceux-ci ne semblent pas refléter une ligne officielle et généralisée. De plus, la protection effective des droits individuels reste conditionnée par certaines problématiques délicates et graves, parmi lesquelles la corruption financière occupe une place prépondérante. À cela s’ajoute le contrôle des processus décisionnels exercé par le biais du pouvoir économique ou de l’influence politique.

Maintenant que les djihadistes de Daech ne contrôlent plus le territoire mais continuent d’opérer en tant que réseau clandestin, quelle est concrètement la situation en matière de sécurité dans le pays?

Comme je l’ai mentionné précédemment, elle est globalement bonne dans tout le pays. Dans les régions historiquement peuplées de chrétiens, on ne constate plus les problèmes de sécurité du passé. D’autres défis persistent, notamment l’évolution démographique, le nombre limité de chrétiens qui retournent dans leurs lieux d’origine et, plus généralement, le manque de services essentiels. Cependant, en raison de la dernière guerre, on craint que le pays ne soit entraîné dans le conflit ou ne devienne un terrain d’affrontement entre les différentes parties impliquées. Jusqu’à présent, aucun problème particulièrement grave ne s’est produit, mais l’inquiétude reste vive.

On vient de commémorer le douzième anniversaire de la nuit du 6 au 7 août 2014, lorsque des dizaines de milliers de chrétiens ont été contraints de fuir la plaine de Ninive. Vous avez vécu ces moments aux côtés de votre peuple. Quels souvenirs gardez-vous de cette nuit et quelle signification revêt aujourd’hui cette commémoration pour tous les chrétiens? Y a-t-il un visage, une rencontre ou un épisode de ces heures-là que vous n’avez jamais oublié?

On n’oublie pas facilement ce moment et cette nuit-là. Ils restent gravés dans la mémoire et marquent profondément la vie. Je me souviens de dizaines de milliers de familles en fuite, certaines en voiture, d’autres à pied, la peur envahissant leurs cœurs: cela se lisait dans leurs yeux. Les pleurs des enfants étaient particulièrement déchirants. Personnellement, j’éprouvais une grande inquiétude pour tous ceux qui n’avaient pas encore pris conscience de la nécessité de fuir et se trouvaient encore chez eux. Les joindre et les exhorter à partir le plus rapidement possible a été pour moi source d’une profonde angoisse et d’une grande crainte pour leur sort.

Vous étiez alors archevêque chaldéen de Mossoul – au sud-ouest de la plaine de Ninive – et vous ressentiez tout le poids de cette inquiétude…

Notre principale préoccupation concernait nos familles restées dans les villages de la plaine de Ninive. C’est pourquoi j’ai contacté les prêtres de certains villages et je me suis rendu personnellement dans d’autres, leur demandant d’évacuer le plus rapidement possible toutes les personnes qui se trouvaient encore sur place, car nous avions appris à l’avance que l'État islamique avait l’intention d’avancer. M'assurer que tout le monde avait réussi à se mettre en sécurité a été l'un des moments les plus difficiles et les plus angoissants de cette nuit-là. Une autre grande source de crainte était le fait de ne pas savoir sur qui compter pour faire face à cette situation dramatique. Toutes les institutions du pays étaient paralysées. Nous avons été contraints d'agir en nous appuyant sur notre expérience et en suivant ce que nous estimions, à ce moment-là, être le meilleur choix. Cela aussi a constitué un défi énorme.

Depuis lors, qu’est-ce qui a changé pour les chrétiens?

Il existe sans aucun doute une grande différence entre cette époque et la situation actuelle. Il n’y a plus ce climat de peur intense. Il subsiste toutefois une certaine inquiétude due à l’instabilité générale. À cette époque, les chrétiens ont beaucoup perdu. Et bon nombre de ces pertes ne pourront être compensées. La conséquence la plus grave concerne surtout le grand nombre de chrétiens qui ont abandonné leurs terres et leurs maisons pour émigrer à l’étranger ou s’installer dans d’autres régions du pays. La société est marquée par les guerres et les conflits, inscrite dans un contexte régional difficile et caractérisé par l’instabilité. Tout cela complique les relations et la vie, sous toutes leurs dimensions. Par conséquent, la liberté de vivre sa foi ne concerne pas seulement ce qui se passe à l’intérieur des églises, mais aussi la possibilité pour les chrétiens d’être présents et de participer librement à tous les domaines de la vie sociale. Et ces derniers aspects ne peuvent être pleinement garantis sans se heurter à des obstacles d’ordre institutionnel et social.

Selon vous, quel sera l’avenir de la plaine de Ninive, où la reconstruction matérielle est en grande partie achevée mais où la reconstruction démographique reste incomplète?

Il n’est pas facile de prévoir ce qui va se passer. Le plus grand défi auquel nous sommes confrontés est le fait que tous les chrétiens ne reviennent pas dans cette région. Beaucoup ont émigré hors d’Irak tandis que d’autres ont choisi de rester dans des zones plus stables. Ce retour dépend de nombreux facteurs, notamment la stabilité de la situation politique et l’espoir que les événements douloureux du passé ne se reproduisent pas. Il est nécessaire de retrouver la confiance en l’avenir afin que chaque chrétien puisse vivre librement, avec la certitude de pouvoir se construire une vie stable et d’avoir un emploi dans lequel il ne subisse ni discrimination ni ingérence indue.

Il y a également le défi que représentent la volonté des différentes composantes de cette région de prendre le dessus les unes sur les autres, ainsi que l’utilisation de la Plaine comme terrain d’affrontement politique et social. En tant que chrétiens, de par notre nature et en vertu de notre foi, nous ne souhaitons entrer en conflit avec personne. Au contraire, nos fidèles sont désormais las des conflits et aspirent à vivre dans la paix et la tranquillité. Malheureusement, à ce jour, cette aspiration ne s’est pas encore pleinement concrétisée.

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