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Incendie en Gironde : « Il faudra du temps pour venir à bout du traumatisme intime et collectif »

Дата публикации: 12-08-2026 12:00:00

Le docteur Charles-Henry Martin, psychiatre à Charles-Perrens est le référent de la Cellule d’urgence médico-psychologique (Cump) pour la zone de défense et sécurité Nouvelle-Aquitaine. Depuis le début

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Le docteur Charles-Henry Martin, psychiatre à Charles-Perrens est le référent de la Cellule d’urgence médico-psychologique (Cump) pour la zone de défense et sécurité Nouvelle-Aquitaine. Depuis le début de l’incendie en Gironde, avec son équipe, il accompagne psychologiquement les victimes de ce désastre

Charles-Henry Martin, psychiatre n’est pas de ceux qui fument la pipe derrière un canapé en velours, mais serait plutôt du genre qui court partout, se penche au-dessus des victimes, tend la main. Et propose en plus d’une écoute, un suivi régulier, peut-être même un soulagement. Depuis le début de l’incendie qui a frappé la Gironde le 22 juillet, il n’a cessé avec la Cellule d’urgence médico-psychologique (Cump) Nouvelle-Aquitaine, et sa cohorte de soignants de l’hôpital Charles-Perrens à Bordeaux tous spécialisés en psychiatrie, de se mettre au service de femmes, enfants, hommes, de tous âges, toutes conditions sociales...

Charles-Henry Martin, psychiatre n’est pas de ceux qui fument la pipe derrière un canapé en velours, mais serait plutôt du genre qui court partout, se penche au-dessus des victimes, tend la main. Et propose en plus d’une écoute, un suivi régulier, peut-être même un soulagement. Depuis le début de l’incendie qui a frappé la Gironde le 22 juillet, il n’a cessé avec la Cellule d’urgence médico-psychologique (Cump) Nouvelle-Aquitaine, et sa cohorte de soignants de l’hôpital Charles-Perrens à Bordeaux tous spécialisés en psychiatrie, de se mettre au service de femmes, enfants, hommes, de tous âges, toutes conditions sociales, qui traversent une épreuve exceptionnelle : l’incendie de leur lieu de vie, maison, jardin, forêt environnante, objets du quotidien, ceux qui ont été évacués en plein milieu de la nuit.

« Les traumatismes sont de plusieurs niveaux, il y a d’abord ceux qui ont perdu leur maison : 183 maisons, soit 700 personnes qui se retrouvent sans leur toit, ni leurs meubles, leurs souvenirs », confie le docteur Charles-Henry Martin. « Les traumatismes sont de plusieurs niveaux, il y a d’abord ceux qui ont perdu leur maison : 183 maisons, soit 700 personnes qui se retrouvent sans leur toit, ni leurs meubles, leurs souvenirs », confie le docteur Charles-Henry Martin.

Fabien Cottereau / SO

Le docteur Charles-Henry Martin, psychiatre à l’hôpital Charles-Perrens de Bordeaux est référent CUMP (cellule d’urgence médico-psychologique) de la zone de défense et de sécurité sud-ouest Nouvelle-Aquitaine. Le docteur Charles-Henry Martin, psychiatre à l’hôpital Charles-Perrens de Bordeaux est référent CUMP (cellule d’urgence médico-psychologique) de la zone de défense et de sécurité sud-ouest Nouvelle-Aquitaine.

Collection personnelle

Vous avez ouvert des consultations gratuites, sur plusieurs sites exposés aux incendies, mais surtout à l’école du Porge. Les habitants qui sont rentrés viennent-ils à votre rencontre facilement ou faut-il les solliciter ?

Sur le terrain depuis le début des incendies, nous sommes environ 20 psychiatres, pédopsychiatres, psychologues ou infirmiers psy de l’hôpital Charles-Perrens, à intervenir pour accompagner, soutenir les victimes. Nous avons été repérés et des gens viennent spontanément, ça n’arrête pas. Depuis le début, nous cumulons environ 700 consultations, et 600 appels au numéro vert. Depuis trois jours à l’école du Porge, nous avons reçu 60 personnes quotidiennement, deux tiers d’adultes, un tiers d’enfants et quelques professionnels.

Que pouvez-vous observer de leur traumatisme, arrivent-ils à formuler leur souffrance ?

Les traumatismes sont de plusieurs niveaux, il y a d’abord ceux qui ont perdu leur maison : 183 maisons, soit 700 personnes qui se retrouvent sans leur toit, ni leurs meubles, leurs souvenirs. L’impact psychologique est énorme. Une perte irréparable. Il y a aussi ceux qui ont perdu un lieu, un environnement, qui ne se reconnaissent pas, la dégradation de leur lieu de vie est une souffrance. Et puis, les évacués : ces milliers de gens qui ont dû fuir devant les flammes, ont vécu un stress majeur, sans savoir ce qu’ils allaient retrouver au retour, ni s’il y aurait un retour. Alors, oui, ils arrivent à exprimer, verbaliser leur souffrance. Parfois parler ne suffit pas.

Aujourd’hui, ils sont rentrés chez eux, ou ce qu’il reste de chez eux. Comment vivent-ils ce choc avec une réalité implacable ?

Il y a encore de la sidération. On accompagne des gens qui ont vécu une situation hors-norme, un feu gigantesque, jamais on n’a eu affaire à un si grand nombre de déplacés en même temps, jamais. Là, ils sont dans une espèce de sas, entre une situation exceptionnelle par sa violence, et un retour chez soi, très compliqué. On les aide à ce que la transition soit la plus douce possible vers… la normalité.

Quels sont les troubles que vous repérez ?

Cauchemars, troubles du sommeil, anxiété, hypervigilance, le pessimisme, une réminiscence face au traumatisme du feu. On évalue le niveau de stress et on dépiste, car si les troubles sont normaux face à une situation aussi grave, il faut repérer ceux ont besoin d’un suivi à long terme. En plus de l’impact psychologique lié à l’incendie, ils subissent les conséquences économiques, la peur de ne pas pouvoir rebondir. L’intensité du choc est énorme. Pour les plus vieux, la secousse mentale est très forte, la mémoire est directement touchée, les souvenirs partis en fumée, leur forêt, leur terre. Les enfants ? Certains ont été confrontés au feu, aux évacuations, à la destruction de leur cadre de vie, on observe beaucoup d’enfants qui ne jouent plus, se mettent en retrait, font des cauchemars, pipi au lit. La reconstruction des enfants passera aussi par celle de leurs parents, on les reçoit beaucoup ensemble.

« On accompagne des gens qui ont vécu une situation hors-norme, un feu gigantesque, jamais on n’a eu affaire à un si grand nombre de déplacés en même temps »

Comment les aider à se réparer face à tel traumatisme, sur le long terme ?

Sur le terrain, il y aura des relais pour continuer à tenir cette cellule psychologique. Le numéro vert sera disponible jusqu’à la rentrée au moins. Il faut tout ça, une continuité, pour absorber ce grand besoin de soin. Le traumatisme est intime et collectif, il nous concerne tous, parce qu’il y a eu cet événement, trop proche d’un précédent en 2022, on sait tous désormais, qu’à l’origine, il y a un changement climatique, d’où une anxiété paroxystique, y compris chez les gens qui n’étaient pas en première ligne. Comment aider ? Verbaliser, la solidarité est un outil très important pour réparer. Le remède ? L’attention que l’on porte aux autres, la sécurisation émotionnelle, se rassembler pour se restaurer. Et continuer à soigner ceux qui en ont besoin.

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