Noémie a passé 13 ans en couple avec un homme qui se disait féministe, mais dont les actes racontaient une histoire opposée, du ménage au consentement. Elle raconte.
Noémie a passé 13 ans en couple avec un homme qui se disait féministe, mais dont les actes racontaient une histoire opposée, du ménage au consentement. Elle raconte.

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Quand j’essayais de lui dire que j’étais épuisée de devoir travailler et m’occuper de tout pour notre bébé, il me répondait « Mais pourquoi ? Tu es restée à la maison toute la journée »
TÉMOIGNAGE - À 21 ans, j’ai rencontré mon premier copain. Il était doux, attentionné, et je me suis attachée à lui rapidement. Il travaillait dans une autre ville, et nous ne nous voyions que le week-end.
Dans ces moments, il faisait à manger et la vaisselle, deux tâches ménagères que j’ai en horreur. Il disait souvent qu’il était « très féministe » – moi, ce n’était pas un terme qui m’intéressait particulièrement. Il m’a fallu des années pour me rendre compte qu’il en était bien loin.
Après notre premier enfant, les choses ont changéÉtudiante, je n’avais qu’une idée en tête : devenir chercheuse. J’ai emménagé avec mon partenaire au moment de mon master, puis j’ai poursuivi mes études jusqu’à la thèse. J’appréciais son soutien et le partage équitable des tâches à la maison. J’entendais souvent des amies se plaindre d’avoir des conjoints qui ne faisaient jamais rien, et j’étais reconnaissante de ne pas être dans ce genre de situation.
Après ma thèse, mon compagnon a commencé à insister très lourdement pour que nous fassions un enfant. J’étais en quête d’un post-doctorat, étape importante pour ma carrière. Le monde de la recherche est très compétitif, le congé maternité y est mal vu, mais je ne voulais surtout pas perdre cette relation, alors j’ai accepté. Notre premier enfant est né quelque temps après le début de mon post-doctorat, et cela a été un des moments les plus difficiles de ma vie.
J’avais été embauchée à distance par un laboratoire étranger, dans un pays sans congé maternité. Quand mon bébé a eu trois semaines, j’ai dû recommencer à télétravailler tout en gardant notre enfant et en l’allaitant. Mon mec se disait féministe, pourtant, je me suis retrouvée à tout devoir gérer seule. M’occuper des rendez-vous médicaux, décorer la chambre, acheter les vêtements, faire les courses, m’occuper du linge… C’est là que le fossé a commencé à se creuser. Selon lui, j’avais un travail « flexible » qui me permettait de tout faire, ce n’était même pas un sujet de discussion. Quand, le soir, j’essayais de lui dire que j’étais épuisée de devoir travailler et m’occuper de tout, il me répondait « Mais pourquoi ? Tu es restée à la maison toute la journée ».
« Ne te plains pas, il est quand même féministe »Ce mode de fonctionnement s’est installé petit à petit. Je faisais tout, et quand, le soir, j’essayais de rattraper le travail que je n’avais pas pu faire la journée, il me reprochait de n’aimer que mon travail, et de ne pas aimer ma famille. Quand j’ai commencé à préparer un concours pour obtenir un poste stable de chercheuse, il m’a fait promettre que si je le ratais, j’abandonnerais mon rêve. Je pense que pour lui, en tant que mère, je devais être prête à sacrifier ma carrière. Il avait beau se vouloir plus moderne que ses parents, il avait cette idée ancrée en lui.
Avec soulagement, j’ai obtenu le poste. Nous avons déménagé et avons eu un deuxième enfant. Il a continué à faire la vaisselle et à faire à manger, persuadé que cela représentait la moitié des tâches domestiques. Je me répétais que c’était bien qu’il me « soulageait » de ces corvées mais, dans la pratique, cela n’avait rien d’équitable. Je passais mon temps à m’occuper des enfants et à plier du linge pendant qu’il était assis devant la télé. Je me répétais que j’étais trop exigeante. « Ne te plains pas, il est quand même féministe, tu vois bien que c’est pire chez les autres. »
« Tu n’es pas assez efficace »L’exemple le plus flagrant de ce déséquilibre était notre système du soir. Nous couchions les enfants chacun à notre tour, un soir sur deux. Sur le papier, ça a l’air efficace : le premier couche les enfants, le deuxième range le dîner. Sauf que dans la pratique, les choses ne se passaient pas comme j’aurais pu l’espérer. Quand je couchais les enfants, je leur lisais des histoires, je passais du temps avec eux à discuter pendant que lui rangeait le plus vite possible, pour pouvoir aller se reposer.
Le lendemain, inversion des rôles. Il couchait les enfants rapidement, sans vraiment de passer de temps avec eux, pendant que je mettais une heure à ranger la maison, pour rattraper tout ce qu’il n’avait pas fait la veille. Quel que soit le jour, j’avais systématiquement une heure de travail de plus que lui et si j’essayais de le souligner, il me répondait que je n’étais juste « pas assez efficace », et que je n’avais qu’à « faire comme lui ». Je m’enfonçais dans le surmenage.
La première fois que j’ai entendu « consentement »Durant les années que nous avons passées ensemble, notre vie intime a été très difficile pour moi. Il tenait à avoir des rapports sexuels tous les soirs, et, quand je n’en avais pas envie, il boudait ou négociait, me promettant que « ça ne durerait pas longtemps », jusqu’à ce que j’accepte. J’ai fini par intégrer qu’il ne fallait surtout pas que je dise non, sinon, il y aurait des conséquences.
Après une dizaine d’années de relation, j’en faisais des cauchemars. Je me réveillais le matin avec la boule au ventre, en pensant au moment où il faudrait avoir un rapport le soir. J’étais persuadée que j’avais un problème, que je devais être « frigide ». Je ne pensais pas du tout à la séparation, persuadée qu’il fallait que je travaille sur moi. Lui ne s’est jamais remis en question.
Un soir, lors d’un événement, une connaissance m’a dit « j’organise des ateliers sur le consentement ». Je n’avais jamais entendu ce mot et quand on m’en a expliqué la définition, cela m’a fait l’effet d’une décharge qui a traversé ma vie. J’ai pris conscience que ce que j’avais subi toutes ces années n’était ni plus ni moins que du viol conjugal, puisqu’il finissait toujours par m’extorquer un « oui » à force de négociation et de bouderies, ce qui allait à l’encontre d’un consentement libre et enthousiaste. J’ai décidé qu’il fallait que ça s’arrête, et je l’ai quitté.
Avec le recul, il était loin d’être féministeAvec le recul, j’ai pris conscience qu’il se servait souvent de la comparaison avec d’autres couples pour se valoriser. Celui de ses parents, d’abord, au sein duquel son père ne faisait jamais rien, ceux de nos amis, dont il pointait les inégalités dès qu’il pouvait.
Quand un événement misogyne me choquait dans l’actualité, il prenait toujours la défense des hommes et me disait que j’étais « trop extrême » ou que je m’emportais pour rien. En public, les gens lui faisaient sans cesse des compliments sur son investissement. « C’est bien, les hommes qui font à manger pour leur femme », lui répétait-on souvent.
Je ne crois pas qu’il faisait semblant d’être féministe. Je crois qu’il était sincèrement persuadé qu’il l’était parce qu’il en faisait plus que son père, et persuadé qu’il faisait le bien autour de lui. Mais depuis notre séparation, j’ai rencontré quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui partage vraiment les tâches équitablement, quelqu’un qui respecte vraiment le consentement. Avec lui, ma vie est radicalement différente et je peux le dire avec certitude : mon ex n’était pas féministe.
Ce témoignage a été recueilli et édité par Aïda Djoupa. Pour témoigner, écrivez-nous à temoignage@huffingtonpost.fr, nous vous répondrons avec la marche à suivre.
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