Afin d'éviter la répétition de pareilles catastrophes dans le futur, quelle gestion de la forêt adopter ? ...
En termes de gestion forestière, quelle leçon tirer de cette catastrophe ? Aurait-on pu mieux protéger les Fagnes ? Pour Marc Dufrêne, spécialiste de la gestion des écosystèmes (ULiège), il faudrait s'inspirer des pratiques du sud de la France, déjà éprouvées à grande échelle : "Disposer d'un réseau de surveillance pour détecter les feux le plus vite possible. Il existe des appareils automatiques qui observent les départs de feu, de manière à ce que quelqu'un soit alerté dès qu'il y a la moindre fumée. L'autre pratique est d'avoir des équipes de pompiers en stand-by, lorsque les risques d'incendie sont élevés. Il y a aussi le problème de l'accessibilité : ici des moyens aériens, qui existent, auraient pu être prémobilisés. Bien sûr, il est facile de réécrire l'histoire après, mais il est clair qu'on ne dispose pas assez de moyens de prévention et d'investissement pour être capable de réagir comme on aurait dû".
Un autre aspect est que les pompiers ont dû ici protéger les forêts plantées de résineux qui jouxtent les tourbières, car les épicéas s'enflamment très facilement. "S'il y avait eu des feuillus, si ces sols n'avaient pas été drainés pendant des années, si les sols des plantations d'épicéas étaient occupés par une couche de végétation arborée plus adaptée aux conditions écologiques, on aurait pu avoir une chance de mieux contrôler l'incendie, et ne pas devoir empêcher que le feu pénètre dans les épicéas." En outre, "dans les résineux, il existe des chemins permettant d'accéder assez rapidement au feu pour intervenir. Dans les tourbières, qui sont inaccessibles, il n'y a pas de coupe-feu historiques."
En Wallonie, 20 000 à 30 000 hectares de résineux (sur 180 000) se trouvent sur un sol humide et pourraient être remplacés par des feuillus. "Ces forêts pourraient être restaurées, avoir un rôle tampon, et être davantage orientées nature et stockage de carbone que production de planches et de bûches."
Une couche de fumée, une forte odeur de brûlé persistante, les Hautes Fagnes sont en feuCartographie préciseL'image de forêts constituées exclusivement d'épicéas n'est toutefois plus vraiment d'actualité en Wallonie, rappelle de son côté Philippe Lejeune, expert en gestion des ressources forestières (ULiège), qui juge aussi les forêts wallonnes plutôt bien entretenues. Le scientifique plaide néanmoins, en cas de risque, pour une fermeture préventive des espaces naturels les plus vulnérables aux incendies. Une cartographie plus précise des lieux et la prise en compte des indices météorologique devraient aussi notamment aider à mieux anticiper.
"On attend, mais c'est un stress" : témoignages des personnes évacuées des FagnesPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.