Un édito de François Mathieu ...
Comment faire de l'urgence climatique une cause politique majeure, sans culpabiliser les citoyens ni sacrifier la justice sociale ? La question provoque de vifs débats en France suite au drame des incendies gigantesques dans les Landes et en Gironde. L'action – ou plutôt l'inaction – du parti écologiste est dans la ligne de mire. En Belgique, l'action des verts avait aussi été questionnée suite à leur débâcle électorale de 2024. Le virage manqué de la transition, c'est la faute à Ecolo ? Non, bien sûr. La transition climatique impose des arbitrages trop lourds pour être abandonnés à un seul parti politique. Certes, ces dernières années, la transition climatique n'a pas été le principal cheval de bataille des écologistes, en Belgique comme en France. Les écologistes avaient et ont toujours le droit d'émettre des propositions politiques sur tous les sujets, quels qu'ils soient. C'est évident. Mais ces dernières années, les Verts ont souvent été assimilés à la gauche radicale et à l'écologie punitive proposant tes contraintes, des normes et des taxes pour faire entendre leur voix. Au point de les rendre inaudibles.
L'écologie n'est cependant pas le propre d'un seul parti, disions-nous. Les conséquences du dérèglement sont en ligne avec les scénarios les plus pessimistes, et cela concerne tout le monde. L'adaptation, pourtant, a pris du retard quasi partout : infrastructures, aménagement du territoire, habitat, aide aux plus vulnérables… Ce n'est pas uniquement la faute des écologistes. La question devient alors : comment concilier urgence scientifique et implication politique ? Cette question en appelle une autre : peut-on demander des sacrifices aux citoyens sans proposer aussi des solutions socialement acceptables et proportionnelles à la pollution occasionnée ? Sans réponse valable à cette question, et sans tomber dans la moralisation, il n'y aura jamais d'écologie politiquement partagée.
L'économiste Christian Gollier (TSE) le rappelait dans son livre Le climat après la fin du mois : "Pour la plupart, ici et ailleurs, la fin du mois passe avant la fin du monde." De fait, l'écologie ne peut être pensée indépendamment de l'arbitrage entre bien-être immédiat et intérêts des générations futures. Or les débats occultent ce constat, alors que le moment n'a jamais été aussi propice. Il est plus facile de polémiquer sur des sujets politiquement plus rentables et qui occupent l'actualité immédiate. Mais ils auront bien peu d'importance si la crise climatique, dans cinquante ans, rend une grande partie de la planète invivable.
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