La Russie vote jusqu’à dimanche pour élire 450 députés et plusieurs milliers d’élus locaux. Les scrutins sont joués d’avance mais le président ne peut s’empêcher de craindre ces moments “d’instabilité”. ...
Aucune place n'a été laissée au hasard, encore moins au choix populaire : les opposants ont été écartés des élections, les observateurs soigneusement sélectionnés, les fonctionnaires seront une nouvelle fois contraints d'aller (bien) voter et de le prouver à leur supérieur avec une photo de leur bulletin. Le vote en ligne, lui, sera enfin massivement utilisé pour frauder.
Mais l'été a été marqué par l'irruption de la guerre dans la vie des Russes et l'apparition de doléances émanant des quatre coins du pays. De quoi pousser Vladimir Poutine à rester en alerte, lui qui compte offrir plus de 300 fauteuils aux candidats de son parti, "Russie Unie", lui permettant ainsi de réaliser n'importe quel changement constitutionnel sans avoir à consulter le reste du parlement.
Le risque d'imprévus est pourtant faible. L'opposition cherche à saboter les projets du Kremlin mais elle apparaît profondément divisée, comme à chaque scrutin… Ioulia Navalnaya, veuve de l'opposant mort en colonie Alexeï Navalny et le blogueur d'opposition Maxime Katz ont appelé les électeurs russes à participer à la stratégie du "vote intelligent". Il s'agit de voter "pour n'importe quel parti, sauf Russie Unie".
Le chef du parti d'opposition Iabloko, encore présent en Russie mais privé d'élections législatives, s'en est publiquement pris aux opposants en exil. Il appelle à invalider les bulletins déposés dans l'urne. "Cela fait 11 ans que les gens au pouvoir mettent mes camarades en prison, et Katz et Navalnaya veulent les soutenir aux élections ? Certains politiciens ne comprennent pas la politique, que ce sont ces partis qui ont permis tous ces morts à la guerre" a dénoncé Nikolay Rybakov.
À Moscou, des panneaux publicitaires appellent à choisir le vote en ligne, mais c'est à peu près tout. La campagne est quasiment invisible, plusieurs chaînes de télévision régionales ont dû annuler leurs débats en direct, car aucun candidat ne s'était présenté aux studios.
Les élections, période sensible pour le KremlinLes élections russes n'existent plus que pour des questions de légitimité du pouvoir. Or, cette stratégie de légitimation ne fonctionne que si des Russes se rendent bel et bien dans les bureaux de vote. Le Kremlin semble pourtant partir défaitiste sur l'enjeu de la participation, au point de faire appel à des blogueurs et stars de la musique pour les accréditer comme observateurs et les pousser à légitimer les votes auprès de leurs audiences.
"Je parle souvent dans mes chansons de l'amour pour la patrie. Pour moi, en tant que citoyenne de notre pays, observer un scrutin, c'est l'occasion d'exprimer mon amour non pas avec des mots, mais avec des actions", explique ainsi Tatiana Kurtukova, chanteuse folklorique de 33 ans.
"Pour Vladimir Poutine, les féminismes correspondent à des valeurs occidentales qui sont dégénérées"Les "fils de" plus facile à contrôlerPeu serein face aux militaires de retour du front, Vladimir Poutine a dû renier son engagement à faciliter leur engagement politique, pris en 2024 par la création d'une organisation, "Le temps des héros". Les candidats issus du ministère de la défense représentent environ 4,7 % du nombre total de candidats. "Le gouvernement russe fait face à un dilemme" explique Olga Shurakova, journaliste russe en exil. "Il doit faire entrer des participants à la guerre au parlement et en même temps les empêcher de devenir une véritable force politique".
La journaliste estime que les vétérans "ne s'inscrivent pas dans un schéma de loyauté politique" et qu'ils sont perçus comme "ingérables" par le Kremlin. Le pouvoir sait qu'une partie conséquente des militaires défend des positions nationalistes parfois critiques du pouvoir, comme pouvait l'être l'ancien mercenaire Evgueni Prigojine, dont le Kremlin avait dû se débarrasser après sa montée sur Moscou avec des hommes armés en 2023.
En octobre 2024, un militaire a été élu maire d'une petite ville de la région de Kirov. En quelques semaines, il s'est fâché avec les autres élus locaux en tentant de dénoncer des schémas de corruption. Le Kremlin a tenté de l'envoyer sur le front mais la population l'a retenu… Vladimir Poutine ne se voit pas devoir gérer ce genre de situations à l'échelle du parlement.
Qui est Ioulia Navalnaïa, l'opposante contre laquelle Moscou a délivré un mandat d'arrêt ?Il y en a pourtant qui trouvent leur place dans ces élections. À défaut de mettre en avant les soldats, le Kremlin a placé quelques-uns de ses fidèles soutiens dans les urnes. On retrouve par exemple Mikhail Rakhlin bien placé pour remporter un mandat dans la région de Saint-Pétersbourg. Son père n'est autre que le professeur de judo de Vladimir Poutine. Ou encore Denis Rybakov, président de la fédération de Sambo, sport pratiqué par le président russe, candidat dans la région de Kemerovo.
On retrouve également Dmitri Shishkin, créateur de la marque de vêtements à l'effigie du président russe "Team Poutine", candidat à Ekaterinbourg. Ces élections législatives font également apparaître une nouvelle génération de "fils de", des enfants d'anciens députés, d'oligarques ou d'employés de l'administration présidentielle à qui il est visiblement plus facile de faire confiance…
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