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Rachat de SFR : après l’appel à la grève, les syndicats saisissent la justice

Дата публикации: 15-09-2026 07:00:00

Sur le papier, les grandes lignes sont tracées. SFR doit être repris par ses trois principaux concurrents pour 20,35 milliards d’euros et ses différentes activités réparties entre Free, Orange et Bouygues Telecom. Mais derrière les milliards, les fréquences, les réseaux et les millions d’abonnés, une question beaucoup plus difficile commence à s’imposer : que va-t-il réellement arriver aux [...]

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Sur le papier, les grandes lignes sont tracées. SFR doit être repris par ses trois principaux concurrents pour 20,35 milliards d’euros et ses différentes activités réparties entre Free, Orange et Bouygues Telecom. Mais derrière les milliards, les fréquences, les réseaux et les millions d’abonnés, une question beaucoup plus difficile commence à s’imposer : que va-t-il réellement arriver aux salariés de l’opérateur ? Le conflit vient de franchir un nouveau cap. Après avoir appelé à la grève pour le 24 septembre, les représentants du personnel ont désormais choisi la voie judiciaire. Le CSE central d’Altice France a assigné la direction afin d’obtenir davantage de documents, d’informations et de réponses concernant la cession. La direction assure avoir communiqué tout ce qu’elle pouvait juridiquement transmettre à ce stade. Les syndicats considèrent manifestement que cela ne suffit plus.

Cette confrontation dépasse donc désormais le simple dialogue social. Elle touche au principal paradoxe du gigantesque chantier SFR : les acheteurs savent précisément quels actifs ils souhaitent récupérer, mais les salariés veulent savoir avec la même précision où ils se retrouveront demain.

Le CSE veut accéder aux documents du projet de cession.

La démarche engagée devant la justice vise d’abord à obtenir davantage d’informations sur les modalités de l’opération. Le CSE central réclame des documents ainsi que des réponses de la direction d’Altice France concernant le projet de vente et sa mise en œuvre. La direction a confirmé l’assignation aux salariés, tout en affirmant avoir transmis l’information la plus complète dont elle disposait, dans les limites imposées notamment par le droit de la concurrence.  La nuance est importante. Une transaction de cette taille ne peut pas être décrite comme une opération déjà totalement bouclée. Le protocole signé en juin prévoit une valeur d’entreprise de 20,35 milliards d’euros, mais la réalisation reste soumise à plusieurs étapes réglementaires. Et le montage est particulièrement complexe. Il ne s’agit pas d’un concurrent rachetant simplement SFR pour l’intégrer. L’opération implique trois acquéreurs différents, avec trois opérations de concentration distinctes mais liées contractuellement.  C’est cette particularité qui rend le volet social particulièrement sensible.

Derrière le partage de SFR, il faut aussi répartir les métiers.

Un réseau mobile peut être partagé contractuellement. Des fréquences peuvent être transférées sous réserve des autorisations nécessaires. Des clients, des infrastructures ou des activités peuvent rejoindre différentes entreprises. Pour les salariés, l’équation est évidemment beaucoup moins abstraite. SFR rassemble des techniciens, des ingénieurs réseau, des développeurs, des équipes commerciales, des boutiques, des fonctions administratives, du support, des métiers de la cybersécurité et de nombreux services transverses. Or, lorsque trois groupes déjà structurés récupèrent différentes parties d’un quatrième opérateur, la question des doublons devient inévitable. C’est précisément ce qui nourrit les inquiétudes sociales. Les organisations syndicales estiment que plusieurs milliers d’emplois pourraient être concernés et jugent pour l’instant insuffisantes les solutions de reclassement proposées. C’est après une réunion avec les représentants du consortium que la CFDT, la CFTC et l’Unsa ont décidé d’appeler ensemble à la grève le 24 septembre.  La bataille ne porte donc plus seulement sur la vente de SFR. Elle porte sur les conditions dans lesquelles SFR peut disparaître sans laisser une partie de ses salariés entre deux opérateurs — ou entre deux organisations.

Le 24 septembre devient une première date test.

L’appel à la grève est maintenu pour l’après-midi du 24 septembre. Ce mouvement donnera une première indication du niveau de mobilisation interne, mais il servira également de moyen de pression dans les discussions avec les futurs repreneurs. Les syndicats disposent désormais de deux leviers parallèles : la mobilisation sociale et la procédure judiciaire. Dans le même temps, le calendrier de consultation du personnel a lui aussi commencé à bouger. La période qui devait initialement s’achever ces derniers jours a été prolongée jusqu’au 6 octobre.  Ce décalage est significatif. Il montre que, malgré l’accord industriel annoncé depuis juin, la construction sociale du projet reste loin d’être stabilisée. Et le temps ne joue pas nécessairement de la même manière pour tout le monde. Altice veut avancer dans sa cession. Les trois repreneurs doivent préparer l’intégration des actifs qu’ils convoitent. Les autorités doivent examiner les conséquences concurrentielles. Les représentants du personnel, eux, veulent connaître les conséquences individuelles et collectives avant que les décisions ne deviennent irréversibles.

Free, Orange et Bouygues ne rachètent pas simplement un quatrième opérateur

C’est aussi ce qui rend cette opération sans véritable équivalent récent dans les télécoms français. Depuis l’arrivée de Free Mobile en 2012, le marché repose sur quatre grands réseaux nationaux. Si le projet aboutit, il reviendra à trois opérateurs. L’Arcep a elle-même décrit l’accord de juin comme une étape vers une possible consolidation du marché français à trois acteurs. Elle a également prévenu qu’elle serait particulièrement attentive, pendant toute la transition, à la continuité des services, à la couverture et à la qualité des réseaux SFR.  Pour les consommateurs, les interrogations porteront naturellement sur les prix, la qualité de service et la concurrence. Pour les salariés, le problème est différent : qui récupère quoi, mais surtout qui récupère qui ? C’est probablement la question à laquelle les documents réclamés par le CSE pourraient permettre de répondre plus précisément.

Une autre temporalité vient compliquer le dossier. L’Autorité de la concurrence française est désormais chargée d’examiner les différentes opérations. Elle a annoncé que les trois dossiers seraient instruits concomitamment et estime que, compte tenu de leur complexité, l’examen devrait durer au moins dix-huit mois.  Autrement dit, la transformation définitive du marché français des télécoms ne se jouera pas dans les prochaines semaines. Les autorités devront déterminer si le passage de quatre à trois opérateurs peut être accepté et, le cas échéant, sous quelles conditions. Car la consolidation possède deux lectures opposées. Les opérateurs mettent en avant la possibilité d’accroître les investissements dans les réseaux, leur résilience, la cybersécurité et les nouvelles technologies. C’est l’un des arguments industriels avancés depuis le début du projet.  Mais réduire le nombre d’acteurs nationaux pose mécaniquement la question de la pression concurrentielle. L’Arcep rappelle justement que son objectif reste de préserver des prix compétitifs, une bonne couverture, la qualité de service et l’innovation.  Les salariés ajoutent maintenant une troisième dimension à cette équation : l’emploi.

La disparition de SFR ne se résume donc plus à son logo.

Depuis l’annonce du projet, la perspective de voir disparaître le carré rouge constitue le symbole le plus spectaculaire de l’opération. Mais un opérateur n’est pas seulement une marque. SFR, ce sont des infrastructures, des fréquences, des boutiques et des millions de contrats. Ce sont également des milliers de personnes et une organisation construite pendant plusieurs décennies. C’est précisément pourquoi la phase qui commence peut être plus difficile que la négociation financière elle-même. Répartir les actifs répond à une logique industrielle. Répartir les salariés implique des compétences, des implantations géographiques, des conventions collectives, des fonctions parfois redondantes et des choix humains beaucoup plus difficiles à réduire à un tableau Excel. La saisine de la justice raconte finalement cela. Le prix de SFR est connu. Le partage industriel commence à se dessiner. Le coût humain de l’opération, lui, reste encore la grande inconnue.

Ce qu’il faudra maintenant surveiller.

Deux dates vont rythmer la séquence immédiate : le 24 septembre, avec la grève, puis le 6 octobre, nouvelle échéance de la consultation du CSE. La décision de justice concernant l’accès aux documents pourrait entre-temps déterminer le niveau d’information auquel les représentants du personnel pourront prétendre. Mais la question la plus importante concernera les engagements pris par Free, Orange et Bouygues Telecom sur les salariés appelés à rejoindre leurs périmètres respectifs, les éventuelles suppressions de postes et les possibilités de reclassement. Il faudra enfin distinguer deux batailles qui vont désormais avancer en parallèle : la bataille sociale à l’intérieur de SFR et la bataille concurrentielle devant l’Autorité de la concurrence. Elles portent sur la même opération, mais ne répondent pas aux mêmes questions. Et il est tout à fait possible que la première devienne urgente bien avant que la seconde ne soit tranchée.

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