Réclamées pour soutenir le pouvoir d’achat, les mesures d’urgence nourrissent les canicules de demain. Et si on sortait la démocratie de la prison du présent ?
Deux euros et trente-neuf centimes ! Le prix du litre de gazole a battu un nouveau record. Pêcheurs mécontents, gros rouleurs sur la brèche… Les médias ne parlent que de ça, passant souvent sous silence, à la différence de l’hiver dernier, les causes géopolitiques de ce choc pétrolier – l’attaque lancée par Donald Trump et Benyamin Netanyahou contre l’Iran et ses conséquences en cascade.
En cette rentrée préélectorale, c’est plutôt la rumeur d’un possible réveil des « gilets jaunes » qui enflamme les réseaux sociaux. La situation sociale a été jugée suffisamment explosive pour qu’Emmanuel Macron décide de prendre la parole et rappelle qu’avec des finances publiques dans le rouge écarlate le « quoi qu’il en coûte », c’est fini. Il a ainsi fermé la porte aux responsables politiques qui réclament des aides plus massives, un plafonnement du prix des carburants ou encore une baisse de leur fiscalité.
Quand on sait qu’une partie des Français vit au centime près à partir du 15 du mois, on peut être tenté de le regretter. Mais on peut aussi s’étonner que nos politiques aient à ce point la mémoire courte. Ont-ils oublié un autre record qui, lui aussi, faisait la une des JT il y a un mois ? 42 °C à Nantes (Loire-Atlantique), 46 °C à (Hérault)… Les vagues de chaleur de l’été ont causé près de 8 000 décès en excès, attisé des incendies qui ont ravagé près de dix fois la superficie de Paris, et coûté au bas mot 0,1 point de croissance.
Or les mesures d’urgence réclamées pour soutenir le pouvoir d’achat sont celles-là mêmes qui, en épaulant l’usage de la voiture thermique, nourrissent les canicules de demain. L’exemple le plus frappant étant l’appel d’un Bardella (RN) et d’un Retailleau (LR) à supprimer les certificats d’économie d’énergie (CEE), accusés de plomber le litre à la pompe de quelques centimes, alors que ce dispositif permet de financer la transition écologique. Sans CEE, pas de leasing social sur la voiture électrique. Tant pis pour ces Français modestes que le RN dit pourtant défendre…
L’essor des conventions citoyennesUne fois encore, le court terme – notre pouvoir d’achat – percute le long terme – le changement climatique. Notre « myopie démocratique », pour reprendre l’expression de Pierre Rosanvallon, a encore frappé : on voit de près mais pas de loin. Un classique, puisqu’il s’agit là, selon l’historien, d’un problème intrinsèque aux démocraties, qui tirent leur légitimité de la possibilité pour le peuple de s’exprimer régulièrement dans le cadre d’élections. Or celles-ci installent une « tyrannie du présent ». Au risque de creuser les inégalités entre les générations. Comment déjouer ce piège ? « La démocratie doit marcher sur deux pieds. Si les politiciens doivent changer souvent, les politiques doivent regarder le long terme », dit Rosanvallon, qui plaide pour la création d’un « Parlement du futur » qui porterait la voix des jeunes.
Pour l’heure, une autre méthode est en train de se construire pour sortir la démocratie de la prison du présent : ce sont les conventions citoyennes, destinées à tracer des voies de passage sur des problèmes qui résistent au simplisme. Celle qui s’est tenue sur le climat en 2019 n’a pas tenu ses promesses, Emmanuel Macron ayant renoncé à suivre ses recommandations. Mais une autre, sur la fin de vie, en 2023, a permis d’aboutir à un compromis cristallisé dans une loi votée de façon transpartisane.
En cette rentrée, deux nouvelles conventions ont démarré. L’une, pilotée par le CNRS et accueillie par l’université de Lille, appelle à « écrire ensemble la démocratie de demain », contre la polarisation des débats et la défiance citoyenne. L’autre, lancée par l’ingénieur Jean-Marc Jancovici et son Shift Project, et doublée – c’est une innovation – d’une plateforme numérique sur laquelle tout citoyen peut contribuer, doit faire émerger des accords sur des grands dilemmes de notre époque. Climatiques, mais pas seulement : on y parlera des sujets qui fâchent. Par exemple, faut-il imposer une transition rapide vers l’électrique pour tenir les objectifs écologiques, au risque de détruire des emplois et de fragiliser le budget des ménages ? Ou ralentir le rythme au détriment du climat…
Lorsque ses travaux auront abouti cet hiver, il restera à convaincre les candidats de s’emparer de ses conclusions. Même si celles-ci nous emmènent au-delà de 2030. Pour qu’on ne parle plus pouvoir d’achat sans penser canicule. Et réciproquement.
Par Morgane Bertrand
| # | Наименование новости | Тональность | Информативность | Дата публикации |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Teurer Sprit: Die Bundesregierung darf die Menschen nicht alleinlassen | 0 | 7.26 | 19-08-2026 |
| 2 | Contre la flambée des prix de l’essence, des actions très disparates dans les pays européens : TVA, prix plafonnés, aides… | 0 | 5.92 | 23-09-2026 |
| 3 | La doliente democracia | 0 | 10 | 27-07-2026 |
| 4 | Steigende Spritpreise als Angstmotor: Die Solidarität der Regierung mit der Bevölkerung ist überfällig | 0 | 10.4 | 15-09-2026 |
| 5 | How democracies are using autocratic tools to muzzle journalism | 0 | 10 | 05-02-2026 |
| 6 | Horrende Schulden zulasten künftiger Generationen: Die Regierung muss für alle besser haushalten | 0 | 8.19 | 14-09-2026 |
| 7 | Teure Spritpreise: Was die Politik dagegen tun will | 0 | 5 | 23-03-2026 |
| 8 | Einsatz unerwünscht? Politik und Wirtschaft unter Dauerfeuer | 0 | 7.9 | 21-09-2026 |
| 9 | Se libérer sans vous, se libérer de vous | 0 | 5.46 | 05-12-2015 |