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En pleine montée en puissance, les Houthis harcèlent l’Arabie saoudite et « dealent » avec Trump

Дата публикации: 20-09-2026 15:09:08

Le groupe rebelle chiite, caillou dans la chaussure des Saoud, a conquis le littoral yéménite le long de la mer Rouge. Donald Trump hésite à attaquer cette force montante dans la péninsule arabique, qui menace le détroit stratégique de Bal el-Mandeb.

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Manifestation de partisans des Houthis, à Sanaa au Yémen, le 18 septembre. MOHAMMED HUWAIS / AFP

Les Etats-Unis disent redouter une « escalade rapide » des hostilités au Moyen-Orient après les attaques répétées des Houthis du Yémen contre l’Arabie saoudite, dont la capitale a été visée pour la première fois depuis des mois par ces combattants pro-iraniens. Le point sur les derniers développements de ce conflit qui menace l’approvisionnement pétrolier mondial.

Qui sont les Houthis ?

Les Houthis, dont le nom officiel est Ansar Allah, sont un mouvement politico-militaire yéménite issu du zaïdisme, une branche du chiisme. Historiquement implantés dans les montagnes du nord du Yémen, ses combattants se sont insurgés contre le pouvoir central à partir de 2004. Dotés d’une branche politique et d’une branche armée, ils ont pris Sanaa, la capitale, en 2014 et gouvernent depuis une grande partie du pays, tout en combattant le gouvernement reconnu internationalement et la coalition conduite par l’Arabie saoudite.

Soutenus militairement par l’Iran mais dotés d’une réelle autonomie, ils sont progressivement devenus un acteur régional capable de frapper Israël, l’Arabie saoudite et la navigation en mer Rouge. Ils ont récemment conquis (les 10-11 septembre) l’intégralité de la côte yéménite longeant la mer Rouge, au sud-ouest du pays, y compris l’île de Mayyoun d’où ils menacent le trafic maritime saoudien à travers le détroit de Bab el-Mandeb, stratégique pour le commerce mondial, notamment d’hydrocarbures − à l’instar du détroit d’Ormuz, paralysé depuis presque sept mois par la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran.

Ces combats, et les hostilités qui ont suivi avec le royaume saoudien, ont déjà perturbé le trafic maritime et les exportations de l’Arabie saoudite, premier fournisseur d’or noir de la planète. Par ricochet, le baril de pétrole s’est installé au-dessus des 100 dollars, faisant bondir les tarifs à la pompe pour les consommateurs du monde entier.

Frappes directes contre Ryad

A Ryad, la capitale saoudienne, de fortes explosions ont retenti à deux reprises samedi 19 septembre. Les journalistes de l’AFP ont vu un réservoir de carburant portant le logo du géant pétrolier saoudien Aramco en feu près de l’aéroport. « Ce conflit militaire a le potentiel de connaître une escalade rapide », a estimé le département d’Etat américain dans un avertissement sur X aux ressortissants américains se trouvant au Moyen-Orient.

De la fumée s’élève à proximité de l’aéroport de Ryad, le 19 septembre. - / AFP

Alors que la trêve de 2022 a volé en éclats en juillet, l’offensive éclair des Houthis ces dernières semaines au Yémen a fait des centaines de morts et, selon l’ONU, plus de 110 000 déplacés. Samedi soir, la coalition dirigée par l’Arabie saoudite a confirmé sur X qu’un missile avait été tiré la nuit précédente par les Houthis en direction de Ryad, tout en assurant qu’il avait été détruit. Selon elle, ces combattants ont également tenté de cibler « des civils » dans plusieurs villes de l’ouest du royaume dont le port de Yanbu, sur la mer Rouge, depuis lequel Ryad exporte du pétrole. Des attaques « déjouées », de même source.

Les Houthis ont, de leur côté, revendiqué deux attaques avec des missiles et des drones, l’une visant « des sites sensibles à Ryad » et l’autre « des installations d’Aramco à Yanbu ». Ces événements « marquent une dangereuse escalade, les Houthis menant désormais des frappes à proximité immédiate d’infrastructures civiles majeures, dans l’une des zones les plus densément peuplées du royaume », commente pour l’AFP Andreas Krieg, du King’s College de Londres, selon qui « un seuil psychologique important a été franchi ».

Plus tôt dans la semaine, les Houthis ont aussi été accusés par Ryad d’avoir ciblé La Mecque, ville sainte de l’islam. « Les accusations concernant le prétendu ciblage de La Mecque sont un mensonge éculé, déjà utilisé auparavant, qui ne trompe plus personne », a écrit sur X un responsable des Houthis, Hazm al-Assad.

L’Arabie saoudite et Trump sous pression

En riposte, l’Arabie saoudite a quotidiennement et largement bombardé les zones contrôlées par les combattants au Yémen, sans toutefois parvenir pour l’heure à les faire faiblir. Sous pression, le royaume, qui cherche à contenir le menace houthie sans pour autant se laisser entraîner dans une guerre ouverte, multiplie les contacts diplomatiques.

Condamnant les attaques houthies, le chef de la diplomatie turque, Hakan Fidan, a fait état de discussions avec l’Arabie saoudite ainsi que le Pakistan, les trois pays étant partenaires d’un pacte de défense mutuelle conclu en août. Le média américain Axios avait affirmé la semaine dernière que les Etats-Unis ont refusé de frapper les Houthis, comme le lui avait demandé Ryad.

Donald Trump a déclaré ce dimanche que les Houthis ont accepté de ne pas s’en prendre aux Etats-Unis. « Le président a déclaré que les États-Unis étaient en contact permanent avec les Houthis et que ceux-ci avaient accepté de ne pas combattre les Etats-Unis », a déclaré à l’antenne le journaliste de Fox News Trey Yingst, qui s’est entretenu avec lui. Donald Trump avait déjà indiqué à la mi-septembre être en discussion avec les Houthis, et avait affirmé que ces derniers avaient demandé aux Etats-Unis de ne pas intervenir.

L’Union européenne a exprimé jeudi sa « totale solidarité » avec l’Arabie saoudite, et appelé les rebelles houthis du Yémen à cesser « toute action militaire », par la voix d’un porte-parole de la Commission.

Montée en puissance

Le mouvement houthi dispose aujourd’hui de dizaines de milliers de combattants, bien entraînés et aguerris aux combats dans le relief montagneux et difficile du Yémen. Il contrôle des territoires où vit la grande majorité de la population, tandis que les forces gouvernementales tiennent une superficie plus vaste mais moins peuplée.

Leurs missiles et leurs drones constituent une menace pour les pays voisins du Golfe, riches en pétrole, et Israël, régulièrement ciblé pendant la guerre à Gaza. Entre 2004 et 2010, six guerres les ont opposés au gouvernement, et le mouvement a affronté l’Arabie saoudite en 2009-2010 après avoir franchi la frontière.

La guerre civile yéménite, qui avait entraîné en mars 2015 une intervention militaire internationale menée par l’Arabie saoudite, a fait des centaines de milliers de morts et provoqué une des plus graves crises humanitaires au monde, avant la conclusion d’une trêve en 2022. Une guerre qui, sur fond du conflit contre l’Iran déclenché par Donald Trump le 28 février, s’est réveillée.

Par  Le Nouvel Obs

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