Sorti en 2004, le premier film réalisé par Yolande Moreau ressort en salles dans le cadre du festival Play it again ! dédié au cinéma de patrimoine. La marraine de ce rendez-vous raconte la genèse d’un projet très personnel, produit avec peu de moyens.
Sorti en 2004, le premier film réalisé par Yolande Moreau ressort en salles dans le cadre du festival Play it again ! dédié au cinéma de patrimoine. La marraine de ce rendez-vous raconte la genèse d’un projet très personnel, produit avec peu de moyens.
Yolande Moreau en 2021. Photo Philippe Matsas/Leextra/opale.photo
Publié le 18 septembre 2026 à 15h00
Il y a des films qui vous suivent tout au long de votre vie. Quand la mer monte…, de Yolande Moreau et Gilles Porte, est de ceux-là. Sorti en 2004, il s’est offert cette année une nouvelle jeunesse en étant présenté en cérémonie d’ouverture du 12ᵉ festival Play it again !, consacré au cinéma de patrimoine, ce jeudi 17 septembre à Amiens.
Dans les années 1980, Yolande Moreau, jeune mère de deux enfants, tente de s’imposer dans le milieu du clown. En 1982, elle monte sur les planches avec son spectacle d’humour Sale Affaire, du sexe et du crime. Vêtue d’une robe à fleurs maculée de sang et d’un masque avec un étrange nez rougeâtre et crochu, elle incarne une sorte de mégère qui vient d’assassiner son amant. Yolande Moreau ne le savait pas encore, mais cette pièce ne la quittera jamais. C’est elle, d’ailleurs, qui l’introduit dans le monde du cinéma : en la voyant à la télévision, Agnès Varda offre à la comédienne un rôle de taille dans Sans toit ni loi, en 1985.
Deux décennies passent. Yolande Moreau poursuit son chemin d’actrice. En 2004, son ami, le réalisateur Gilles Porte, décide de faire de Sale Affaire, du sexe et du crime le point de départ de leur premier film commun. Un tout petit projet avec « très peu de moyens », raconte l’artiste, désormais âgée de 73 ans : « On a longtemps travaillé au scénario, on a longtemps cherché un producteur, on a longtemps cherché des sous. » Mais malgré les difficultés, personne ne lâche. « J’ai dit à Gilles : “Notre seule force c’est d’être honnête, de faire vraiment ce qu’on a envie de faire.” » Ce leitmotiv tient les troupes soudées.
Quand on faisait le film, parfois je me disais : Je fête ma ménopause.
Yolande Moreau se souvient avec plaisir d’une équipe « très enthousiaste » et qui « accepte même de travailler à 40 % du salaire minimum » ! Un brin nostalgique, elle raconte les sessions de repérages en caravane aux quatre coins de la Belgique et se rappelle, rieuse, du moment où chaque membre présent sur le tournage s’est « mis à poil » pour la soutenir lors d’une scène qu’elle devait jouer à moitié nue. « Faire un film, c’est vraiment l’affaire d’une équipe, c’est l’aide des uns et des autres », détaille celle qui a toujours loué le collectif.
Quand la mer monte… décrit le quotidien d’Irène, une comédienne quinquagénaire en tournée dans des petites salles de Belgique, qui, chaque soir, sur scène, désigne son « poussin », un spectateur choisi au hasard dans le public, qui la rejoint le temps d’un sketch. Mais tout change lorsqu’un « poussin » rencontré durant une représentation devient davantage qu’un simple partenaire de jeu.
Yolande Moreau et Wim Willaert, dans « Quand la mer monte... ». Gémini Films
Si l’on retient du film sa douceur, sa poésie, et ses répliques délicieuses (« J’hésite entre une gaufre au sucre ou une histoire d’amour » ; « Tu fais l’imbécile et tu gagnes ta vie avec ! »), il reste avant tout un sublime portrait de femme. Yolande Moreau, 50 ans à l’époque, « un âge où on n’est pas encore tout à fait vieille mais pas tout à fait jeune non plus », se raconte avec une justesse d’équilibriste et une spontanéité désarmante. « Je me demandais ce que je pouvais dire de ce personnage qui fait ce métier-là, à cet âge-là, décrit-elle. Quand on faisait le film, parfois je me disais : je fête ma ménopause. » Si jolie façon de décrire un projet qui lui ressemble tant…
À sa sortie, Quand la mer monte… rencontre un succès « inattendu et inespéré ». Allant même jusqu’à remporter les Césars du meilleur premier film et de la meilleure actrice pour Yolande Moreau, consacrée, enfin. Restauré et numérisé, le long métrage va désormais faire un tour de France pendant le festival Play it again !, dont la comédienne-cinéaste est la marraine, jusqu’au 28 septembre. L’actrice se dit « ravie » de voir un nouveau public, plus jeune, le découvrir. Et de conclure, émue : « Je suis contente qu’il continue à exister, surtout. »
À lire aussi :
Une heure en tête-à-tête avec Yolande Moreau
Play it again !, 12ᵉ édition, 20 films dans 200 cinémas dans toute la France, jusqu’au 28 septembre.
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