Le président du Rassemblement national aurait tenu des propos antisémites au début de sa carrière politique, selon les révélations de Mediapart ce lundi 28 septembre. Face aux démentis de son parti, les responsables de gauche ironisent notamment sur le vernis de la dédiabolisation.
Après les révélations de Mediapart sur Jordan Bardella, sur des propos antisémites qu’ils auraient tenus en 2013, le RN nie en bloc et Marine Le Pen annonce une plainte en « diffamation. » ALAIN ROBERT/SIPA
Jordan Bardella est pris dans une tempête d’une ampleur inédite. Après les soupçons d’emplois fictifs au Parlement européen, le président du Rassemblement national est confronté à des révélations sur des propos antisémites passés. Le média d’investigation Médiapart a publié ce lundi 28 septembre une enquête sur des écrits antisémites, que le président du Rassemblement national (RN) aurait tenus au début de sa carrière politique. Ce dernier a annoncé avoir déposé plainte pour diffamation.
« Toutes les banques sont détenues par des Juifs » ou « le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur », aurait-il notamment écrit dans des échanges que s’est procuré Mediapart. Entre autres exemples, sur le 11-Septembre notamment, il aurait remis en cause la « théorie officielle », au profit de celle faisant des services secrets israéliens, le Mossad, les véritables architectes des attentats. Enfin, un ancien conseiller du FN assure que « Jordan a regardé des kilomètres de vidéos de Soral et a lu ses bouquins. Il s’est en partie politisé autour de ça. » A sept mois de l’élection présidentielle, pour laquelle Jordan Bardella était encore pressenti candidat en juin dernier, les révélations de Mediapart font l’effet d’une bombe politique.
La défense en bloc du RNA peine les révélations tombées, Marine Le Pen a dû réagir, lors de sa visite au salon professionnel de la construction à Paris. Agacée des questions des journalistes, elle a qualifié l’enquête de « folie pure », de « dinguerie », et de « barbouzerie ». « Je n’ai aucune confiance en Mediapart », a-t-elle asséné.
Le député mariniste, Jean-Philippe Tanguy, a aussi qualifié ces révélations d’« affabulations », et accusé Mediapart de « salir » Jordan Bardella. Même refrain chez Eric Ciotti, le patron de l’Union des Droites pour la République, parti allié du RN, s’en est pris à son tour au média d’investigation : « Les officines d’extrême gauche qui à chaque élection présidentielle tentent de confisquer la démocratie n’y arriveront pas. »
A gauche et au gouvernement, de fermes condamnationsPlusieurs ministres ont eux aussi rapidement réagi pour condamner ces propos « s’ils sont avérés ». Evoquant des écrits d’une « immense gravité », Aurore Bergé, ministre déléguée pour la Lutte contre les discriminations, a appelé à ne « rien » céder face « à la nature profonde de l’extrême droite ». Le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot a également cinglé sur X : « l’antisémitisme n’est pas un accident de parcours pour le RN, c’est l’histoire de ce parti. »
A gauche, les réactions des candidats à la présidentielle ont mêlé indignation et fausse surprise. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a ironisé en disant mieux comprendre « pourquoi Bardella a pu dire que Jean-Marie Le Pen n’était pas antisémite », quand le secrétaire national du Parti communiste français, Fabien Roussel a lui aussi refait le fil de l’histoire du FN-RN : « Depuis le FN, fondé par des Waffen-SS, jusqu’au RN d’aujourd’hui, ils resteront les mêmes : antisémites, racistes, complotistes. »
Le député Place Publique, Aurélien Rousseau a estimé que « Bardella [avait] pour lui la cohérence de l’ignominie ». « Quand on est raciste et xénophobe, habité par des préjugés raciaux visant les immigrés, on résiste mal à la pente antisémite… et cela finit toujours par ressortir malgré les couches et les couches de vernis », a tancé ce soutien de Raphaël Glucksmann.
Du côté des Ecologistes, Marine Tondelier a appelé Jordan Bardella à la démission « de toutes ses fonctions. » Jean-Luc Mélenchon, leader insoumis a, lui, appelé l’eurodéputé d’extrême droite à « démontrer son opposition aux propos antisémites et complotistes qui lui sont attribués ». « Sinon, la preuve sera faite en grand, montrant l’erreur de ceux qui ont amnistié l’extrême droite de ses racines antisémites », a ajouté le candidat LFI à la présidentielle. Plus directe, la députée insoumise Clémence Guetté a posté sur X : « Voilà ce qu’est l’extrême droite : avec ou sans cravate, des ordures racistes et antisémites ».
Sur un ton plus précautionneux, Dominique de Villepin a estimé que cette affaire « ne doit donner lieu ni à un procès d’intention gratuit ni à une exploitation personnelle » mais d’ajouter, qu’elle pose selon lui « une question de politique majeure » à savoir que « La “dédiabolisation “ne peut pas être une opération de communication. » Gabriel Attal, Edouard Philippe, et Bruno Retailleau, candidats du centre et de la droite à la présidentielle, n’avaient pas encore réagi en début de soirée.
Par Service Actu