Prix Fnac 2026, le premier roman de l’écrivain québécois d’origine haïtienne est accusé d'avoir utilisé l'IA par un compte anonyme sur le réseau social X. Grasset déplore “une campagne de haine”.
Prix Fnac 2026, le premier roman de l’écrivain québécois d’origine haïtienne est accusé d’avoir utilisé l’IA par un compte anonyme sur le réseau social X. Grasset déplore “une campagne de haine”.
La rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre ces derniers jours. D’abord limitée aux cercles littéraires, elle n’a cessé de gonfler jusqu’à faire la Une de Libération ce mercredi 23 septembre. En cause ? L’un des romans les plus remarqués de la rentrée littéraire, C’était ça ou mourir du québécois d’origine haïtienne Thélyson Orélien (publié chez Grasset, l’un des derniers textes choisis par Olivier Nora), aurait été écrit avec l’aide d’une IA. Tout est parti d’un obscur post sur le réseau social X, posté par le compte “Balance ton Claude”, suivi alors par moins de cent personnes. Le message explique avoir passé le roman d’Orélien dans le logiciel Pangram, présenté sur son site comme un outil “conçu pour détecter les contenus générés par l’IA avec un taux de faux positifs quasi nul”. Ce dernier affirmerait que le manuscrit est l’œuvre d’un robot. Comme le souligne un article du Monde, le message a été relayé par des “profils conservateurs” et l’accusation a immédiatement été traitée par des sites d’extrême droite comme Valeurs actuelles.
Avez-vous entendu parler de ce roman ? C’est le « phénomène de la rentrée littéraire ». Il est lauréat du Prix Fnac, du Prix Méduse, du Prix Première Plume, fortement pressenti pour le Prix Renaudot, et il est en lice pour les prix Goncourt, Femina, Médicis et Décembre. Ah oui,… pic.twitter.com/9evcXrPyFD
— Balance ton Claude (@Pangramed) September 21, 2026
Dans cette affaire, le bien-fondé de l’accusation n’est pas le plus important. Bien qu’il se présente lui-même comme extrêmement sûr, Pangram est un outil faillible, et a déjà par le passé considéré des classiques de la littérature comme étant le fruit d’une IA. On note plutôt que les soupçons et les doutes pèsent le plus souvent sur des auteu·rices déjà minoritaires dans un paysage éditorial très majoritairement blanc. Outre-Atlantique, des affaires similaires ont ciblé des écrivain·es noir·es comme Mia Ballard ou Jerry Falade qui ont perdu leurs contrats d’édition. Dans les deux cas, iels ont démenti, mais le mal était déjà fait. On se souvient aussi des accusations de plagiat qui ont visé le professeur anglais Jason Arday et ont mené à son suicide.
Plusieurs auteur·ices ont défendu Orélien, notamment Baptiste Beaulieu ou Simon Johannin, qui a écrit sur Instagram que cette histoire serait “juste navrant[e] si ça n’avait pas un fort relent de racisme”. “Soutien total, continue-t-il, à celles et ceux qui, de par leur couleur de peau ou leur origine voit la médiocrité blanche (…) remettre en cause leur talent.” Dans Le Nouvel Obs, la journaliste et autrice Doan Bui signe un billet affirmant ainsi : “n’en déplaise aux inquisiteurs de l’IA, les ‘indigènes’ savent écrire”. Orélien a lui-même expliqué à Libé faire l’objet, depuis son arrivée en France, “de nombreuses attaques racistes”. À quelques mois de la présidentielle, ces accusations ciblées ont de quoi nous inquiéter.