À l’Assemblée nationale, Christopher Weissberg a insisté sur la double peine des victimes d’agression qui doivent encore subir « la douleur de la procédure pénale ».
Politique 01/10/2026 19:45 Actualisé le 01/10/2026 21:57
À l’Assemblée nationale, Christopher Weissberg a insisté sur la double peine des victimes d’agression qui doivent encore subir « la douleur de la procédure pénale ».
Par Jade Toussay et Marie Haynes
EN BREF
• Le député Christopher Weissberg partage son expérience de victime d’une tentative de viol pour soutenir une loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles.
• La proposition de loi, examinée à l’Assemblée depuis ce jeudi 1er octobre, vise à améliorer les réponses éducatives, sanitaires et judiciaires face aux violences.
• Malgré un consensus général, des débats sur les moyens financiers pourraient compliquer l’adoption définitive de la loi.
L’IA au HuffPost.
Lui a eu « le privilège » d’être écouté par la justice, mais il le sait, ce n’est pas le cas de toutes les victimes. En ce premier jour d’examen de la proposition de loi intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, le député Ensemble pour la République (EPR, membre de Renaissance) Christopher Weissberg a raconté à la tribune la tentative de viol et d’homicide qu’il a subie. Ainsi que « la douleur de la procédure pénale » qu’il souhaite voir évoluer.
Ce jeudi 1er octobre, l’Assemblée nationale a repris ses travaux en se penchant sur la proposition de loi issue du travail collectif d’associations et poussée par les parlementaires en marge du drame de la mort de Lyhanna. Parmi les orateurs qui se sont succédé à la tribune, l’intervention du président de la commission spéciale Christopher Weissberg a particulièrement résonné.
Après avoir salué l’ampleur de la proposition de loi - près de 94 articles qui touchent au volet éducatif, sanitaire mais aussi judiciaire et policier - le député des Français établis hors de France s’est confié sur un drame vécu à l’adolescence. « Le fléau des violences sexistes et sexuelles traverse l’ensemble de la société, tous les milieux sociaux, toutes les organisations. Je le sais aussi par mon histoire. Adolescent, j’ai moi-même été victime d’une tentative de viol et d’homicide », a-t-il déclaré face à ses collègues. Avant d’insister sur la double peine des victimes : « la douleur de la procédure pénale » qui s’ajoute « au calvaire de l’agression. »
« Froideur du poste de police » et « remise en cause » du témoignageAvec émotion, le député a listé « la déposition des faits dans la froideur du poste de police, la comparution à l’hôpital pour prendre les preuves de (son) agression, la remise en cause de (son) témoignage par les psychiatres, la comparution avec l’auteur présumé des faits. » Mais, a-t-il poursuivi, « contrairement à des centaines de milliers de victimes, j’ai eu le privilège d’avoir droit à la justice » grâce à la qualification retenue de tentative d’homicide. « Au terme d’une procédure qui aura duré près de trois ans, mon bourreau a été reconnu coupable et écroué. Cette vérité m’a permis de me reconstruire et a permis au temps de réparer la plaie de l’agression », a ajouté Christopher Weissberg.
Ce parcours est malheureusement loin d’être la norme. Selon le rapport 2023 du Haut Conseil à l’Égalité, seulement 2465 affaires pour viols ont été renvoyées devant une juridiction pour 19 155 plaintes. Elles ont donné lieu à 636 condamnations en Cour d’assises. Cet écart entre le nombre de victimes présumées et le nombre d’enquêtes et de condamnations est l’un des combats des associations féministes et de lutte contre les violences. Et à la lumière de l’affaire Lyhanna, dont le meurtrier présumé avait déjà fait l’objet de plaintes et signalements, ce manque de réactivité de la justice a provoqué une onde de colère nationale, qui a fragilisé jusqu’au sein du gouvernement.
Un texte qui fait consensus« Depuis, je pense à celles et ceux qui n’arrivent jamais jusque-là. À la plainte qui n’aboutit pas, aux mois qui passent sans aucune nouvelle de la procédure. Aux victimes, très très largement des femmes, à qui on demande de répéter leur histoire, puis d’attendre puis de se débrouiller avec les conséquences de cette attente », a insisté Christopher Weissberg, avant d’appeler les députés à se montrer à la hauteur du sujet. Cette proposition de loi intégrale « n’est pas simplement une loi de plus » et « notre travail est d’obtenir une loi qui tienne, juridiquement, matériellement budgétairement, qui franchisse le Sénat et s’applique après le vote », a plaidé l’élu.
La proposition de loi sera soumise au vote à l’Assemblée le 13 octobre. En dépit du refus de la France insoumise de cosigner le texte (et de l’exclusion, dès le début des travaux parlementaires, des groupes d’extrême droite), le texte fait globalement consensus. Mais la question des moyens, qui reste le nerf de la guerre, pourrait se heurter aux impératifs budgétaires que s’est fixés Sébastien Lecornu dans le projet de loi finances 2027.