Le commerce de centre-ville traverse une crise majeure et durable. En France, selon l’organisation professionnelle "Les commerçants de France", la vacance commerciale a atteint 11,6 %. Perpignan n’échappe pas à ce...
Le commerce de centre-ville traverse une crise majeure et durable. En France, selon l’organisation professionnelle "Les commerçants de France", la vacance commerciale a atteint 11,6 %. Perpignan n’échappe pas à ce contexte morose. En constante mutation, les commerces font face à des hauts et des bas, luttent pour vivre ou survivre, s’accrochent, innovent… Mais à quel prix ? État des lieux de la situation du centre-ville de Perpignan.
Les nouvelles ne sont pas très bonnes en centre-ville de Perpignan. Parmi les dernières situations préoccupantes, plusieurs boutiques de robes de mariés ont fermé leurs portes, certaines artères connaîtront dans les mois à venir une hécatombe de fermetures et certaines attendent toujours un dynamisme annoncé. A contrario, des magasins ouvrent, tentent l’expérience du centre-ville, réussissent et s’y installent jusqu’à parfois de simples départs à la retraite bien méritée.
La rue des AugustinsEn 2024, la requalification de la rue des Augustins avait été lancée par la Ville de Perpignan grâce à des appels à manifestation d’intérêt à destination de porteurs de projets pour combler les locaux vides, propriétés de la municipalité. Avec pour ambition initiale d’en faire une artère dédiée à l’artisanat et la brocante, mais qui s’est élargi au fil du temps à l’artisanat et au savoir-faire local. Ainsi, plusieurs candidatures avaient permis de remplir cette rue avec des boutiques de brocante vintage et de créateurs, opticiens, galerie, marque lifestyle, éleveurs et producteurs, cafés… Et le seront encore d’ici peu alors qu’un nouvel appel a été lancé pour combler 4 nouveaux locaux. "Avec l’arrivée des cafés (Caffè per Lei, Gigi et Bacan, il y a de plus en plus une empreinte jeune et atypique. Nous sommes assez contents", confiait Maud de la boutique Duplex, aussi présidente de l’association Les Augustins poilus. Cette entité a été créé au mois de décembre 2025 dans le but d’insuffler un second souffle et de créer des animations dans la rue des Augustins et sur la place des Poilus.
Mais si sur le papier la situation semble encourageante, une baisse de motivation se fait tout de même sentir après l’accumulation de diverses problématiques. Notamment celui de l’insécurité, après plusieurs incidents et interventions des forces de l’ordre. Ou encore "des promesses non tenues par la Ville de Perpignan", selon les commerçants, comme la fermeture d’épiceries de la rue. Certains pointent aussi "une folie des grandeurs" dans une ville "populaire". "On apporte à Perpignan ce qui n’est pas fait pour Perpignan", confiait un commerçant. Pointant notamment les animations, "essentiellement concentrées autour de la Basse". "Un investissement a été fait pour rénover la place des Poilus et aucun événement n’y est organisé, c’est dommage", poursuivaient les commerçants. "Quand il y avait le format des jeudis de Perpignan, par exemple, on déambulait de places en places, on venait écouter des troupes locales", ajoutaient certains gérants.
"Une communication anxiogène" est aussi relevée, comme celle, récemment dévoilé, sur les ordures. "Je crois au potentiel de Perpignan car nous avons des commerçants de qualité mais on préfère dire qu’on trie des ordures plutôt que mettre en avant les atouts des boutiques", confiait une commerçante. "Malgré tout, j’ai foi en notre ville. Nous sommes tous des combattants", partage-t-elle. Mais jusqu’à quand ? Une once de découragement se fait déjà sentir pour certains sur l’avenir de leur boutique.
La rue des Trois journéesHécatombe sur la rue des Trois journées annoncée. Alors qu’en 2025, cette artère bien connue du centre-ville, proche de la place Gambetta, avait connu un second souffle, ses locaux se remplissant à nouveau, rebelote pour les fermetures. La rue a récemment perdu la boutique de robes de mariés Côté mariage, puis la boutique lifestyle Maison Malo et IKKS enfants bientôt. Des départs à la retraite pour deux magasins du secteur sont encore en vue et de nombreuses interrogations au vu d’une situation instable.
À quelques pas de là, Emilie Carretero, gérante de la boutique Alma, créatrice et couturière, sur la place André Guétry, se désolait de la situation : "En quelques mois, beaucoup ont fermé". "Moi je marche car je n’ai pas beaucoup de charges et que le fait main connaît un véritable engouement mais cette situation, ici, me donne le cafard, surtout en étant la dernière arrivée", confiait-elle, "Ça fait peur parce que déjà que c’est compliqué de faire venir les gens en ville…" Elle évoque certaines situations liées à des préjugés : "Quand j’ai dit que je m’installais en centre-ville, on m’a dit 'bon courage'".
En revanche, pour Anthony, gérant de la boutique Douceur Naturel, spécialisée en produits cosmétiques, le constat est en demi-teinte. Après 10 ans d’implantation au même endroit, il annonce fermer sa boutique dans les prochaines semaines : "Temporairement ou définitivement, je ne sais pas encore. Mais la conjoncture actuelle ne motive pas". Située dans un triangle d’or entre Le Castillet, la place Gambetta et la place République, la rue des Trois journées souffre selon le commerçant "d’un effet domino de fermetures". Un même effet, à l’inverse, qu’elle avait connu lors de successions d’ouvertures en 2025. "Quand on voit ce qu’il se passe, c’est difficile de trouver l’énergie, de se projeter, donc je me laisse un temps de réflexion", confiait-il. Quoi qu’il en soit, la situation est "symptomatique de ce qui va arriver plus tard. Mais là, il est temps de tirer la sonnette d’alarme. Nous sommes dans une crise économique majeure, nous n’avons plus le temps d’attendre".
Les "fausses excuses" du stationnementCette situation se conjugue parfois, malheureusement, avec un déplacement de la clientèle vers les centres commerciaux. Certains justifient d’ailleurs ce choix par "la difficulté de stationnement en centre-ville". Cette phrase qui revient sans arrêt dans les arguments. Mais pour les commerçants ce sont "des fausses excuses". En effet, les clients ont accès à une large offre de stationnements de surface et autres parkings avec "des tarifs loin d’être les plus élevés et des plages gratuites assez larges", justifiait aussi Farid Belacel, directeur de cabinet de Louis Aliot, maire RN de Perpignan. Sans oublier la gratuité des samedis, et des zones à 2 € la journée. "Les chiffres du stationnement ne témoignent pas d’une baisse de la fréquentation, juste d’un ralentissement de la consommation", précisait-il.
Une campagne avait récemment été mise en place pour rappeler aux potentiels clients les plages de stationnement en centre-ville et leurs tarifs.
L.M.
Émilie Saquet, présidente de l’association Perpi & moi, regroupant des commerçants du centre-ville, rappelle aussi qu’une opération avait été mise en place avec la municipalité pour rappeler les tarifs par zones et surtout la gratuité de 12 h à 14 h, après 18 h et le samedi toute la journée. "On avait aussi demandé que la navette gratuite soit remise en place, pour être mieux desservis. Nous attendons un retour. Mais là, avec ces horaires, les personnes peuvent payer un minimum puis profiter jusqu’en fin de matinée, manger sur place et repartir avant 14 h, sans trop dépenser", évoquait-elle. La "difficulté de stationnement" ce sont "des idées qui traînent et qui ne sont pas vraies".
Des manifestations qui "dissuadent"Autre fait remonté par les commerçants mais aussi la Ville de Perpignan, la récurrence des manifestations contre/pour toutes causes confondues (Palestine, marche pour le climat, cause animale…), qui déambulent en cœur de ville. "Les samedis où il y a des mouvements de revendications, nous enregistrons une perte d’à peu près 10 % du chiffre d’affaires. Quand des personnes viennent en centre-ville et se retrouvent bloquer derrière un cortège, sans pouvoir avancer, ça dissuade", partage Emilie Saquet.
Fait confirmé par la Ville : "Depuis 3 ans, les samedis sont réservés à tous types de manifestations. Forcément que cela a un impact sur le commerce, et les commerçants l’ont fait remonter. Nous nous sommes rapprochés de la préfecture des Pyrénées-Orientales en leur rappelant que ce n’était pas judicieux d’avoir un cortège qui traversait le centre-ville. Si déjà les personnes ont le porte-monnaie serré et qu’ils tombent sur des policiers qui leur interdisent des accès, ça ne donne pas envie", expliquait encore Farid Belacel.
Côté animations, ça coince aussi chez les commerçants. Certains dénoncent des événements centralisés au même endroit, comme c’est le cas pour Les Rayonnantes, autour de la Basse. Face à quoi la Ville de Perpignan rappelle pour exemple que cette année la forme de la parade Dali a été "déstructurée" pour passer sur la place de la République pour générer du passage dans les rues alentour. "Le programme des animations est pensé pour bénéficier au maximum aux commerces", conclut Farid Belacel.