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Espagne: en difficulté, Pedro Sánchez tente un nouveau pari électoral en misant sur la crise du logement

Дата публикации: 05-10-2026 17:28:42

Une nouvelle victoire du Premier ministre socialiste semble cependant très peu probable. ...

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Peut-il rééditer l'exploit de 2023 ? Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a annoncé ce lundi l'organisation d'élections législatives anticipées le 29 novembre. "Il reste beaucoup d'injustices à corriger […], surtout en termes d'inégalités, de services publics et d'accès au logement. Pour faire plus et s'attaquer en profondeur aux réformes en suspens dont nous avons besoin, il nous faut renouveler et élargir l'appui des [citoyens]", a argumenté lundi matin le chef du gouvernement de gauche minoritaire, avant d'annoncer la dissolution du Parlement et la convocation aux urnes alors que le scrutin aurait normalement dû se dérouler l'an prochain. En pleine fièvre sociale sur la question de l'accès au logement, quelques jours après le revers infligé par l'opposition de droite à un train de mesures censé remédier ce problème, le socialiste estime que c'est le meilleur moment.

Connu pour ses manœuvres tactiques audacieuses, qui ont plusieurs fois fait mentir les pronostics, Pedro Sanchez a pourtant peu de chances de mener la gauche à la victoire cette fois-ci.

Qui est Maricarmen Abascal, le visage de la crise espagnole du logement ? "Je n'ai pas pu sauver ma maison"Le logement, carburant de la remobilisation de la gauche

La séquence de crise actuelle lui offre une opportunité. Depuis le 23 septembre et l'expulsion forcée de "Maricarmen", une femme de 87 ans en fauteuil roulant, éjectée de l'appartement où elle avait vécu pendant septante et un ans, une vague d'indignation balaie le pays. Elle s'est transformée en un mouvement de protestation structuré pour le droit au logement qui n'a fait que monter en puissance.

Le 29 septembre, deux décrets-lois royaux reprenant une partie des revendications du mouvement ont été approuvés, à l'issue de négociations avec les formations qui avaient permis l'investiture de Pedro Sánchez. Mais vendredi 2 octobre, l'une d'elles, la formation de droite indépendantiste catalane Junts per Catalunya, a voté contre leur validation au Congrès des députés, aux côtés du Parti populaire (PP, droite conservatrice), la première force d'opposition, et du parti d'extrême droite Vox. De quoi renforcer la rage et la frustration dans la rue.

Ce climat remobilise un électorat de gauche jusque-là déprimé. "Le mouvement pour le droit au logement a réussi à ramener des sujets de gauche dans un débat public qui tournait presque exclusivement autour de l'immigration et de la corruption", explique Guillermo Fernández-Vázquez, professeur de sciences politiques à l'université Carlos III de Madrid.

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"Il y a un mois, j'étais désespéré par la situation de la gauche et les perspectives électorales. Aujourd'hui, j'ai retrouvé un peu d'espoir", confessait ainsi Juan Andrés García en rejoignant une manifestation organisée vendredi à Séville, quelques heures après le rejet des décrets.

"La difficulté à se loger touche surtout les tranches de population entre 25 et 40 ans, qui ont tendance à se réfugier dans l'abstention ou à changer facilement le sens de leur vote s'il y a un motif de mécontentement. Centrer la campagne sur ce sujet peut avoir un effet mobilisateur qui se traduit en vote pour la gauche", estime de son côté José Manuel Trujillo, professeur de sciences politiques à l'université Pablo de Olavide, à Séville.

Un bloc de droite toujours en position de force

Les chances de victoire restent pourtant très minces. Depuis décembre 2025, quatre élections régionales ont invariablement débouché sur la victoire d'un "bloc de droite", formé par le PP et Vox. "Dans certains territoires, il a recueilli jusqu'à 55 – 60 % de suffrages exprimés. Même si le PSOE (Parti socialiste espagnol, formation principale de la coalition gouvernementale de gauche, qui comprend aussi le petit parti de gauche radicale Sumar, NdlR) réussit à résister, la droite reste très mobilisée et les électeurs sont très remontés", souligne José Manuel Trujillo.

Ces derniers mois, l'actualité espagnole a été dominée par la crise migratoire à Ceuta et par les affaires de corruption qui éclaboussent Pedro Sánchez, ses proches et son parti. Il reste huit longues semaines avant le scrutin anticipé, et de nouvelles étapes judiciaires majeures ou de nouveaux rebondissements à Ceuta, très dommageables pour le PSOE, restent possibles.

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En outre, la myriade de formations à la gauche du PSOE n'est pas encore en ordre de bataille, alors que celles-ci constituent un réceptacle potentiel de cette colère. Les socialistes, très largement critiqués dans les manifestations où l'on juge qu'ils n'ont presque rien fait sur le logement depuis leur arrivée au pouvoir en 2018, risquent donc de voir cette potentielle force de soutien leur échapper.

"La gauche de la gauche peut rentabiliser plus naturellement cette colère… si elle réussit à s'entendre et à structurer les candidatures intelligemment, sans se perdre en guerres des chefs et diluer les chances de faire élire de représentants en multipliant les candidatures dans les petites circonscriptions", précise le professeur de l'université Pablo de Olavide. Le mouvement pour le droit au logement, principal moteur de mobilisation, pourrait également s'essouffler. Il tente actuellement de s'inscrire dans la durée en poussant pour une grève générale le 14 octobre. Mais réussira-t-il à occuper le débat public jusqu'au 29 novembre ?

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Malgré tout, le moment présent est sans doute le plus approprié pour tenter le pari des urnes, selon Guillermo Fernández-Vázquez : "Le PSOE a peu de chances. Mais ça reste bien plus qu'il y a un mois. Plus qu'à gagner, cette stratégie vise à réduire l'écart annoncé avec la droite. Jusque-là, les analyses donnaient à cette dernière une majorité écrasante. Il y a même eu des spéculations sur la possibilité d'atteindre une majorité suffisante pour modifier la Constitution."

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