Entre autres obsessions sonores, l’éco-acousticien Jérôme Sueur, 54 ans, raconte son aversion pour ce bruit de moteur qui s’impose sur son terrain d’expérimentation, dans le Jura.
« Ce bruit qui me rend fou », une série du « Nouvel Obs ». ADRIA FRUITOS POUR « LE NOUVEL OBS »
Un merle, le chant d’un troglodyte mignon, le ronronnement lointain d’un système de ventilation, le « bip » d’un camion de pompiers qui recule… A l’ombre des arbres du campus Buffon, dans le 5e arrondissement de Paris, où se trouve son laboratoire de recherche, Jérôme Sueur, 54 ans, ne peut pas s’empêcher de scanner tous les bruits autour de lui. « Déformation professionnelle », s’excuse le maître de conférences au Muséum national d’Histoire naturelle. Pour comprendre le comportement des animaux et saisir l’état de la biodiversité, l’éco-acousticien écoute la nature. En passant des heures à enregistrer des sons, principalement en forêt, l’auteur d’une « Histoire naturelle du silence » (Actes Sud, 2023) et de « Frontières vivantes. De la porosité du monde, des cellules aux écosystèmes » (2026) a vite constaté l’écrasante empreinte de l’homme sur les paysages sonores naturels. Et a développé de nombreuses obsessions à l’encontre de certains bruits anthropiques.
Le bruit : « On entend les entailles dans le bois »« Le bruit de la tronçonneuse, erratique, représente bien l’objet : il démarre, accélère, s’arrête puis repart de plus belle. On entend les entailles dans le bois. Dès que je le perçois, au loin le plus souvent, je vois l’arbre et la forêt blessée. …
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