La 46e édition du festival Montpellier Danse s’est achevée samedi par un concert explosif et chorégraphique du chanteur Hervé avec le collectif MazelFreten, tandis que s’ouvrait au même endroit la 41e édition du...
La 46e édition du festival Montpellier Danse s’est achevée samedi par un concert explosif et chorégraphique du chanteur Hervé avec le collectif MazelFreten, tandis que s’ouvrait au même endroit la 41e édition du Festival Radio avec Sept larmes pour Elisabeth d’Aurélien Bory, Thibaut Garcia et Aure Wachter.
Deux salles, deux ambiances. L’expression n’a jamais été aussi opportune que ce samedi, au Domaine d’O à Montpellier, qui accueillait simultanément la clôture de la 46e édition de Montpellier Danse et l’ouverture du 41e Festival Radio-France. Au théâtre Jean-Claude Carrière : le mélancolique spectacle d’inspiration baroque Sept larmes pour Elisabeth, d’Aurélien Bory, Thibaut Garcia et Aure Wachter, co-produit par les deux festivals majeurs montpelliérains pour signifier, bellement, leur passage de relais. À l’amphithéâtre d’O : l’euphorique concert dansé d’inspiration hyperpop d’Hervé et MazelFreten pour… pour faire la fête, tout simplement, et follement !
En création mondiale à Montpellier, Sept larmes pour Elisabeth s’appuie sur les Lachrimæ, or Seven Teares, un recueil de sept pavanes du compositeur et luthiste anglais John Dowland, inspirées de sa chanson Flow, my teares, célèbre parangon de mélancolie élisabéthaine. Étoile montante de la guitare classique, Thibaut Garcia y partage pour la première fois la scène avec sa compagne Aure Wachter, danseuse accomplie ayant travaillé notamment avec Rachid Ouramdane, Jann Gallois et Maud Le Pladec. Il n’empêche, c’est d’abord avec sa voix qu’elle brille en premier lieu et fait larme égale avec la dextre six-cordes.
Mais si ces deux perles d’interprètes nous éblouissent, c’est d’évoluer dans l’écrin merveilleux de la scénographie d’Aurélien Bory. Dans un premier temps, il les enchâsse dans un gigantesque rideau de tissu noir qui tombe du lointain et couvre tout le plateau de scène, lui donnant par ses plis un faux-air de tableau outrenoir de Soulages, à son plus épais et ligneux. Ici, il s’agit de signifier les plis de l’âme, dont les recoins sombres abritent nos vertiges métaphysiques.
Quand au terme de diverses manipulations, cette nuit de tissu est avalée par le vortex en son centre, l’image touche au sublime. Désormais c’est devant (et autour d') un mur blanc dont les pliures verticales figurent d’abord des colonnes puis, s’avérant mobiles, les plis et replis d’une collerette ("fraise") géante posée sur le côté. Ce n’est pas un récital, ni une chorégraphie que l’on contemple mais la mise en scène, en chair et en son d’un cheminement émotionnel. Aure Wachter est allée vers la musique, maintenant c’est Thibaut Garcia qui va vers la danse et bientôt ils sont trois à se lancer dans un mouvement circulaire, la danseuse, le musicien et l’instrument dont le frottement des micros offre la seule musique, c’est magnifique.
Le mur blanc est retourné, on craint l’enchantement rompu, mais non, son envers révèle une nouvelle beauté, presque métallique, et le charme se renouvelle, dans la musique, plus déliée, virtuose, de Thibaut Garcia et dans la danse, libérée, aérienne, d’Aure Wachter. Au final, c’est sur le fil de la scénographie d’Aurélien Bory qu’on l’admire évoluer. Pur instant de grâce…
Changement de lieu, direction l’amphi d’O, pour d’autres instants d’une autre nature : de folie douce et pure ! Cette fois, c’est bel et bien l’ultime spectacle du festival de danse dont la nouvelle gouvernance, plutôt qu’une dernière fois faire autorité, a pris le risque de la générosité, et fait, tout sourire, un geste d’ouverture en clôture. Un concert d’Hervé, épatant chanteur hyperpop, sorte de version 2.0 du Bashung du début des années 80, sorti il y a six ans de nulle part (Yvelines) comme un diable, pas hautain mais affable, de sa boîte pour le même résultat : surprenant et éclatant (essayez de ne pas sauter partout en écoutant Cœur poids plume ou Si bien du mal : impossible ! Et 2 000 personnes sont d’accord avec nous !). Pas un concert ordinaire mais pensé et dansé avec la jeune compagnie MazelFreten dont tout le monde (réellement le monde entier !) connaît le style electro-hip-hop vibrionnant et renversant depuis la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024.
Quand Hervé et les danseurs de MazelFreten se déchaînent, le public, trop heureux, fait de même !
J.Be
Juché sur une estrade à l’avant-scène, avec ses synthétiseurs et machines disposés en arc de cercle, pile sous une série d’éclairages robotisés tout droit sortis de Rencontres du troisième type, Hervé n’est donc pas tout seul. Il est entouré, accompagné, galvanisé par les danseurs de Laura Defretin et Brandon Masele qui la veille, ont déjà offert une chouette performance gratuite aux Montpelliérains, place de l’Europe.
Pendant plus d’une heure et quart, ils vont ensemble délivrer une performance explosive et joyeuse dans laquelle danse et musique s’entrelacent, dialoguent et participent du même principe de plaisir, à la fois extatique et cathartique, et de mouvement, à la fois en soi et vers l’autre. En clair ? L’amphi d’O a dansé comme un beau diable et Montpellier Danse s’est le temps d’un gentil délire collectif renommé Montpellier Transe !