Les expositions mode sont de plus en plus nombreuses et celles consacrées à la joaillerie commencent à se multiplier.
Les expositions mode sont de plus en plus nombreuses et celles consacrées à la joaillerie commencent à se multiplier.
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié le 07/07/2026 06:05
Temps de lecture : 8min
Exposition "Pomellato, le joaillier révolutionnaire" au Palais de Tokyo, à Paris, juin 2026. (AURORE MARECHAL / GETTY IMAGES EUROPE)
Tant en régions qu'à Paris, les expositions mode sont nombreuses et celles consacrées plus spécifiquement à la joaillerie commencent, elles, à se multiplier. S'il est plus élitiste, le secteur de la joaillerie voit, lui aussi, d'un bon œil le format de l'exposition, qui est souvent, par ailleurs, gratuite.
Cette saison, en marge de la Semaine de la haute couture automne-hiver 2026-2027, découvrez trésors historiques et créations contemporaines avec Daniel Brush. L'art de la ligne et de la lumière à l'Ecole des arts joailliers, Van Cleef & Arpels : l'éclat des années 1980-1990 dans sa Galerie du patrimoine et Pomellato, le joaillier révolutionnaire au Palais de Tokyo, sans oublier des tableaux utilisant des pierres à la Galerie Aveline.
Jusqu'au 20 juillet au Palais de Tokyo, l'exposition Pomellato, le joaillier révolutionnaire offre un voyage à travers ses révolutions les plus marquantes qui ont façonné son identité depuis sa fondation à Milan en 1967 : de la puissance des chaînes iconiques à la sensualité des volumes sculpturaux, en passant par l'usage pionnier de pierres audacieuses et le dialogue novateur avec les grands maîtres de la photographie. Gratuite, cette première exposition parisienne célèbre l'approche avant-gardiste de la maison en matière de création, de savoir-faire, de féminité et d'image. Première maison de joaillerie à confier ses campagnes aux grands maîtres de la photographie, Pomellato a ouvert un nouveau dialogue entre joaillerie et mode comme le montrent les œuvres des photographes qui ont forgé son langage visuel : Gian Paolo Barbieri, Helmut Newton, Albert Watson, Horst P. Horst, Snowdon, Javier Vallhonrat, Michel Comte, et, pour la première fois, des images sublimes de Herb Ritts. "Pomellato est né à une époque de profonde transformation. Dans la société, la culture et les arts, une nouvelle conscience émergeait, dans laquelle les femmes revendiquaient davantage de liberté, d'indépendance et de visibilité", a déclaré Sabina Belli, CEO du groupe Pomellato.
Affiche de l'exposition "Pomellato, le joaillier révolutionnaire", au Palais de Tokyo : "Pomellato by Helmut Newton". Paris, 1982. (HELMUT NEWTON FOUNDATION / TRUNKARCHIVE.)
"Dans les années 1960, le monde de la joaillerie était profondément traditionnel, tant dans son langage esthétique que dans ses significations symboliques. Pomellato a rompu avec les conventions, transformant formes, matériaux, techniques, comportements et symbolisme social. L'exposition est consacrée à ces révolutions et au regard précis des photographes qui les ont si magistralement capturées et racontées", a ajouté la curatrice Alba Cappellieri, directrice du département de design joaillier du Politecnico di Milano. Chaque révolution fait l'objet d'une section dédiée, offrant un parcours à travers l'imaginaire, l'héritage et les collections contemporaines de la maison.
Pomellato est renommée pour son design unique de ses pierres de couleur. Chaque bijou est façonné par les mains de plus de 150 artisans qualifiés. Dans le cadre de son engagement pour un avenir plus écoresponsable, la maison a atteint 100% d'achats d'or responsables, investit dans la traçabilité des pierres de couleur et des diamants, et collabore avec une école d'orfèvrerie milanaise pour sauvegarder l'excellence du métier. À travers sa plateforme Pomellato for Women, elle défend l'empowerment des femmes en soutenant et promouvant leur inclusion, leur indépendance et leurs droits.
Jusqu'au 28 novembre, la Galerie du patrimoine (20 place Vendôme, Paris) accueille l'exposition Van Cleef & Arpels : l'éclat des années 1980-1990. Plus de 50 pièces issues de la collection patrimoniale et des archives originales illustrent le style de la maison au cours de cette période. S'inscrivant dans les codes esthétiques des arts décoratifs de la fin du XXe siècle, ces créations se caractérisent par leurs formes graphiques et leurs tonalités vives. Elles attestent du regard alors porté par Van Cleef & Arpels sur son patrimoine.
Depuis 1906, la vitalité de la flore constitue l'une des sources d'inspiration de prédilection de la maison. Après les sautoirs des années 1970, les colliers courts s'inspirant des torques reviennent en vogue. Par exemple, le collier Artémis est composé de fleurs stylisées, dont certaines sont serties en leur centre d'un diamant. Ces larges motifs en or jaune poli miroir, caractéristiques des années 1990, se retrouvent également sur les boucles d'oreilles. Au cours de son histoire, la maison a régulièrement interprété la figure de l'oiseau. En 1954, elle lance la boutique, un concept proposant une gamme de bijoux en or jaune offrant un porté quotidien. On y retrouve notamment les emblématiques clips animaliers à l'esprit cartoon. Les trois oiseaux ici présentés plus stylisés, attestant de l'évolution esthétique du concept. Grâce à l'emploi de la glyptique – l'art de graver les gemmes – les pierres de couleur présentent un certain volume, lui-même rehaussé par l'éclat de l'or jaune.
Exposition "Van Cleef & Arpels : l'éclat des années 1980-1990" à la Galerie du patrimoine : "Dancer Clip". (VAN CLEEF & ARPELS)
L'exposition révèle un autre univers auquel la Maison est particulièrement attachée : la danse. La maison crée en 1941 les premiers clips Danseuse, qui amorcent la tradition des figures féminines. Ces créations s'inscrivent dans l'héritage de la maison tout en transcrivant les codes graphiques et chromatiques des années 1990.
L'usage du bois fait référence aux bijoux Touch Wood des années 1910. Synonyme d'espoir en période de guerre, leur symbolique de bonne fortune évoque une source d'inspiration importante pour Van Cleef & Arpels. Cette parure présente des lignes géométriques renforcées par les sertis clos des gemmes, produisant un volume typique des années 1990.
Jusqu'au 4 octobre, l'École des arts joailliers installé dans l'hôtel de Mercy-Argenteau (16 bis boulevard Montmartre, Paris) consacre une exposition à Daniel Brush et dévoile 75 bijoux, peintures et sculptures, dont certains inédits quittent pour la première fois son atelier new-yorkais tandis que d'autres n'ont pas été présentées au public depuis des années. Daniel Brush, l'art de la ligne et de la lumière présente l'œuvre de ce sculpteur, dessinateur, philosophe mais aussi orfèvre et joaillier. Conçue par son épouse et collaboratrice Olivia Brush et par l'historienne du bijou Vivienne Becker, elle témoigne de sa capacité à dépasser et transcender les frontières entre l'art et la joaillerie. Orfèvre et joaillier autodidacte, l'artiste américain (1947-2022) incarne une approche visionnaire, affranchie de frontières artistiques, portée par un travail sur la lumière et les lignes.
Homme au talent protéiforme, collectionneur d'objets éclectiques et de machines anciennes, cet érudit à la curiosité insatiable s'isole dans son loft new-yorkais avec son épouse pour se concentrer sur son travail. Après avoir fabriqué l'alliance d'Olivia, fasciné par la texture de l'or, il se met à réaliser des bijoux – un changement de rythme par rapport à ses peintures grand format. À la même époque, il étudie l'histoire du bijou ainsi que les rituels et vertus talismaniques qui lui sont parfois associés. Il réalise chaque œuvre à la main dans son atelier, explorant des matériaux tels que l'or, l'acier, l'acier inoxydable et l'aluminium.
Daniel Brush avec ses machines et outils décoratifs (NATHAN CROOKER)
Croyant à la connexion entre l'esprit, le cœur et la main, il laisse son imagination irradier dans chacune de ses œuvres. Il ne prépare jamais ses créations en amont et ne réalise aucun croquis ou dessin préparatoire ; il travaille directement dans la matière. Loin de percevoir le bijou comme un ornement superficiel, il considère la joaillerie comme "une voie d'accès aux dieux".
Cette exposition soulève aussi les questions qui l'obsédaient : un bijou doit-il être porté ? Un bijou peut-il être un objet à tenir en main ? À quelle forme d'art se rapporte le bijou et peut-il être considéré comme une œuvre d'art ? Quel lien unit l'art et le bijou ? Pour Daniel Brush, la ligne renvoyait au souffle, à la poésie et au dynamisme créatif.
Enfin, jusqu'au 18 juillet, la Galerie Aveline (place Beauvau, Paris) convie Madame Ge et les Ateliers Ru, installés à Canton en Chine, pour l'exposition Peinture de pierres, empreinte de Chine, réunissant une vingtaine d'œuvres donnant à voir une matière picturale inédite, alliant la poussière de gemmes et les fragments de pierre. Ce nouveau champ d'exploration artistique transversal s'approprie la matière minérale dans la création contemporaine. Madame Ge a sélectionné des artistes déjà reconnus en Chine mais également Cao Jun, référence sur la scène internationale.
"Les Ateliers Ru, que j'ai créés à Canton, portent un projet qui transforme les couleurs, les énergies des pierres naturelles et les cristaux en une véritable matière picturale, ouvrant ainsi une nouvelle voie d'expression dans le champ de l'art contemporain. Ru signifie dans la langue chinoise : entrer dans le cœur – une invitation à une expérience intérieure. L'art ne s'adresse pas seulement au regard mais aussi à l'âme. Il incarne une invitation : inviter les gemmes à entrer dans la toile, inviter les artistes à créer ensemble, et inviter chacun d'entre vous à pénétrer dans l'univers de l'œuvre", explique Madame Ge.
Détail d'une œuvre de Jiang Zheng dans l'exposition "Peinture de pierres, empreinte de Chine" à la Galerie Aveline, à Paris. (JIANG ZHENG)
Les tableaux sont accrochés dans cette galerie où sont présentés des chefs-d'œuvres, originaux, introuvables, datant de la fin du XVIIe siècle jusqu'au milieu du XIXe siècle et provenant de toute l'Europe. Tous les artistes exposés ont partagé leurs cartons préparatoires avec les artisans des Ateliers Ru qui ont sélectionné des minéraux intacts et présentant peu d'impuretés. Placés dans un mortier, les minéraux sont fragmentés à l'aide d'un pilon puis triés à l'aide de tamis de différentes mailles. Après concassage et tamisage, les minéraux donnent une poudre fine, à la texture délicate qui sera appliquée sur le support métallique ou sur la toile. Les particules plus épaisses sont triées manuellement et les gemmes naturelles sont broyées en particules homogènes, puis purifiées et tamisées avant d'être intégrées à l'œuvre. La matière picturale est appliquée sur les supports avec une colle. Plus de deux cents teintes, issues de minéraux et de gemmes naturelles, ont été extraites pour constituer une palette chromatique unique. Ici, les œuvres de Li Bangyao, Shi Yi et Beini ont retenu toute notre attention et plus particulièrement celles où les pierres sont les plus brutes et apparentes.
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