L'exposition "Eyes of the Storm", les yeux du cyclone en français, réunit 250 clichés pris par la star des Beatles fin 1963 et début 1964. Un témoignage très personnel sur les coulisses de la première grande tournée des Fab Four à un moment charnière de leur histoire.
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié le 07/07/2026 06:00
Temps de lecture : 8min
Paul McCartney, "Autoportrait", Londres, 1963. (1963-1964 PAUL MCCARTNEY SOUS LICENCE EXCLUSIVE DE MPL ARCHIVE LLP)
L'exposition "Eyes of the Storm", les yeux du cyclone en français, réunit 250 clichés pris par la star des Beatles fin 1963 et début 1964. Un témoignage très personnel sur les coulisses de la première grande tournée des Fab Four à un moment charnière de leur histoire.
L'été 2025, le musée Granet d'Aix-en-Provence accueillait les tableaux iconiques d'un enfant du pays, Paul Cezanne. Un autre Paul lui succède cet été sur les cimaises : Sir McCartney, enfant de Liverpool et illustrissime chanteur des Beatles. À 84 ans, Paul McCartney dévoile son jardin secret de photographe amateur, affichant jusqu'au 5 janvier 2027, une partie de sa collection personnelle. L'exposition a vu le jour en Angleterre en 2023. Comme les Beatles, elle a ensuite entrepris une tournée mondiale. Après six escales aux Etats-Unis, une autre au Japon, elle arrive du Canada. Le musée Granet sera sa première étape européenne, dans le cadre des célébrations du Bicentenaire de la photographie.
"Paul McCartney ne se considère pas comme un photographe", déclare en guise de préambule celle qui a littéralement construit cette exposition : Rosie Broadley, conservatrice en chef de la National Portrait Gallery de Londres. Elle raconte que ces clichés n'existaient que sous la forme de planches contact et de négatifs originaux. Enfouis dans les archives personnelles de Paul McCartney, ils n'ont été redécouverts qu'en 2020. Le chanteur a alors contacté le musée londonien, offrant à Rosie Bradley un accès sans précédent à ses photos intimes. "Plus d'un millier au total", précise-t-elle. Ensemble, ils ont sélectionné quelque 300 à 400 clichés pour constituer "une sorte de journal intime".
"Autoportraits", Paris, janvier 1964. (1964 PAUL MCCARTNEY SOUS LICENCE EXCLUSIVE DE MPL ARCHIVE LLP)
Le chanteur avait marqué ses préférés d'une croix ou d'une coche, comme le montre l'exposition, mais ne les avait jamais fait développer. Ce n'est qu'au moment où ils ont été tirés et agrandis qu'il a découvert ces images prises soixante ans plus tôt. Il a expliqué que cela ne lui procurait "pas tant un sentiment de perte que de joie rétrospective", chaque cliché faisant "remonter des souvenirs". Son écriture de 1963 a été reproduite sur les murs et ses commentaires figurent sur les cartels.
"Ces photos ont été réalisées sur une très courte période entre novembre 1963 et février 1964", détaille Rosie Broadley, une période extraordinaire. Les Beatles étaient alors un groupe populaire en Angleterre. Ils sont partis à Paris puis en Amérique où ils ont participé au "Ed Sullivan Show" qui a fait d'eux des stars mondiales". "Ils ont changé la nature même de la célébrité, analyse-t-elle, en redéfinissant à jamais ce que signifie être une star à l'ère de la pop culture." Façon d'affirmer que ces clichés ont une valeur sociologique et historique.
"John Lennon, Paris", janvier 1964. (1964 PAUL MCCARTNEY SOUS LICENCE EXCLUSIVE DE MPL ARCHIVE LLP)
Comme un album de famille, l'exposition s'ouvre sur une photo du père de Paul McCartney, Jim, fumant sa pipe devant la maison offerte par son fils près de Liverpool. Suivent deux portraits de son frère Mike, devenu un photographe professionnel reconnu, comme sa femme Linda, morte en 1998, et leur fille aînée Mary. Voilà qui explique certainement la modestie de Paul quant à ses propres talents en la matière.
Une vitrine abrite quelques planches contact sorties de ses archives et un Reflex Pentax avec un objectif de 35 mm semblable à celui qu'il possédait. Rosie Broadley nous confie que son équipe n'a malheureusement pas réussi à retrouver l'original. Le chanteur a cessé de l'utiliser, faute de temps, quand le succès des Beatles est devenu stratosphérique. S'il ignore ce qu'il en a fait, il pense, d'après la galeriste, qu'il a pu être volé car "à cette époque, les Beatles ne fermaient pas vraiment leurs portes et beaucoup d'objets personnels ont disparu".
"Ringo Starr, Londres", janvier 1964. (1964 PAUL MCCARTNEY SOUS LICENCE EXCLUSIVE DE MPL ARCHIVE LLP)
L'exposition aixoise occupe un espace d'environ 700 m2, sur deux étages. Les tirages présentés dévoilent l'intimité de la première grande tournée internationale des Beatles, une période charnière dans la vie du groupe, entre novembre 1963 et février 1964. "C'était une période complètement dingue pour nous, on vivait des tas de trucs incroyables...", a témoigné Paul McCartney. Les Beatles étaient alors à un point de bascule : ils entraient dans l'œil du cyclone qui donne son nom à l'exposition.
Ces photos permettent de plonger au cœur même du tourbillon que fut la Beattlemania (terme inventé par le Daily Mirror en octobre 1963) et de l'observer de son point de vue à lui, à travers l'objectif de son Pentax. "On part en voyage avec eux", résume Rosie Broadley. Quand on lui demande ce que ces clichés disent de la relation d'alors entre ces quatre jeunes hommes, nés pendant la guerre dans un port industriel du nord de l'Angleterre, elle répond joliment : "Ils étaient comme une île. Ils formaient une petite communauté très unie. Ils se soutenaient les uns les autres. Presque comme des frères."
"John et George, Paris", janvier 1964. (1964 PAUL MCCARTNEY SOUS LICENCE EXCLUSIVE DE MPL ARCHIVE LLP)
Cela transparaît nettement dans la façon dont Paul McCartney capture le visage et les expressions de ses copains. John Lennon, coiffé d'une superbe casquette, lui adresse un sourire complice dans les rues de Paris. Sur d'autres clichés, l'artiste, assassiné en 1980 à New York, semble plus songeur, voire un peu triste. Ringo Starr, le batteur, secoue sa frange en riant dans un flou artistique. John et George Harrison (mort en 2001), plus sérieux, semblent l'attendre devant un mur de briques. L'une des photos préférées de Paul, selon Rosie Broadley, montre George portant deux chapeaux haut-de-forme empilés l'un sur l'autre. "Ne pas se prendre au sérieux était un moyen pour nous de décompresser", explique le chanteur solo, sur le cartel qui accompagne ce cliché en noir et blanc, comme la majorité des photos présentées.
La jeunesse, la joie, le bonheur de voyager pour la première fois et de découvrir le monde affleurent sur ces images. Paul McCartney photographie son manager, Brian Epstein, et joue avec les photographes qui suivent le groupe en permanence selon l'éternel principe de l'arroseur arrosé. L'exposition, articulée de façon chronologique, ménage différentes escales, s'arrêtant notamment sur leur séjour à Paris en octobre 1963. "Ils sont restés 18 jours à l'Olympia et pouvaient jouer jusqu'à trois fois dans la journée", raconte la conservatrice. Paul photographie depuis la coulisse la jeune Sylvie Vartan, autre tête d'affiche avec Trini Lopez. C'est à l'hôtel George V où ils résident que les Beatles apprennent qu'ils sont numéro 1 aux Etats-Unis avec le titre I Want to Hold Your Hand. "Cela va tout changer", conclut Rosie Broadley avant d'aborder l'étape américaine du voyage.
"Photographes à Central Park, New York", février 1964. (1964 PAUL MCCARTNEY SOUS LICENCE EXCLUSIVE DE MPL ARCHIVE LLP)
Elle s'ouvre sur un agrandissement immense, dans la cage d'escalier, d'une photo de la foule qui les attend à l'aéroport. Rosie Broadley raconte qu'en la redécouvrant, Paul McCartney a relevé certains détails qu'il n'avait jamais décelés. Au premier plan, trois "Miss" en maillot de bain portent sur la poitrine une écharpe floquée Beatles. Une autre femme porte un singe dans ses bras, peut-être un chimpanzé, tandis qu'une autre fan se penche dangereusement, au bord du vide.
À l'étage, un écran diffuse la conférence de presse, pleine de répartie et d'humour, des Beatles, à leur arrivée à l'aéroport JFK de New York. "Pourquoi les gens sont-ils aussi excités ?", demande un journaliste. "On n'en sait rien !", répond l'un d'eux. L'exposition s'arrête aussi sur la date essentielle du 9 février 1964. Ce jour-là, les Beatles participent au "Ed Sullivan Show", une émission ultra-populaire que près de 73 millions de téléspectateurs verront. Ce record va booster leur notoriété jusqu'à des sommets jamais atteints. Une vidéo permet de revoir leur prestation.
"West 58th Street, à l'intersection de la Sixième Avenue", février 1964. (1964 PAUL MCCARTNEY SOUS LICENCE EXCLUSIVE DE MPL ARCHIVE LLP)
Paul McCartney n'a que 21 ans et saisit sur le vif, à la manière d'un photo-journaliste, des images de cette Amérique qui fait rêver les adolescents des années 1960. Issus de milieux plutôt modestes, les Four Fab n'ont jamais eu l'occasion de voyager. Plus encore que les portraits, les photos prises depuis la voiture révèlent l'acuité de son regard et l'influence de la Nouvelle Vague. Une photo en particulier, prise depuis la lunette arrière, montre quelques fans lancés à leur trousse à New York, à l'intersection de la Sixième avenue. Paul immortalise aussi les autoroutes, les grands panneaux publicitaires et le marketing envahissant d'une société de consommation en plein essor. Une esthétique propre aux années 1960 proche du pop art.
Paul McCartney a de façon évidente le goût des autres. Des gens ordinaires dont il capte les regards à la volée, saisissant des moments fugaces. Une jeune fille anonyme, un fichu noué sous le menton, lui adresse un sourire timide à Washington. Des femmes en uniforme blanc derrière la vitrine d'un fast-food, le saluent de la main. Une photo de foule impressionnante prise au moment de leur arrivée à l'hôtel Deauville à Miami Beach montre une fillette incroyablement expressive. Col Claudine et chaussettes blanches, elle ouvre grand les bras, les yeux exorbités, en hurlant sa joie tandis qu'un policier essaie de la retenir.
"New York", 1964. (1964 PAUL MCCARTNEY SOUS LICENCE EXCLUSIVE DE MPL ARCHIVE LLP)
Dans sa dernière partie, l'exposition prend des couleurs sous le soleil de Floride. L'un des clichés préférés de Paul McCartney, selon Rosie Broadley, est ce portrait de George Harrison avec ses lunettes noires. Il saisit le verre que lui tend une naïade sans tête. Une photo superbement composée.
En février 1964, les Beatles achèvent à Miami leur voyage triomphal à la conquête de l'Amérique. Les photos de Paul ont le parfum des vacances. Les quatre amis, heureux, se prélassent au bord d'une piscine dans un luxe qu'ils n'ont jamais connu.
Le parcours se conclut justement avec une vidéo aux allures de petit film de vacances, produit et réalisé par Paul McCartney en personne. Le chanteur a animé de nombreux clichés choisis dans sa propre collection et composé lui-même la bande-son. Pour finir en musique, comme il se doit.
"George Harrison, Miami Beach", février 1964. (1964 PAUL MCCARTNEY SOUS LICENCE EXCLUSIVE DE MPL ARCHIVE LLP)
Exposition Paul McCartney, photographe 1963-1964 : Eyes of the Storm, du 4 juillet 2026 au 3 janvier 2027, au musée Granet d'Aix-en-Provence. Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 18h. Tarif plein à 14 euros, réduit à 12 euros. Gratuit pour les moins de 18 ans, les étudiants de moins de 26 ans et les demandeurs d'emploi (longue durée).
Catalogue paru en 2023 : 1964 dans le tourbillon de la Beatlemania, photographies et souvenirs de Paul McCartney, préface d'Antoine de Caunes. Ed. Buchet-Chastel, 350 pages, 59 euros
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