La justice a estimé qu'il existait "un doute sérieux sur la caractérisation d’atteintes sexuelles". Lors de l'audience du 26 mai, le ministère public avait requis trois ans de prison, dont un ferme sous bracelet électronique.
La justice a estimé qu'il existait "un doute sérieux sur la caractérisation d’atteintes sexuelles". Lors de l'audience du 26 mai, le ministère public avait requis trois ans de prison, dont un ferme sous bracelet électronique.
Publié le 07/07/2026 14:37 Mis à jour le 07/07/2026 17:28
Temps de lecture : 3min
David G., animateur de l'école Alphonse-Baudin, jugé pour agressions sexuelles sur mineurs au tribunal correctionnel de Paris, le 26 mai 2026. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCE TELEVISIONS)
Quelques minutes avant que le jugement soit prononcé, un cri s'est échappé du banc des parties civiles. Une mère de famille, en pleurs, comprend que le président ne prononcera pas de condamnation pour David G. Cet animateur de l'école maternelle Alphonse-Baudin, dans le 11e arrondissement de Paris, était poursuivi pour agressions sexuelles sur mineurs. Il a été relaxé, mardi 7 juillet, par le tribunal correctionnel.
"En l'absence d'éléments matériels suffisamment constitués", le tribunal a estimé qu'il existait "un doute sérieux sur la caractérisation d'atteintes sexuelles commises avec violence, contrainte, menace ou surprise" et que ce "doute doit bénéficier au prévenu". Le président a longuement expliqué son jugement, face au prévenu et aux parties civiles, mais aussi dans un communiqué de presse envoyé aux médias dans la foulée de la relaxe.
Sans antécédent judiciaire, David G. encourait dix ans de prison et 150 000 euros d'amende. Lors de l'audience publique le 26 mai, le ministère public avait requis trois ans de prison contre lui, dont un ferme sous bracelet électronique.
Selon le président, le visionnage des dépositions des enfants à la Brigade de protection des mineurs (BPM) a révélé que certains n'avaient pas fait état d'agression sexuelle. Pour ceux qui ont témoigné en ce sens devant les policiers, il a constaté "des phrases toutes faites" et "en décalage" avec la manière dont devraient s'exprimer de très jeunes mineurs.
"Les propos de ces enfants très sensibilisés à la notion d'intimité (...) ont pu être considérablement influencés voire orientés par rapport à leurs premières déclarations", a souligné le président, suggérant que les parents eux-mêmes avaient pu "altérer la fiabilité" de ces récits. Il a ajouté qu'aucun adulte de l'école n'avait été témoin "de gestes à caractère sexuel, ni de comportement suspect".
Lors de l'audience publique du 26 mai, David G. n'avait cessé de réfuter les gestes de nature sexuelle qui lui étaient reprochés. Dans le détail, il était jugé pour agressions sexuelles sur neuf mineurs, harcèlement sexuel sur deux collègues et agression sexuelle sur l'une d'elles, entre septembre 2024 et avril 2025.
Mardi, il a aussi été relaxé de l'agression sexuelle sur une collègue. Concernant les faits de harcèlement sexuel, il a, en revanche, été reconnu coupable et condamné à huit mois de prison avec sursis. Cette peine est assortie d'une obligation de soins et d'une interdiction d'entrer en contact avec les victimes. Il a également été inscrit au fichier des auteurs d'infractions sexuelles (Fijais), ce qui lui interdit d'exercer à nouveau comme animateur.
A Paris, la décision de ce procès, le deuxième d'une "longue série noire" dans le périscolaire, était très attendue des familles. Après la prise de parole du président, elles sont sorties de la salle très en colère. "Bravo la justice injustice !", "joli spectacle, simulacre !", ont fulminé certains parents, applaudis par d'autres.
"C'est un délibéré qui est très dur, incompréhensible. Il sort libre et nos enfants ont une vie à reconstruire", a réagi la mère d'un petit garçon d'Alphonse-Baudin, les yeux rougis. "On est tous sous le choc. J'ai eu l'impression d'être à mon propre procès car ma fille m'a parlé d'abord", avant son audition à la BPM, a témoigné une autre. "Je me suis presque sentie coupable", a-t-elle glissé, désespérée.
"On m'a clairement dit que j'avais influencé sa parole, mais comment ai-je pu influencer les symptômes, les irritations, les pipis au lit et les cauchemars ?"
Une mère d'élève d'Alphonse-Baudin
à la presse
"Contrairement à ce qu'a dit le juge (...) nous n'avons, à aucun moment, influencé les dires des enfants. J'ai simplement demandé à ma fille si elle aimait bien [David G.] et elle m'a raconté tout ce qu'il lui faisait", a rapporté une troisième mère de famille.
"Cette décision est un immense sentiment d'injustice pour les six familles que nous représentons. Neuf enfants ont dénoncé des agressions sexuelles et tous présentaient des stigmates psychotraumatiques majeurs. Pourtant, leur parole a été écartée au motif qu'ils auraient été influencés par leurs parents", a dénoncé l'avocate Rebecca Royer auprès de franceinfo. "Cette décision envoie un signal profondément inquiétant à la société : les enfants ne sont ni crus ni protégés." Elle espère que le ministère public fera appel.
Le 16 juin, la relaxe de l'animateur de l'école Titon, première affaire jugée depuis le déclenchement du scandale autour du périscolaire parisien, avait déjà provoqué l'incompréhension des familles. Depuis début 2026, le parquet a ouvert des enquêtes dans 84 écoles maternelles parisiennes, ainsi qu'une vingtaine d'établissements élémentaires et une dizaine de crèches. Selon les derniers chiffres communiqués par la mairie, 132 animateurs ont été suspendus, dont 52 pour "suspicions de violences sexuelles ou sexistes".
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