Cinéaste de l’intime et des émotions extrêmes, créateur de personnages féminins inoubliables, le réalisateur suédois Ingmar Bergman continue de fasciner. ...
On vous dit pourquoi Ingmar Bergman est une légende : en un livre et quatre films cultes qui ressortent en salles dès le 1er juillet.
Recueil d'articles et écrits foisonnant, Tous les visages de Bergman, publié chez Carlotta en février, dévoile la pensée tourmentée du cinéaste et dramaturge suédois.
"Rien ne peut mieux décrire les hommes que le cinéma, qui approche leurs visages d'une façon presque indécente" écrit Ingmar Bergman (1918-2007) pour la publication du scénario de Sonate d'automne an 1976, chef-d'œuvre sur la relation mère-fille avec Ingrid Bergman et Liv Ullmann, actrice norvégienne alors compagne du cinéaste, un film tout entier dévoué à "l'art et la technique du gros plan". Ce "royaume inexploré" qu'est le visage au cinéma, le cinéaste mythique en a fait la matière de ses films et ça n'est pas le moindre trésor que recèle ce recueil à première vue disparate mais en réalité finement composé par Christo Burman, spécialiste de l'œuvre du Suédois.
En parallèle des scénarios de ses films, des pièces de théâtre et des récits autobiographiques (Laterna Magica, "antimémoires" parues en deux volumes chez Gallimard en 1987, puis les trois tomes consacrés à l'histoire de ses parents, deux luthériens à l'éducation très rigide), la production littéraire du cinéaste du Septième Sceau ou des Fraises sauvages compte des centaines d'articles, conférences, préfaces ou textes théoriques dont ce livre entend présenter une sélection étalée sur soixante ans, s'achevant alors que Bergman âgé de 80 ans vit retiré sur l'île de Fårö dans la Baltique, quitté par Liv Ullmann après cinq ans de chuchotements mais surtout de cris.
À partir de la sortie de Persona (1966), Bergman publiera systématiquement les préfaces accolées aux scénarios de ses films, destinées à ses lecteurs. À propos du scénario de Scènes de la vie conjugale (1973), film fleuve sur les affres de la vie de couple décrivant "deux enfants de la norme" confrontés aux décombres de leur propre couple, il note non sans ironie : "Que dire d'autre, sinon qu'il m'a fallu trois mois pour écrire ce texte, mais une bonne partie de ma vie pour le vivre. Je ne suis pas certain que l'inverse aurait été mieux, même si cela aurait eu plus d'allure."
"Fanny et Alexandre", c'est Bergman en musique et en 3DOn y découvre entre autres des "fausses interviews", des dialogues pleins d'autodérision que le cinéaste volontiers control freak réalise avec lui-même, ses influences théâtrales (de William Shakespeare à August Strindberg), sa découverte fasciné du cinématographe chez sa grand-mère à Uppsala (scène que l'on retrouve dans Fanny et Alexandre), son avis sur les polémiques de son temps (pour le théâtre pour enfants et la télévision, mais contre les écoles de cinéma et le snobisme intellectuel), et un adage démoniaque : "Le diable lui-même ne doit pas être différent d'un directeur de théâtre." En écho à la phrase du journaliste suédois August Blanche.
Bergman, du silence et des femmesOn n'y trouvera rien sur la fascination adolescente de Bergman pour le Fürher (envoyé en vacances en Allemagne chez des amis de sa famille, il assiste à un rassemblement nazi en 1934), mais de belles pages sur l'austère Karin parues en 1971, lorsqu'à la mort de sa mère, Bergman découvre dans le coffre d'une banque le journal intime qu'elle avait tenu dans le plus grand secret. Des notes "d'une sincérité débridée" dévoilant "le désespoir d'une femme sans illusions et angoissée par la vie, le désenchantement et le mépris qui menaçaient chaque jour sa discipline de fer". De quoi nourrir toute une vie de cinéaste.
Tous les visages de Bergman ©Carlotta"Tous les visages de Bergman, articles, critiques et conférences", édité" par Carlotta Films (200 pp., 20,17€), Traduction de Jean-Baptiste Bardin. ★★★
Tout l'été le distributeur Lumière ressort dans les salles belges quatre films mythiques du cinéaste, avec des sous-titres en néerlandais et français. On vous dit pourquoi ils continuent de fasciner, comme des flambeaux dans la nuit.
Un été avec Monika, d'Ingmar Bergman 1953 ©LumièreC'est une histoire simple. Celle de Monika (Harriet Andersson à l'état sauvage), une jeune fille issue des classes populaires qui rêve du grand amour. Lorsqu'elle rencontre Harry, petit-bourgeois qui craint le regard de sa famille, les deux jeunes gens s'enfuient pour vivre en canot sur les îles au large de Stockholm. Mais l'insouciance et l'amour fou laissent vite place aux soucis et, dans la fracture de l'été qui s'achève, Monika est enceinte. Bergman parvient à traiter de la condition féminine et de la naissance du désir à travers un personnage féminin transgressif (le fameux regard caméra de Harriet Andersson après que Monika ait trompé Harry, préfigurant celui de Jean-Pierre Léaud dans Les 400 Coups (1959) de François Truffaut). Après ce film Harriet Andersson devint une actrice importante de la troupe d'Ingmar Bergman, aussi bien au théâtre qu'au cinéma. On la retrouve dans la comédie romantique Sourires d'une nuit d'été (1955), rongée par la schizophrénie dans A travers le miroir (1961), inoubliable dans le rôle d'Agnès dans Cris et chuchotement (1973). Mais plus que tout avec Monika, Bergman invente le film d'été, préfigurant La Collectionneuse (1967) ou Conte d'été (1996) d'Eric Rohmer, Call me by your name (2017) de Luca Guadagnino ou Une Fille facile (2019) de Rebecca Zlotowski, des films où l'éclat du soleil annonce autant l'intensité des premiers émois que la nostalgie à venir. Celle qui ronge le cœur de toute une vie.
![Summer with Monika (1953) ORIGINAL TRAILER [FHD] - YouTube thumbnail](https://i.ytimg.com/vi_webp/W_yx-_D7b-c/hqdefault.webp)
Sortie le 1er juillet ★★★★
Le Septième Sceau d'Ingmar Bergman, 1957 ©LumièreVoilà un film avant tout porté par la grâce d'un acteur, le colossal Max Von Sydow dans le rôle du chevalier Antonius Block, de retour des Croisades avec son écuyer au XIVe siècle. Apparu dans onze films de Bergman (dont le splendide La Source ou L'Heure du loup), l'acteur franco suédois au physique christique acquit une réputation internationale avec ce rôle mystique de chevalier défiant la mort en personne lors d'une partie d'échecs. Entre thèmes apocalyptiques (l'ouverture du Septième Sceau dans La Bible est censée marquer l'entrée dans l'Apocalypse), visions de bonheur pur et processions macabres où seuls les baladins sont épargnés, le film traque l'existence de Dieu et fait œuvre d'expiation pour Bergman, marqué par une éducation protestante rigide dont il n'a pas caché qu'elle fut un traumatisme. Sa grâce est de la sublimer dans une Suède mystérieuse et obsédante et d'ériger pour nous le cinéma au rang métaphysique.

Sortie le 29 juillet ★★★★
Les Fraises sauvages, d'Ingmar Bergman 1957 ©LumièreMi-portrait psychologique, mi-road-movie dans la psyché et les souvenirs d'un homme vieillissant, Les Fraises Sauvages est l'un des plus beaux films de Bergman. À l'occasion d'un voyage en voiture à travers la Suède, le film suit le flux de conscience du docteur Isak Borg (portant les initiales du cinéaste), un professeur vivant seul en compagnie de sa domestique, et qui doit aller célébrer les trente ans de sa thèse. Sur la route, en compagnie de sa belle-fille qui lui reproche son égoïsme, il s'arrête dans la maison où il passait ses vacances enfant. Un tapis de fraises sauvages agit comme une madeleine de Proust, déclenchant un souvenir adolescent où rejaillit son amour contrarié pour Sara (Bibi Andersson, actrice fétiche de Bergman, également dans le rôle de l'auto-stoppeuse), qui lui préféra son frère. Le film alterne rêves, rencontres et souvenirs flashs qui permettent à Isak de faire la paix avec son passé, de pardonner la froideur de sa propre mère et de retrouver le bonheur panthéiste de l'enfance. Réalisé dans la foulée du Septième Sceau, film adoré par Martin Scorsese ou David Lynch dont il préfigure le travail sur l'inconscient, Les Fraises sauvages présente une variation apaisée sur la mort, la perte de l'innocence et le bonheur retrouvé. À goûter sans modération.

Sortie le 29 juillet ★★★★
Persona d'Ingmar Bergman 1966 ©Lumière"Chef-d'œuvre absolu qui dynamite le cinéma de l'intérieur" selon la Cinémathèque française qui célébrait le centenaire de la naissance du cinéaste en 2018, Persona fait partie des films qu'on n'oublie jamais. On y suit la relation intense entre Elizabeth Vogler (Liv Ullmann), une célèbre actrice de théâtre devenue mutique lors d'une représentation d'Electre, et son infirmière (Bibi Andersson) qui se met à lui parler sans réserve, avant qu'Elizabeth divulgue son secret. Entre fusion, rejet et dédoublement (de personnalité), le lien entre les deux femmes devient la métaphore de la crise intérieure que traverse le cinéaste. Construite autour de flashs d'images historiques violentes en alternance avec les visages des actrices sublimés par le chef opérateur Sven Nykvist, l'ouverture-poème du film a marqué l'Histoire du cinéma moderne. De son propre aveu Bergman n'a pas écrit de scénario au sens habituel pour Persona, mais plutôt une "ligne mélodique" proposée à la libre interprétation des spectateurs, dans lequel le visage humain devient le seul baromètre au monde.
![Persona (1966) ORIGINAL TRAILER [FHD] - YouTube thumbnail](https://i.ytimg.com/vi_webp/YEfJopPIbQg/hqdefault.webp)
Sortie le 1er juillet ★★★★
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.
| # | Наименование новости | Тональность | Информативность | Дата публикации |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Nicholas Wennö: Här är sommarens bästa långfilmer på SVT Play | 5 | 7 | 21-06-2026 |
| 2 | "In Waves" : l'éblouissant film d'animation qui provoque une vague d'émotions | 8 | 6 | 01-07-2026 |
| 3 | Nicholas Wennö: Sex, skuld och självuppoffring – så utlöste ”Breaking the waves” en känslomässig tsunami | 2 | 6 | 12-06-2026 |
| 4 | Filmlistan vecka 20: ”Strejkarna” med Greta Thunberg ny på bio | 0 | 5 | 15-05-2026 |
| 5 | О ком мечтают актеры: как снимает режиссер "Призрачной нити" Пол Томас Андерсон | 0 | 0 | 26-06-2020 |
| 6 | У нас "Облепиховое лето". В прокат выходит фильм об Александре Вампилове | 0 | 0 | 15-11-2018 |
| 7 | Из театра в лауреаты "Оскара": как Сэм Мендес бросает себе вызов | 0 | 0 | 31-07-2020 |
| 8 | Певец обыденности: о романтике повседневной жизни в фильмах Линклейтера | 0 | 0 | 30-07-2020 |
| 9 | Нолан — гений? Как пройти через лабиринт его фильмов и не потеряться | 0 | 0 | 30-07-2020 |