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Adoptions forcées: “Connaître ses origines est un droit fondamental et essentiel pour pouvoir se construire”

Дата публикации: 27-06-2026 04:36:51

Solayman Laqdim, Délégué général aux droits de l’enfant, revient sur la question de l’adoption internationale. Il plaide pour un meilleur soutien aux personnes en quête de réponses sur leurs origines. ...

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Des adoptés sud-coréens demandent l'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire et des excuses officielles de l'État belge. Ces demandes vous paraissent-elles légitimes ?

Tout à fait. Il faut d'abord rappeler que le droit de connaître ses origines est consacré dans la Convention internationale relative aux droits de l'enfant des Nations unies. C'est un droit fondamental, essentiel pour pouvoir construire son identité et sa personnalité. Je rappelle aussi que, selon l'article 21 du texte, l'adoption, pour être légale, doit être fondée sur le consentement libre et éclairé des parents biologiques. Les victimes d'adoptions illégales devraient donc pouvoir bénéficier d'un accompagnement afin de se réparer. Les témoignages montrent des difficultés importantes, notamment sur le plan psychologique. Leurs trajectoires de vie sont cabossées. Vu l'ampleur du phénomène et la souffrance causée, la création d'une commission d'enquête parlementaire ne me paraît pas illégitime. Et, symboliquement, que l'État belge présente des excuses fait sens.

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Cette convention date de 1989 et la Belgique ne l'a ratifiée qu'en 1991. Or, les faits remontent souvent aux années 1970 et 1980. Ces histoires ne sont-elles pas aussi le symptôme d'une époque ?

Certainement. Mais cela n'empêche pas d'agir aujourd'hui pour réparer certaines erreurs du passé. Le gouvernement actuel pourrait, par exemple, rendre imprescriptible la recherche des origines. Il existe déjà des initiatives intéressantes en Flandre, avec les Afstammingscentrum. Ce sont des endroits qui accompagnent les personnes dans leurs démarches administratives, juridiques, psychosociales et financières lorsqu'elles recherchent leurs origines. Pourquoi ne pas s'inspirer du nord du pays ? Le problème reste que l'adoption est une compétence qui s'étale sur plusieurs niveaux de pouvoir. Cela nécessite une bonne collaboration entre ces derniers.

Korean adoptees put their nametags with South Korean volunteers on The Wall of Names at Omma Poom Park in Paju, South Korea, on May 20, 2026. (AP Photo/Ahn Young-joon)En juin 2026, des dizaines d'enfants coréens adoptés, originaires d'Amérique du Nord et d'Europe, se sont réunis pour inscrire leurs noms sur un mur d'une ancienne base militaire américaine, espérant qu'après des décennies, leur mère biologique les recherche encore. ©Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved.

La Flandre a mis un terme aux adoptions internationales. En Fédération Wallonie-Bruxelles, la ministre Valérie Lescrenier souhaite mieux les encadrer, sans les interdire…

Le motif pour arrêter était que le contrôle des adoptions internationales était opérationnalisé par l'État d'origine de l'enfant. Or, les pays de provenance ont souvent d'autres priorités que d'investir dans ces vérifications. Si j'avais une recommandation à faire côté francophone, ce serait d'éviter les adoptions internationales avec des endroits connaissant des zones de conflit ou d'instabilité. Le risque est trop élevé. L'actualité a montré à plusieurs reprises des dérives, que ce soit au Chili, au Guatemala, au Congo ou ailleurs. Il ne faut pas non plus en arriver à une forme d'eugénisme social où la pauvreté, à elle seule, justifie le retrait définitif d'un enfant à sa famille biologique.

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Au-delà d'éventuelles excuses, quelles formes de réparation concrète pourraient être envisagées ?

Sur le plan juridique, la situation administrative est souvent un parcours du combattant pour les adoptés. Certaines personnes découvrent parfois que leur date de naissance ne correspond pas à la réalité. Cela peut avoir des conséquences sur la pension ou sur l'accès à la propriété, par exemple. Une commission permettrait de réparer ces erreurs. L'enjeu est donc de permettre à ces personnes de se reconstruire en facilitant les démarches administratives, juridiques et psychosociales.

Nos interlocuteurs dénoncent aussi les difficultés d'accès aux dossiers : documents introuvables, dispersés, détruits… La Belgique devrait-elle simplifier ces démarches ?

Oui. Malheureusement, certains dossiers ont disparu. Mais lorsqu'ils existent encore, il faut faciliter leur accès. Ce serait bien de réfléchir à une meilleure coordination permettant d'accéder plus facilement à ces dossiers. Car ces documents se retrouvent souvent à plusieurs endroits : organismes d'adoption, parquet, Affaires étrangères, administrations…

guillement

Rien n'empêche d'agir aujourd'hui pour réparer certaines erreurs du passé.

Des pays comme le Danemark ont mené un important travail de mémoire sur ces questions. Où en est la Belgique ?

La Belgique est plus timide. On pourrait s'inspirer d'autres démarches de reconnaissance déjà menées chez nous, comme celle concernant les enfants métisses nées au Congo (le 22 mai 2026, la cour de Cassation a confirmé la condamnation de la Belgique pour "ségrégation raciale et enlèvements forcés" pendant la colonisation, NdlR). Le contexte est certes différent, mais dans les deux cas il s'agit de reconnaître des dysfonctionnements et des manquements dans le chef des autorités. La première étape consiste à reconnaître que le problème existe. Tant que cette reconnaissance n'existe pas, il sera difficile d'avancer vers des solutions.

“Métisses : cinq femmes contre un crime d’État”, c’est le nom du dernier documentaire de Quentin Noirfalisse, réalisateur verviétois.Le 22 mai 2026, la Cour de cassation a confirmé la condamnation de la Belgique pour "ségrégation raciale et enlèvements forcés" pendant la colonisation (image provenant du documentaire "Métisses : cinq femmes contre un crime d'État" de Quentin Noirfalisse). © Quentin Noirfalisse / Jean-Charles Mbotti Malolo / Eklektik Productions / Les Films du Tambour de Soie / Petit à Petit Production / Teorema Films

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