Un édito de François Mathieu ...
On l'a vu durant cette Coupe du Monde, certains pays savent célébrer leur nation. Et puis il y a la Belgique. Cet État qui doute de lui avec une remarquable constance, qui s'autorise rarement le luxe d'une fierté collective. Les drapeaux ne fleurissent d'ailleurs pas trop aux fenêtres des Belges depuis l'entame de la compétition. Mais depuis la victoire des Diables rouges contre les États-Unis, il se passe "quelque chose". La qualification pour un quart de finale y est évidemment pour beaucoup. Mais ce n'est pas seulement le football qui explique cette atmosphère inhabituelle. La polémique autour de Folarin Balogun, les gesticulations d'un Donald Trump prêt à transformer les règles du jeu en rapport de force, ont donné à cette victoire une portée inattendue. En éliminant les États-Unis, les Diables n'ont pas seulement gagné un match ; ils ont, pour beaucoup, offert une petite revanche symbolique sur les ingérences de Donald Trump.
Et puis, des signes se multiplient. Le roi Philippe traversera l'Atlantique pour soutenir l'équipe nationale. Bart De Wever plaisante sur Donald Trump et le football sur les réseaux, tandis que même son célèbre chat Maximus se permet un clin d'œil narquois à l'adresse du président américain. Les places publiques se remplissent à deux heures du matin. Les réseaux sociaux débordent de drapeaux, d'humour et d'autodérision. Les conversations portent sur autre chose que les budgets, les réformes ou le communautarisme.
Même à l'étranger, on redécouvre cette étrange Belgique que l'on décrit si souvent comme un assemblage de communautés condamnées à cohabiter. The Guardian rappelait avec malice mardi la formule d'Yves Leterme : la Belgique partagerait seulement un roi, une équipe nationale et quelques bières. L'ironie est délicieuse. Ce "petit quelque chose qui se passe" rappelle que la Belgique ne manque pas d'identité. Elle manque d'occasions de la vivre ensemble. Les Diables rouges réveillent une nation qui sommeille la plupart du temps, tiraillée par les compromis, les querelles linguistiques et les marchandages politiques. Ce vendredi soir, face à l'Espagne, l'exploit sportif serait immense s'il se produit. Mais l'essentiel est peut-être déjà acquis. Pendant quelques jours, la Belgique a simplement cessé de s'excuser d'exister. Cela ressemble déjà à une victoire. Alors si on devait y ajouter une autre contre la Roja…
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