Le Centre fédéral d’expertise des soins de santé estime que “le rapport coût-efficacité d’un dépistage élargi serait encore plus faible que celui du programme actuel qui pose déjà question”. C’est dire… ...
Y a-t-il, ou non, de bonnes raisons qui justifieraient d'élargir à certains publics le dépistage systématique du cancer du sein ? C'est un sujet largement débattu qui, régulièrement, revient sur la table. Aujourd'hui, en Belgique, une invitation des entités fédérées à faire gratuitement une mammographie est adressée, tous les deux ans, à toutes les femmes entre 50 et 69 ans qui ne présentent ni symptôme ni risque accru de cancer du sein.
Certains voudraient cependant étendre le dépistage de masse aux femmes âgées de 40-45 à 49 ans et de 70 à 74-75 ans, ou encore intégrer des scores de risque polygéniques afin de mieux cibler les femmes nécessitant une surveillance accrue. Certains prônent aussi la combinaison mammographie/échographie, notamment pour les femmes qui ont une densité élevée (soit un tiers des femmes). D'autres encore envisagent de passer à un dépistage annuel…
Après s'être penché sur les avantages, les inconvénients et le rapport coût-efficacité de ces élargissements, le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) a livré ses conclusions dans un rapport publié ce jeudi.
Au niveau des avantages, ils restent "limités", selon le KCE. Tel qu'il est actuellement organisé dans notre pays, "le dépistage débouche probablement sur une réduction du nombre de cancers avancés et sur une baisse de mortalité limitée", selon les auteurs qui livrent des chiffres pour le moins surprenants : "Si 10 000 femmes participent au programme de dépistage, celui-ci permet sur une période de 13 ans d'éviter 1 à 3 décès".
"Une étape importante pour comprendre comment combiner de manière optimale radiothérapie, chimiothérapie et immunothérapie dans le cancer du sein"Par ailleurs, il faut tenir compte des inconvénients, souligne le KCE, dont le plus important est le surdiagnostic. Explication : "Nous savons aujourd'hui que les cancers n'ont pas tous une croissance linéaire. Certaines tumeurs donnent rapidement lieu à la formation de métastases, tandis que d'autres sont surtout agressives au niveau local mais ne génèrent pas de métastases. D'autres encore se développent tellement lentement qu'elles ne provoqueront jamais de plaintes, et que les patients finiront par décéder d'autre chose. Il arrive aussi qu'une tumeur s'arrête de grandir ou même qu'elle disparaisse comme elle est venue."
Le surdiagnostic, qui concerne ces trois dernières catégories de tumeurs, entraîne "des examens et traitements inutiles, une perte de qualité de vie et des coûts supplémentaires pour les patientes et pour la société", fait remarquer le KCE. Un problème qui concernerait 21 % des cancers du sein découverts chez les femmes de 50 à 69 ans invitées à participer au dépistage, d'après la littérature scientifique.
Autre inconvénient du dépistage, rappelé par les auteurs de ce rapport, les faux positifs ou résultats anormaux qui, après réalisation d'examens complémentaires, s'avèrent être une fausse alerte et, a contrario, les faux négatifs, en l'occurrence des résultats faussement rassurants lorsque certaines tumeurs n'ont pas été détectées.
En ce qui concerne le bénéfice d'une échographie complémentaire à la mammographie, le KCE n'a "pas trouvé de preuves convaincantes" quant à une baisse de la mortalité associée au cancer du sein. Le Centre estime par ailleurs que cela entraînerait une augmentation non négligeable du nombre de faux positifs.
"Quand l'infirmière m'a demandé d'évaluer la douleur sur une échelle de 0 à 10, j'ai répondu 11. Elle reste ensuite très discrète"Remettant clairement en cause les programmes de dépistage actuels dont le fondement scientifique repose sur sept études randomisées (réalisées en 1963 et 1997) "aujourd'hui obsolètes", le KCE dénonce le décalage entre le système en place et le contexte actuel, avec "les progrès techniques et thérapeutiques qui ont considérablement amélioré la survie suite à un cancer du sein ces dernières décennies".
Côté financier, selon le KCE, sur la base d'hypothèses optimistes, le coût actuel du gain d'une année de vie en parfaite santé s'élève à 13 700 €, et à plus de 51 900 €, si on se base sur des hypothèses plus réalistes. Aussi, pour le KCE, "le rapport coût-efficacité des programmes de dépistage actuels peut être remis en question" et "un élargissement du dépistage à d'autres groupes d'âge ne semble pas en améliorer le rapport coût-eficacité, bien au contraire. Chez les femmes plus jeunes, le risque de cancer du sein est déjà plus faible à la base ; chez les plus âgées, c'est le risque de surdiagnostic qui augmente".
Kris et Dina touchés par un même cancer: "Beaucoup, y compris dans le domaine médical, ignorent que cette maladie concerne aussi les hommes"On l'aura compris, pour toutes ces raisons, le KCE ne recommande pas l'élargissement du dépistage du cancer du sein à d'autres groupes d'âge. "Le dépistage du cancer du sein relève d'un choix personnel", pour le KCE qui plaide donc "en faveur d'une aide à la prise de décision apportant aux femmes concernées une information claire et nuancée sur les avantages et les inconvénients scientifiquement démontrés du dépistage, et sur les incertitudes de cette information".
"Pourquoi la Belgique a-t-elle le privilège d'avoir la plus haute incidence de cancers du sein ? Il pourrait y avoir plusieurs raisons"Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.