Après avoir arpenté les causses lozériens pendant près de quarante ans, Raymond Depardon dévoile le fruit de son long voyage. Sa série Rural, exposée au musée du Gévaudan jusqu’au 31 octobre 2026 à Mende, capture en...
Après avoir arpenté les causses lozériens pendant près de quarante ans, Raymond Depardon dévoile le fruit de son long voyage. Sa série Rural, exposée au musée du Gévaudan jusqu’au 31 octobre 2026 à Mende, capture en noir et blanc l’âme d’une campagne discrète et la confiance patiemment gagnée de ses habitants.
"Il faut toujours avoir de la modestie quand on photographie des paysages". Raymond Depardon, 84 ans, photographe à la renommée internationale, expose sa série Rural au musée du Gévaudan à Mende, en Lozère, jusqu’au 31 octobre 2026. Plus de la moitié des 86 clichés ont été pris dans le département.
Entre 1980 et 2018, il a arpenté les causses sans relâche, cherchant à immortaliser l’atmosphère de la campagne et ses paysans. Lui-même enfant du monde agricole, Raymond Depardon a grandi à la ferme aux côtés de son père. Si, plus jeune, son milieu social lui inspirait de la honte, cette série semble résonner aujourd’hui comme un véritable retour aux racines.
Tout au long de sa vie, ce fils de paysan a couvert de nombreux conflits et reportages à travers le monde avant de se consacrer, ces dernières décennies, à des sujets plus intimes comme la ruralité française, notamment à travers sa trilogie documentaire Profils paysans.
Je voulais montrer l’isolement
On pourrait s’attendre à trouver de magnifiques couleurs, propres aux paysages, mais Raymond Depardon a choisi de constituer sa série uniquement en noir et blanc. "Le vert est une couleur difficile et j’avais peur que ça fausse un certain aspect de la ruralité. Je voulais montrer l’isolement", raconte-t-il.
Photo prise dans les Cévennes.
Midi Libre - Luna GUTTIEREZ
Sur ces photographies, plusieurs prises de vue en hauteur montrent l’étendue désertique des paysages. "Les Cévennes sont un environnement particulier. Elles sont peu peuplées et difficiles à photographier. Cela demande une certaine technique et une idée fixe".
Tout comme les endroits et les paysans qu’il a capturés, Raymond Depardon explore la solitude dans son voyage. "On pourrait croire que c’est triste, mais j’y ai pris beaucoup de plaisir." Ses nombreuses haltes dans les fermes lozériennes lui apportent un peu de compagnie dans son errance. "Il faut du temps avant que les paysans se laissent prendre en photo. Face à un paysan cévenol, faire des photos de guerre, c’était de la rigolade", se souvient-il.
Des paysans assis autour d’une table se laissent prendre en photo.
Midi Libre - Luna GUTTIEREZ
Peu à peu, Raymond Depardon est invité à l’intérieur des maisons. Avec patience, les liens se tissent et la confiance se noue. "C’était complètement nouveau. Tout ce que j’avais fait jusqu’à maintenant, c’était pour apprendre à faire ces photos". Une famille, un éleveur qui guide ses bêtes, un paysan assis, l’échine courbée devant une table pas encore débarrassée. "Sortir l’appareil comme ça, ça n’a l’air de rien, mais il fallait leur confiance. À un moment, quand il vous dit « je suis content de vous voir », c’est génial", sourit-il.
Sur ces tirages, les paysans qui apparaissent de temps à autre ne sont jamais pris en portrait. "Je ne souhaitais pas faire de gros plans, je ne voulais pas qu’ils posent, je voulais les capturer", explique Raymond Depardon. Les personnages se dévoilent au fil de leur environnement, entre les murs de vieilles bâtisses où subsistent encore postes radio et fours à pain d’un autre temps. Ces fermes anciennes, semblables à des gardiennes du passé, semblent avoir figé le temps en leur sein.
La poule aux œufs d’or.
Midi Libre - Luna GUTTIEREZ
Raymond Depardon se souvient de chaque anecdote derrière ses photographies. "Le tirage avec la poule blanche est remarquable, elle illumine toute la photo, à l’arrière-plan la ferme grise pose un contraste. J’ai dit au paysan que j’avais vendu cette photo à New York, il fallait voir comme il était fier de sa poule", se remémore-t-il. Ces souvenirs, Raymond Depardon les raconte avec une évidente tendresse. Une tendresse qui infuse toute la série, loin des clichés folkloriques, et qui donne à voir la dignité tranquille d’une ruralité qui se raconte peu.
Le musée du Gévaudan à Mende est ouvert du mardi au dimanche, de 10 h 00 à 18 h 00. Si l’entrée est gratuite, la visite de l’exposition temporaire Rural de Raymond Depardon est à 8 euros en tarif plein, 4 euros en tarif réduit et gratuit pour les enfants de moins de 6 ans et les bénéficiaires de minima sociaux. Toutes les informations sont à retrouver sur le site du musée : www.musee-du-gevaudan.fr/