Le soutien d’Elon Musk à Marine Le Pen est venu illustrer la difficulté du RN à se trouver des alliés alignés avec son idéologie sans nuire à dix ans de normalisation de l’extrême droite française.
Le soutien d’Elon Musk à Marine Le Pen est venu illustrer la difficulté du RN à se trouver des alliés alignés avec son idéologie sans nuire à dix ans de normalisation de l’extrême droite française.

WOJTEK RADWANSKI / AFP
Marine Le Pen et Viktor Orban, alors Premier ministre de hongrie, en Pologne le 4 décembre 2021.
Chassez le naturel, il revient par-delà les frontières. À l’échelle nationale, le Rassemblement national a tout fait pour réhabiliter son image, de la décapitation politique du père Le Pen au renoncement à des marqueurs idéologiques comme la sortie de l’UE. Mais voilà, alors qu’en France, le parti d’extrême droite est de moins en moins vu comme un danger, ses fréquentations à l’international abîment cette normalisation de façade.
Une semaine après sa déclaration officielle de candidature pour 2027, Marine Le Pen a reçu le soutien du milliardaire américain Elon Musk, qui l’a présenté comme « le dernier espoir de la France ». Mais ces mots doux n’ont pas franchement plu aux cadres du parti, qui se sont empressés de prendre leurs distances.
La raison ? Elon Musk ne correspond pas du tout à l’image de respectabilité voulue par le parti d’extrême droite. Exemple en 2024, où il ne s’émeut pas outre mesure d’être accusé d’avoir fait un salut nazi à l’investiture de Donald Trump. Surtout, Elon Musk est devenu, via sa plateforme X, l’image de l’ingérence étrangère. Or le parti de Jordan Bardella prétend être en pointe de la lutte contre ces ingérences. Il est allé jusqu’à user de son droit de tirage parlementaire pour créer une commission d’enquête dédiée, en partie pour « laver (leur) honneur » face aux accusations d’accointance avec la Russie de Vladimir Poutine. Ironie de l’histoire, la commission en question n’a fait que confirmer la proximité entre Moscou et le parti d’extrême droite, qualifiée dans le rapport de « courroie de transmission » du pouvoir russe en France.
Tisser des liens et les rompre quand l’allié devient embarrassant, la stratégie devient fréquente à l’extrême droite. En témoigne la relation du parti avec l’américain Donald Trump, ancien proche d’Elon Musk. En 2016, après son élection à la Maison Blanche, Marine Le Pen allait jusqu’à faire le pied de grue devant la Trump Tower dans l’espoir d’être reçue. « L’élection de Donald Trump est une bonne nouvelle pour la France », déclarait-elle. Au fil du mandat de l’Américain, l’admiration s’est faite plus discrète, avant que Marine Le Pen ne s’en désolidarise officiellement après l’assaut du Capitole et sous la pression de ses opposants français. Le divorce semble avoir été plus compliqué pour Jordan Bardella qui, en décembre 2025, ne cachait pas une forme d’admiration pour « l’énergie » de Donald Trump. Mais l’invasion du Venezuela et la guerre contre l’Iran, contraire en principe au logiciel du RN, ont acté le divorce.
Le tableau n’est pas plus glorieux côté européen. Les relations du Rassemblement national avec l’AfD allemande se sont distendues (uniquement sur le papier) après la divulgation d’un plan de « remigration » travaillé par le parti d’extrême droite d’Outre-Rhin. Puis ce sont les propos d’un cadre du même parti qui ont poussé Jordan Bardella à rompre officiellement cette fois. Difficile en effet de siéger avec un parti qui estime que les SS « ne sont pas automatiquement un criminel » quand on essaye depuis des années de faire oublier la proximité des fondateurs du RN avec l’Allemagne nazie, et le négationnisme de Jean-Marie Le Pen.
Plus récemment, c’est le député Jean-Philippe Tanguy qui a illustré le dilemme de son camp sur le choix de ses alliés. Invité du podcast « Dans les yeux d’Agathe » l’élu, qui a déjà évoqué publiquement son homosexualité, n’a pas caché sa gêne face à la proximité de Marine Le Pen avec l’ex Premier ministre hongrois Viktor Orbán, ouvertement anti-LGBT. « Ce n’était pas les meilleurs moments de ma vie », a-t-il reconnu. Avant de tenter une pirouette : « C’est-à-dire que vous faites la politique avec les États tels qu’ils sont ».
La sortie résume toute la difficulté du Rassemblement national et ses dirigeants. D’un côté, il lui faut trouver des alliés qui partagent sa ligne idéologique afin d’entretenir une stature internationale, a fortiori s’ils arrivent à l’Élysée, tout en essayant de peser à l’échelle européenne. De l’autre, il doit conserver une indépendance suffisante pour ne pas être mis dans le même sac que ces mêmes alliés, pas forcément alignés avec la normalisation recherchée par l’extrême droite française. Car à l’approche d’une présidentielle où il part favori, ces partenaires gênants offrent un angle d’attaque facile et efficace aux autres candidats : dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es.
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