L’article Exclusion des navires industriels de la bande côtière : pêcheurs et associations exigent des mesures est apparu en premier sur BLOOM Association.
Chaque hiver, les pêcheurs artisans des Hauts-de-France et de Normandie subissent la forte pression de pêche exercée par les navires-usines dans les eaux côtières de la Manche et de la mer du Nord. Capables de capturer des volumes considérables atteignant 400 tonnes par jour, ces navires-usines interviennent dans des espaces déjà saturés, au détriment de la pêche artisanale, pourtant essentielle à l’économie locale, à l’emploi maritime, et à la souveraineté alimentaire de la France. Ces véritables prédateurs des mers, à l’image du navire-usine néerlandais l’Annie Hillina, baptisé aux Pays-Bas le 8 mai dernier, suscitent une profonde inquiétude et un sentiment d’abandon des pêcheurs par la puissance publique.
Une tribune publiée dans L’Humanité ce mercredi 17 juin, cosignée par BLOOM, Greenpeace et 28 pêcheurs, appelle à « cesser de soutenir la pêche industrielle au détriment du reste de la profession ».
Attendue jeudi 18 juin aux Assises de la pêche à Cherbourg, la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, intervient dans un contexte critique pour la pêche artisanale, tout particulièrement en Normandie, alors que la décision des pêcheurs normands d’exclure les navires industriels de la bande côtière des douze milles nautiques a été abrogée par les services de l’État le 7 mai 2026, bien qu’elle eût été entérinée en décembre dernier par le préfet de Normandie. Cette mesure fait pourtant l’unanimité chez les professionnels : sondés en 2022 par leur comité régional, 98% des pêcheurs normands plébiscitaient cette mesure.
Dès l’annonce de cette décision, le comité régional des pêches et des élevages marins (CRPMEM) de Normandie a fait l’objet d’une attaque en justice coordonnée par le lobby industriel l’Union des Armateurs à la Pêche de France (UAPF) et l’armement France Pélagique, propriétaire des navires-usines Scombrus et Prins Bernhard. Face à l’absence totale de soutien politique, et aux pressions exercées par ces industriels liés au Comité national des pêches, le préfet de Normandie est donc revenu sur sa décision en abrogeant son propre arrêté avant même la tenue de l’audience, abandonnant les pêcheurs à leur sort.
Depuis, une note des scientifiques de l’Institut Agro est venue objectiver le débat : les flottes industrielles réalisent moins de 1% de leurs captures dans la bande côtière mais cela représente dans les Hauts-de-France près de la moitié (45%) des captures totales réalisées, et 13% pour la Normandie. Interdire à ces entreprises industrielles de mener des activités de pêche dans les douze milles nautiques serait totalement indolore pour elles alors que cela serait de nature à transformer durablement l’équilibre économique des communautés de pêcheurs côtiers. Les petits pêcheurs côtiers sont dépendants d’écosystèmes et de populations de poissons en bonne santé dans la bande des 12 milles : ils y réalisent en moyenne 95% de leurs captures et leurs navires ne sont pas conçus pour pêcher au large.
En amont des Assises de la pêche, les représentants des comités des pêches de Normandie et des Hauts-de-France ont interpellé publiquement la ministre, pour lui demander de s’engager à exclure les navires industriels de la bande côtière. Cette mesure de bon sens ne demande le vote d’aucun texte supplémentaire : le recours à l’article 20 de la Politique Commune de la Pêche (PCP) permet d’exclure les navires industriels, français et étrangers, de la bande côtière. La France dispose donc de tous les outils juridiques nécessaires, ne manque que le courage politique de s’en saisir.
BLOOM se joint à cet appel des comités des pêches de Normandie et des Hauts de France pour enjoindre la ministre à mettre en place une véritable protection de la bande côtière et de la pêche artisanale. Cette concurrence déloyale entre navires industriels et pêcheurs artisans n’a que trop duré.