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La gueule de bois, la leçon espagnole et la dernière danse de Deschamps : le bulletin de la Coupe du Monde de Trump

Дата публикации: 15-07-2026 09:08:07

De la déception, de la frustration, un sentiment de vide, des Français dépités, des Espagnols survoltés, et une autre demi-finale entre deux ennemis jurés. Quel beau mercredi 15 juillet. Chaque jour jusqu’à la finale, le 19 juillet, « le Nouvel Obs » vous raconte le meilleur (et en l’occurrence le pire) de cet événement planétaire.

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Le capitaine des Bleus Kylian Mbappé est passé à côté de son match, comme l’ensemble de l’équipe de France et son sélectionneur Didier Deschamps. FRANCK FIFE / AFP

Vous aussi, vous avez la gueule de bois ce mercredi matin ? C’est normal. Pendant un mois, on s’était habitués à voir les Bleus gagner, à voir Kylian Mbappé courir après les records de Pelé et Messi, à imaginer Didier Deschamps terminer son règne par une troisième finale mondiale consécutive. Puis l’Espagne est arrivée. Et tout s’est arrêté. On a connu meilleure fête nationale, on ne va pas se mentir.

Les 20 millions de téléspectateurs devant M6 (mieux que les demi-finales françaises de 2018 et 2022) pensaient assister à une demi-finale, ils ont surtout eu droit à une démonstration ibérique. Mardi 14 juillet à Dallas, l’Espagne a éliminé la France (2-0) et rappelé une vérité parfois oubliée dans l’euphorie des tournois : il existe toujours plus fort que soi. Les Bleus voient s’envoler le rêve d’une troisième étoile avec un sentiment inhabituel dans cette compétition : celui d’avoir été battus sans véritablement avoir eu leur mot à dire.

Didier Deschamps aura encore un match à diriger, samedi 18 juillet, lors de la petite finale, face au perdant de l’autre demi-finale entre l’Argentine et l’Angleterre qui se joue ce mercredi 15 juillet à 21 heures. En l’état, l’heure est davantage à l’autopsie qu’aux projections.

• La leçon

L’Espagne a joué une demi-finale. La France l’a regardée. Le constat est brutal. Et presque unanimement partagé. « On a eu l’impression qu’il n’y avait jamais presque eu de match », résume « L’Equipe ». Les Bleus ont été « asphyxiés dans tous les secteurs du jeu », « sans aucune personnalité », au point de subir « presque une leçon de football des Espagnols ».

Le plus inquiétant n’est même pas le score. C’est l’impression laissée pendant 90 minutes. Les Français ont perdu la bataille du milieu, ils ont perdu la bataille technique, et ils ont perdu la bataille tactique. Kylian Mbappé l’a reconnu sans détour : « On n’a pas fait le match qu’on voulait faire, que ce soit tactiquement, que ce soit techniquement, que ce soit dans le niveau global qu’on a fourni. »

Le capitaine est même allé plus loin : « Les premières touches [de balle, ndlr] n’étaient pas dignes d’une demi-finale de Coupe du Monde. » Face à une Espagne qui contrôlait le ballon, le tempo et les espaces, les individualités françaises ont disparu les une après les autres. Michael Olise, Ousmane Dembélé, Bradley Barcola : les hommes qui avaient illuminé le tournoi étaient tout simplement méconnaissables. Quant à Lucas Digne, son penalty concédé sur Lamine Yamal est devenu le symbole d’une soirée à oublier.

• La revue de presse

« Naufrage », « leçon de football », « équipe insignifiante » : le monde entier s’est servi. Les lendemains de déroute sont cruels. En France, en plus de « L’Equipe », « franceinfo » estime que « les Bleus n’ont jamais existé contre la Roja ». « Libération » juge que les Français ont fait « le coup de la panne ».

En Espagne, c’est évidemment l’euphorie. « AS » évoque « une véritable leçon donnée au monde entier ». « Marca » parle d’un « spectacle inoubliable » et conclut que la fête nationale française s’est transformée en fête espagnole. « Mundo Deportivo » célèbre une « exhibition ». « Sport » voit une Espagne qui « danse avec la France » en regardant déjà vers sa deuxième étoile mondiale.

Ailleurs, les coups pleuvent. Fabio Licari, dans la « Gazzetta dello Sport », décrit les Bleus comme « l’équipe la plus laide et la plus insignifiante de mémoire récente en Coupe du Monde ». Le journaliste italien poursuit : « La Coupe du Monde a déjà son premier finaliste, et les Espagnols méritent des applaudissements car ils ont ridiculisé les favoris. » Etre critiqués par des Italiens absents des trois dernières éditions de la Coupe du Monde, le calice jusqu’à la lie.

Du côté de « Kicker » en Allemagne, l’Espagne est décrite comme « implacable en attaque » et « grandiose en défense », quand « The Athletic » voit dans cette demi-finale « l’une des plus grandes prestations collectives de l’histoire de la Coupe du Monde ». Ça pique.

• Le seum

Deschamps rumine, Mbappé accuse le coup, les Espagnols savourent. A l’issue de la rencontre, le sélectionneur français a commencé par reconnaître la supériorité adverse : « Aujourd’hui on a été un ton en dessous sur le plan technique face à une équipe qui a bien maîtrisé son sujet. » Puis, comme souvent dans ces moments-là, il a laissé échapper une petite phrase : « Est-ce que l’arbitre a le niveau pour arbitrer une demi-finale de Coupe du Monde ? » Le sélectionneur s’est immédiatement repris, rappelant que « la première raison » de la défaite restait la médiocre performance française. Mais la question était posée.

Le capitaine Kylian Mbappé lui, avait surtout l’air vidé : « Si on est objectif, on n’a pas mis tous les ingrédients pour aller en finale. » Et pendant ce temps-là, en Espagne, on ressort déjà les vieilles déclarations. Avant la rencontre, Lamine Yamal assurait que les Bleus « ne pouvaient pas être meilleurs » que la Roja. A ce moment-là, on s’était permis de sourire. Au lendemain de cette demi-finale, difficile de lui donner tort.

• La petite finale

L’Argentine plutôt que l’Angleterre (gloups), s’il vous plaît. On en est là. Après avoir rêvé de New York et d’une troisième étoile, les Bleus doivent se contenter d’une triste petite finale samedi 18 juillet à 23 heures, à Miami. Contre qui ? L’Argentine ou l’Angleterre. Et quitte à choisir, avouons-le franchement : l’Argentine paraît plus adaptée à l’humeur du moment. Au moins, il y aurait Messi. Au moins, il y aurait un parfum de revanche électrique. Au moins, il y aurait un peu de sel (les deux derniers vainqueurs, finalistes en 2022, réunis en petite finale) pour nous permettre de passer nos nerfs et de gratter un peu de réconfort.

Parce que soutenir l’Angleterre ? Après des siècles de rivalité, des guerres, Trafalgar, Azincourt et des décennies de football et de rugby, nous voilà réduits à espérer une victoire anglaise pour adoucir notre sort, éviter les moqueries de l’Albiceleste et ne pas voir les Argentins rêver d’un quatrième titre mondial. La Coupe du monde fait parfois faire de bien drôles de choses aux gens.

• La dernière danse

Didier Deschamps, une petite finale en guise d’adieu. Samedi 18 juillet, Didier Deschamps dirigera son dernier match à la tête des Bleus. Quatorze années. Une Coupe du monde remportée (2018), une finale (2022), une demi-finale (et peut-être une médaille de bronze, en 2026), en plus des parcours en Euro (finale en 2016 et demi-finale en 2024). Et un ultime rendez-vous qui ressemblera malheureusement davantage à un épilogue discret qu’à une apothéose.

Comme l’écrit Vincent Duluc dans « L’Équipe », « le dernier bal de Didier Deschamps » sera donné à Miami. Et même si le monde entier regardera ailleurs, vers New York et la grande finale du lendemain, il restera cette unique occasion de refermer proprement l’une des plus grandes pages de l’histoire de l’équipe de France. DD n’a pas tout perdu mardi soir, avec 26 matchs, il est devenu le sélectionneur le plus capé de l’histoire de la Coupe du monde.

Par  Karl Pasquet

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