Un feu d’une ampleur exceptionnelle continue de ravager ce lundi une partie de la forêt de Fontainebleau, au sud-est de Paris. Le Vaudoué, un village de 750 habitants attenant au massif forestier, a dû être évacué de moitié. Son maire, Michel Calmy, revient sur les conséquences de cet incendie pour sa commune.
Un Canadair intervient au dessus de la forêt de Fontainebleau, lundi 13 juillet. EMMA DA SILVA/AP/SIPA
Dans la forêt de Fontainebleau (Seine-et-Marne), près de 1 000 hectares sont déjà partis en fumée, d’après le directeur général de la Sécurité civile, Julien Marion. Depuis dimanche, le massif situé au sud-est de Paris, est la proie d’un incendie d’une ampleur exceptionnelle. Aux alentours, plusieurs villages ont été contraints d’évacuer une partie des maisons. C’est le cas du Vaudoué, petite commune de 750 âmes administrée par Michel Calmy (sans étiquette), où la nuit a été très courte et la journée rythmée par le bruit des hélicoptères et des Canadair. L’édile confie au « Nouvel Obs » la tristesse pour un maire de demander à ses habitants de quitter leur logement, et de voir cette emblématique forêt dévorée par les flammes.
Michel Calmy Le feu a démarré dimanche au niveau de l’autoroute A6, à dix kilomètres à vol d’oiseau du Vaudoué, avec sans doute deux ou trois départs de feu qui ont convergé, ont traversé l’autoroute et sont rentrés dans le massif des Trois Pignons. C’est la partie la plus à l’ouest de la forêt de Fontainebleau. Ensuite, le vent a rabattu le feu sur les villages de Noisy-sur-Ecole, le Vaudoué et Achères-la-Forêt, et s’est plutôt concentré sur le nord de notre commune. On a vu les premières flammes dimanche à 16 heures. A 18 heures, le front faisait deux kilomètres et se rapprochait du village. Hier soir, les pompiers ont arrêté de lutter contre la progression de l’incendie pour pouvoir aller à la défense et à la protection des maisons qui se trouvaient le plus proche du feu, à l’orée du bois. Celles-ci ont été évacuées dans la foulée. Et puis, les risques avançant, on a aussi évacué dans la nuit certaines rues et quartiers qui risquaient d’être rapidement exposés.
Le Vaudoué compte environ 750 habitants permanents. Mais le village est devenu très touristique, donc on a 30 % de résidences secondaires et beaucoup de gîtes et maisons d’hôtes. Lors d’un week-end de pré-14 juillet, comme ce week-end, on monte facilement à 2 000 voire 3 000 personnes. Aujourd’hui, on suppose que près de la moitié du village a été évacuée, soit un millier environ.
Dans la forêt de Fontainebleau, le 13 juillet. ELIAS NEIL BENLEULMI/SIPA
Dans le meilleur scénario, les personnes évacuées ont pu bénéficier d’un relogement familial ou amical, soit dans le village, soit à l’extérieur. Puis, il y a ceux qui ne veulent pas quitter le village, donc on a trouvé le moyen de les faire dormir dans une salle communale où on a installé des matelas, mais aussi chez d’autres habitants, voire chez des élus. Moi-même, j’ai hébergé trois personnes hier soir. On a vu un très bel élan de solidarité. De nombreuses personnes sont venues nous proposer une chambre disponible, des bacs d’eau, de la nourriture, du temps pour participer à la permanence… Les agriculteurs du secteur aussi sont d’une grande aide. Ils ont spontanément rempli des tonnes à eau et se sont rendus à proximité du feu, pour permettre aux pompiers de faire directement le plein, sans repasser par des bornes d’incendie.
Avec le conseil municipal, et plus particulièrement mes quatre adjoints, on ne se quitte pas depuis deux jours. Je suis également en permanence au téléphone avec le préfet, les sous-prêts et évidemment les pompiers. C’est tous ensemble qu’on prend des décisions - et on est obligé d’en prendre, y compris celles qui ne font pas plaisir. A minuit, aller voir des habitants déjà inquiets et leur dire : « Vous avez un quart d’heure pour monter dans votre voiture, partir avec votre chat sur les genoux et vous trouver une place ailleurs », ce n’est pas ce que préfère faire un maire. D’autant plus quand on leur dit que le feu ne sera pas fixé avant quelques jours, et que, tant que ça ne sera pas le cas, ils ne pourront pas rentrer chez eux.
Plus globalement, on est tous attristé par cette catastrophe. Que l’on soit citoyen ou maire, on est tous très malheureux, parce qu’on ne vit pas aux bords d’une forêt comme la nôtre sans en être amoureux. On peut s’engueuler pour tout dans notre village, mais s’il y a bien quelque chose pour laquelle on ne s’engueule pas, c’est notre amour de la forêt. En deux jours, elle est partie en fumée. Et je sais qu’on va tous aller s’y promener en pleurant. Et qu’on va attendre qu’elle repousse avec impatience. Je pense qu’après cet événement, notre village va s’affirmer encore davantage comme une commune forestière. On est là pour aimer notre forêt, et transmettre l’amour de la forêt.
Propos recueillis par Aglaée Marchand