Le peloton souffre sur ce Tour de France, marqué par des chaleurs extrêmes. La course en a déjà été modifiée, avec une étape adaptée en raison des incendies et une autre tronquée en raison de la canicule. Une mesure inédite.
Le coureur belge Tim Merlier à l’arrivée de la 8e étape du Tour de France, ce samedi 11 juillet. TOMAS SISK POOL / BELGA VIA AFP
Ce sont des images peu banales. « Pertubantes » même, selon « L’Equipe ». Celles du vainqueur de l’étape du Tour de France de ce samedi 11 juillet, Tim Merlier, affalé dans un escalier, peinant à récupérer après son effort, et celles du second du jour, Biniam Girmay, se ruant à sa suite avec son vélo dans le centre de presse, a priori climatisé. « Ça fait une semaine qu’on court tous les jours avec des températures dépassant les 35 degrés, c’est un combat quotidien pour se refroidir avec de la glace et de l’eau. Je n’avais encore jamais connu ça », a réagi Tim Merlier.
Même le maillot jaune Tadej Pogacar l’a admis ce samedi : « La chaleur a un impact, le corps fatigue plus. Même sur des journées plus faciles, il est important de faire attention, de se rafraîchir et de penser à l’hydratation. »
Le peloton souffre sur ce Tour de France, marqué par des chaleurs extrêmes. La course en a déjà été modifiée : la première étape française a été « adaptée », « sans public » pour tenir compte d’un l’incendie de grande ampleur qui avait ravagé plusieurs milliers d’hectares dans les Pyrénées-Orientales, et l’étape de ce dimanche a, elle, été tronquée de 30 km (de 185,5 à 155,5 km).
Un rabotage qui constitue un nouveau pas, inédit pour ce motif : jamais la chaleur n’avait pour l’instant conduit l’organisation du Tour à prendre cette décision qui avait pourtant été appliquée sur une autre course cycliste, une étape de la Route d’Occitanie réduite en 2022 à 36 km parce que le thermomètre affichait plus de 41 degrés.
Décision applaudie par le vainqueur de samedi : « Je pense que c’est une bonne idée même si d’autres coureurs qui veulent aller dans l’échappée demain diront peut-être le contraire », a-t-il souligné, résumant le double sentiment qui anime le peloton, rompu aux fortes chaleurs mais au sein duquel certains souffrent plus que d’autres.
« Cette décision est rendue nécessaire par les conditions météorologiques exceptionnelles », ont indiqué les organisateurs d’ASO, alors que Météo-France a placé 37 départements français, dont la Corrèze, en vigilance rouge canicule dimanche.
« Ça fait dix jours que les champions sont sur la route par des températures très chaudes et le département passe en vigilance rouge », a souligné le directeur de la Grande Boucle, Christian Prudhomme.
« On est des organisateurs responsables, on fait ça avec les autorités qui sont très sollicitées par ailleurs et on regarde ça naturellement aussi. »
Cette décision vient surtout alimenter un débat qui anime le peloton (et la caravane du Tour) depuis plusieurs jours déjà : le Tour de France doit-il changer pour s’adapter au réchauffement climatique ?
Face à la canicule, le syndicat des coureurs a demandé ce dimanche une évolution à l’avenir des « heures de départ des courses estivales » afin de « protéger la santé des athlètes ».
« Face à la fréquence croissante des vagues de chaleur extrême, le CPA réaffirme que les heures de départ des courses estivales doivent évoluer afin de protéger la santé des athlètes », a indiqué le CPA (Cyclistes Professionnels Associés) dans un communiqué, appelant à la tenue « des discussions avec toutes les parties prenantes cet hiver pour trouver une solution avant la saison 2027 ».
« Les coureurs restent pleinement déterminés à offrir le meilleur spectacle possible, mais cela doit aller de pair avec une adaptation aux réalités climatiques auxquelles le cyclisme est désormais confronté. »
Le CPA a jugé « compréhensible » et « responsable » la décision de raccourcir l’étape, tout en déclarant vouloir être davantage associé « aux discussions qui affectent directement la santé et la sécurité du peloton ».
Lancer les étapes du Tour de France plus tôt en matinée, « ça ne sert à rien », a au contraire estimé le maillot jaune Tadej Pogacar, qui changerait plutôt « tous les calendriers », comme il l’a expliqué ce dimanche à l’issue de la neuvième étape.
« Hier, j’ai entendu une proposition pour que l’on commence à 10 heures du matin. Pour moi, ça ne sert à rien, parce que tu termines en plein pic de chaleur. Aujourd’hui, par exemple, il faisait bien plus frais à l’arrivée (vers 17h30, NDLR) qu’au départ », à 13h45, a déclaré le Slovène en conférence de presse.
« Donc il faudrait commencer à 8 ou 9 heures, voire même avant et ça c’est un peu nul aussi, a-t-il poursuivi. Le corps peut s’adapter pour se lever à 5 heures du matin. Mais en vrai, on s’en est plutôt bien sortis avec cette chaleur, nous avons fait un super boulot pour refroidir nos organismes. »
Et le maillot jaune de proposer une autre solution : « C’est un vaste sujet, mais si j’en avais le pouvoir, je changerais tous les calendriers. Je n’organiserais pas de course en juillet et en août dans les endroits chauds. Je ferais un calendrier complètement différent, mais c’est quelque chose auquel il faut vraiment bien réfléchir et ça ne m’appartient pas. »
Et, de fait, l’idée ne plaît pas spécialement à Christian Prudhomme. Le Tour de France, c’est juillet », a-t-il martelé sur France info. « Il y a une réflexion qui s’engagera » sur l’avenir du Tour de France face au réchauffement climatique, a-t-il toutefois assuré, avec notamment des étapes plus courtes. Il a toutefois exclu toute transformation radicale dans l’immédiat.
« Je ne vous dis surtout pas qu’on va supprimer le Ventoux, le Galibier ou le Tourmalet. Mais cette réflexion existe. Simplement, ce n’est pas un changement qui peut se faire dans la minute. »
En attendant la révolution, les coureurs « s’adaptent », face à la chaleur. Armés, évidemment, de leurs bons vieux bidons, parfois glacés, distribués tout au long de la course, ou en se ruant parfois directement sur de la glace : « Il faut bien voir que tous les jours, on donne quand même 450 kg de glace aux équipes », explique Christian Prudhomme. « C’était 350 avant. Nous avons trois motos fraîcheur là où il n’y en avait qu’une seule avant. »
A l’arrivée, les coureurs enfilent des gilets réfrigérants, passent du temps dans des bacs remplis de glace (encore) et boivent. Beaucoup.
« En soi, la chaleur n’est pas quelque chose de nouveau sur le Tour, nous travaillons dessus depuis plusieurs saisons pour améliorer » la gestion, indique Charles Wegelius, le directeur sportif de l’équipe EF, en référence au « heat training » désormais généralisé.
Le directeur sportif britannique évoque également un matériel de pointe au service de la performance et du refroidissement permanent de ses hommes : « Ils ont des matelas refroidissants qui suivent la température corporelle du coureur, cherchent à l’optimiser et le réchauffent au moment du réveil le matin. »
L’équipe de Paul Seixas, Decathlon CMA CGM, s’est même dotée d’un camion dans lequel a été installée une cabine de cryothérapie. Objectif, explique RMC Sport qui a pu visiter le fameux camion : « Imposer au corps des températures très basses pendant un temps limité afin de favoriser la récupération. »
« Ça dure trois minutes, on est le plus souvent à moins 110 degrés mais on peut descendre jusqu’à moins 140 degrés. Ce n’est pas vraiment une partie de plaisir, mais c’est super efficace pour refroidir le corps et faciliter l’endormissement », précise-t-on au sein de l’équipe.
Efficace, pour combien d’années encore ?
Par Le Nouvel Obs