Le phénomène est qualifié "de préoccupant", malgré l'absence de données. Ce vendredi 17 juillet, à La Roche-sur-Yon, un nouveau protocole pour venir en aide aux mineurs victimes de prostitution a été ratifié.
Publié le lundi 20 juillet 2026 à 3h43 Mis à jour le lundi 20 juillet 2026 à 9h15
Le phénomène est qualifié "de préoccupant", malgré l'absence de données. Ce vendredi 17 juillet, à La Roche-sur-Yon, un nouveau protocole pour venir en aide aux mineurs victimes de prostitution a été ratifié.
"Ne communiquez l'adresse à personne", met en garde, d'emblée, Peguy Guilmineau, directrice de la Maison départementale des adolescents, également à la tête de la cellule de lutte contre l'exploitation sexuelle des mineurs. Le bâtiment vitré ne paye pas de mine, semblable à des dizaines d'autres, à La Roche-sur-Yon. "Le mieux, c'est de nous contacter par mail ou téléphone", confie la coordinatrice des lieux. Si toutes les précautions sont prises, "c'est que le sujet est très sensible".
À l'intérieur des locaux, où se côtoient un salon avec des canapés colorés, une salle d'écoute et des bureaux, défilent – depuis un mois et l'ouverture des lieux – des mineurs victimes de prostitution. "C'est un dossier prioritaire", martèle Sarah Huet, la procureure de la République de La Roche-sur-Yon, qui a réuni gendarmerie, police, pompiers, enseignement catholique, Éducation nationale, préfecture et politiques pour signer, ce vendredi, un nouveau protocole afin d'améliorer la prise en charge de ces mineurs.
Tous parlent de "sujet préoccupant" "qui passe trop souvent sous les seuils de vigilance". Mais les données manquent. La seule étude, pilotée par l'État, date de 2023. Elle avait recensé 153 victimes de prostitution en Vendée, dont 28 mineurs. "Mais les chiffres sont largement dépassés depuis", note Sarah Huet. À peine un mois après l'ouverture de la Clesmi, "56 dossiers ont été ouverts", liste Rémi Pascreau, président de la commission Enfance et famille, dont deux seulement concernent des hommes.
Les signalements émanent de professionnels et sont ensuite directement transmis à cette cellule où travaillent une médecin, une psychologue, une infirmière et une assistante sociale. "Charge à nous ensuite d'essayer de les accompagner dans ce qu'elles vivent, mais aussi d'accompagner des parents qui se retrouvent dans ces situations et qui sont très surpris, pour ne pas dire abasourdis", détaille Anne, la coordinatrice des lieux.
L'État et le Département ont débloqué quelque 900.000 euros en trois ans pour accompagner la création de cet espace. "Il s'intègre pleinement au protocole que nous avons signé", se félicite Sarah Huet et qui se décline en quatre points : sensibiliser les acteurs au phénomène de prostitution, améliorer le repérage et les signalements d'enfants victimes, développer la prise en charge et réprimer plus efficacement les clients autant que les proxénètes. "Ces gens sont des monstres, on ne peut pas les appeler autrement", s'emporte Alain Leboeuf, président du conseil départemental.
Une photo sur les réseaux sociaux, une autre plus dénudée, des "nudes", des "sex cam" depuis son téléphone ou son ordinateur. "Quarante huit pour cent de ces situations de prostitution ont commencé au domicile familial", note un intervenant. Mais il y a aussi les "love boy", ajoute Anne. "Ce sont des jeunes qui rencontrent physiquement leurs victimes, ils deviennent ensuite leur petit copain mais avec l'ambition d'embarquer la jeune en situation d'exploitation", décrypte-t-elle. Reste ensuite à faire entendre à ces jeunes qu'elles sont victimes. "Ce n'est pas facile parce qu'on fait face à un public qui n'a pas conscience de ça, qui se retrouve également sous l'emprise de certains réseaux", complète Peguy Guilmineau.
Mais l'enjeu reste primordial pour inciter les victimes à ensuite témoigner et retrouver clients et proxénètes. "Ça nous permet d'ouvrir des enquêtes, plusieurs sont d'ailleurs en cours, indique la procureure de la République de La Roche-sur-Yon. Je me souviens d'un dossier récent qui a abouti à une condamnation. Les services d'enquête avaient reçu un signalement, on va dire classique, d'une femme en situation de prostitution. Les constatations nous ont ensuite permis d'identifier et de condamner des clients et la personne qui accompagnait cette femme et qui récupérait l'argent." Une manière d'assurer aux victimes qu'il est possible de s'en sortir et de faire passer un message de fermeté aux clients. "Le mot n'est pas joli, mais c'est une pratique qu'il faut exterminer", conclut Rémi Pascreau, déterminé sur ce sujet.
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