Malgré la découverte et l'identification formelle d'ossements de l'épouse de Cédric Jubillar, de nombreuses questions restent, aujourd'hui sans réponse. Selon Karine Dabadie, médecin légiste, il semble que l'enquête risque d'être désormais dans une impasse.
Publié le 20/07/2026 11:41 Mis à jour le 20/07/2026 14:41
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Les ossements retrouvés jeudi 16 juillet à Mailhoc (Tarn) sur un terrain agricole sont bien ceux de Delphine Jubillar. L'identification a été confirmée ce dimanche 19 juillet. (FREDERIQUE MICHALAK / MAXPPP)
Malgré la découverte et l'identification formelle d'ossements de l'épouse de Cédric Jubillar, de nombreuses questions restent, aujourd'hui sans réponse. Selon Karine Dabadie, médecin légiste, il semble que l'enquête risque d'être désormais dans une impasse.
Il s'agit bien des ossements de Delphine Aussaguel. Les ossements retrouvés à Mailhoc, dans le Tarn, sur les indications de Cédric Jubillar, jeudi 16 juillet, sont bien ceux de son épouse, Delphine, qui avait disparu fin 2020, a indiqué dimanche le procureur général de Toulouse. Sur place, des ossements, dont deux fémurs, ont été découverts, dans "un monticule de terreau". "Le parquet général confirme que les analyses ADN réalisées par l'IRCGN [Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale] ont permis d'établir que les ossements retrouvés correspondent bien à ceux de Delphine Aussaguel", a déclaré Nicolas Jacquet.
Après cinq ans et demi de silences et de dénégations, le mari de cette infirmière disparue en pleine nuit lors du mois de décembre 2020 a suscité un coup de tonnerre judiciaire en reconnaissant, d'abord dans un courrier puis face aux enquêteurs, "être à l'origine de la mort de Delphine Aussaguel", selon ses avocats Guy et Pierre Debuisson.
Le "soulagement" du début des fouilles a finalement laissé place à "beaucoup de colère", a réagi sur franceinfo Mourad Battikh, l'avocat d'une partie de la famille de Delphine. "Nous espérions pouvoir offrir à Delphine une sépulture" mais "finalement on comprend aujourd'hui qu'on ne retrouvera jamais le corps de Delphine, que l'on devra se contenter de deux fémurs", déplore l'avocat. "On a très peu de parties du corps", regrette Mourad Battikh.
L'avocat craint que la vérité, dans cette affaire, soit "complexe", voire "inatteignable". Selon lui, "on aura très peu de réponses", puisque les ossements retrouvés correspondent "à la partie basse du corps". Il sera difficile de savoir "si elle est morte étranglée, poignardée, ou si elle a été découpée avant d'être enterrée", explique l'avocat. "Ces réponses, nous ne les aurons probablement jamais", déplore Mourad Battikh.
Les experts de la gendarmerie vont désormais s'employer à déterminer comment Delphine Aussaguel est morte cette nuit de décembre 2020, même si les résultats s'annoncent bien complexes et sans garantie : les deux fémurs ont sûrement été très endommagés par le temps et par les éléments naturels. Ces ossements ont possiblement passé cinq ans et demi dans ce terrain agricole en jachère. "On savait que les ossements avaient été très abîmés par le milieu extérieur. Ils présentent, a priori, une certaine porosité, ce qui peut gêner les analyses ADN", explique sur franceinfo Karine Dabadie, médecin légiste.
"Il y a eu de multiples prélèvements, dont le but était d'abord d'extraire de la matière suffisamment saine pour pouvoir faire un séquençage de l'ADN et le comparer avec celui de Delphine Jubillar. Les fémurs sont des os longs et épais. Sauf que là, les os ont été abîmés par le milieu extérieur : c'est un milieu très acide, qui attaque aussi la substance osseuse et peut aussi abîmer la moelle et donc l'ADN, puisque les bactéries peuvent s'introduire à l'intérieur de l'os. C'est aussi ce qui explique pourquoi il a fallu faire de multiples prélèvements pour arriver à avoir de la matière exploitable dans cet os", détaille la spécialiste.
Par ailleurs, il s'agit uniquement d'ossements de membres inférieurs : "Si on n'a que ça comme ossement, pouvoir déterminer les causes de la mort, c'est impossible", assure Karine Dabadie. "Quand bien même, on aurait des traces d'impact, de fracture sur les ossements retrouvés, s'il ne s'agit que de membre inférieur..., on ne sait pas ce qui s'est passé au niveau du tronc, au niveau du membre supérieur. Déterminer les causes de la mort à ce stade sur ces seuls prélèvements, ce ne sera pas possible", estime-t-elle.
"On peut éventuellement retrouver des traces de violences, des fractures ante mortem, des traces d'impact balistique, des traces d'impact d'objets contondants. Mais quand bien même, on trouverait ce type de lésion sur ces ossements qui concernent les membres inférieurs, ça ne pourrait pas nous permettre de déterminer la cause de la mort."
Karine Dababie
à franceinfo
Avant de préciser : "Normalement, pour déterminer la cause de la mort, il faut avoir un corps en entier. Il faut avoir l'ensemble du corps, savoir ce qui se passe partout. Il faut avoir aussi le tissu mou, les organes. Ici, nous n'avons pas tout cela. Je crois qu'il a ainsi évoqué qu'il l'aurait éventuellement étranglée. Si on n'a pas ce qu'on appelle l'os hyoïde ou le larynx, on ne peut pas répondre à cette question", conclut l'experte.
L'enquête pourra être complétée par de nouvelles auditions, voire des reconstitutions, mais avec le risque de retarder le procès en appel, jusqu'alors prévu en septembre. Cédric Jubillar, qui a clamé sans relâche son innocence pendant l'enquête, a été condamné à 30 ans de réclusion en octobre dernier.
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