Ulrich Köhler, le réalisateur d’“In My Room”, imagine le parcours chaotique d’un long métrage et ses interprètes, du tournage à sa présentation en festival.
Ulrich Köhler, le réalisateur d’“In My Room”, imagine le parcours chaotique d’un long métrage et ses interprètes, du tournage à sa présentation en festival.
Au Sénégal, une cinéaste (Nathalie Richard) a décidé d’adapter le mythe de Médée. Sous son regard, l’autrice de l’infanticide devient une réfugiée à l’aura féministe. Mais ce remaniement d’apparence progressiste est entaché par une liberté d’écriture qui interroge : faire incarner Jason et ses Argonautes par des acteurs et actrices noires, au risque d’inverser les pôles d’oppression. Chasser un préjugé misogyne peut-il en appeler un autre ? Les histoires peuvent-elles être racontées par n’importe qui ?
Gavagai, titre inspiré d’une expérience de pensée du philosophe Willard Van Orman Quine, est pétri de ces questions et de ces contradictions. Il relate sur le mode de la comédie grinçante la vie de ce film à la gestation chaotique, de son tournage au Sénégal jusqu’à sa présentation au festival de Berlin. Dans ce laps de temps, Nourou (Jean-Christophe Folly) et Maja (Maren Eggert), les deux rôles principaux, vont commencer à s’aimer. Mais leur idylle ne connaîtra que très peu la naïveté et l’innocence des premiers émois et rencontrera une interminable suite d’obstacles liés à leur couleur de peau.
En suivant la dégringolade de Nourou, passé du Sénégal à Berlin, de ses privilèges d’acteur à une forme d’anonymat stigmatisant, Gavagai croque, avec un sens infini du détail et de la nuance, les indices disséminés d’un racisme ordinaire et décomplexé menant à diverses agressions aux formes plus ou moins évidentes à débusquer.
La part la plus intrigante et stimulante de Gavagai réside dans son propre paradoxe : en mettant en scène l’histoire de Nourou, Ulrich Köhler ne s’inscrit-il pas dans les mêmes maladresses que sa cinéaste qui se croit irréprochable ? “Beaucoup de ce que nous avons vécu sur le tournage et lors de la promotion se retrouve dans Gavagai. Après la première du film à Berlin, un agent de sécurité avait voulu contrôler Jean-Christophe ; j’avais réagi comme un ‘sauveur blanc’”, raconte Ulrich Köhler au sujet de son film La Maladie du sommeil (2011), tourné au Cameroun avec Jean-Christophe Folly. Sans prendre la forme d’un mea culpa, Gavagai assume l’impasse dans laquelle il se tient et se confond plutôt avec une confession spéculaire humble et salutaire.
Gavagai et autres malentendus d’Ulrich Köhler, avec Jean-Christophe Folly, Maren Eggert, Nathalie Richard (All., Fra., 2025, 1 h 31). En salle le 22 juillet.
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