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Sur la route du Mali, le calvaire doré des transporteurs sénégalais

Дата публикации: 20-07-2026 04:12:00

D’habitude très prisé, le corridor Dakar-Kayes-Bamako est devenu de moins en moins fréquentable à cause des djihadistes qui y dictent leur loi. Les temps sont moroses pour les transporteurs sénégalais. Par Mor Amar Les camionneurs les plus téméraires passent désormais par Kédougou et rejoignent Bamako via Kéniéba. Face aux difficultés du transport intérieur de marchandises, […]
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Déblaiement des débris de camions civils attaqués par des djihadistes au Mali, le 10 mai (image Africa Corps).

D’habitude très prisé, le corridor Dakar-Kayes-Bamako est devenu de moins en moins fréquentable à cause des djihadistes qui y dictent leur loi. Les temps sont moroses pour les transporteurs sénégalais.

Par Mor Amar

Les camionneurs les plus téméraires passent désormais par Kédougou et rejoignent Bamako via Kéniéba. Face aux difficultés du transport intérieur de marchandises, les transporteurs sénégalais s’étaient rués sur la desserte Dakar-Bamako pour y faire des affaires. Mais c’était sans compter sur la grande offensive des djihadistes qui attaquent régulièrement, depuis le début de l’année, Bamako et les régions environnantes.

Momar Sourang, le responsable de la Coordination des professionnels des transports routiers du Sénégal (CPTRS), explique : “La situation est extrêmement difficile. Il y a des gens qui ont emprunté des millions (de francs CFA) auprès des banques pour investir sur le corridor. Ils sont obligés de braver le danger pour s’en sortir, puisqu’il n’y a pas d’alternative.”

En fait, le corridor Dakar-Bamako est indispensable pour le Sénégal dans ses échanges avec les autres pays de la sous région. Il permet non seulement de desservir le Mali, qui reste le plus gros client du pays dans la zone, mais aussi de rallier la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, voire le Niger. Après les attaques du 25 avril, il a été complètement paralysé, mais ces derniers temps, la situation s’est légèrement améliorée. Daouda Lo, de l’Union des routiers du Sénégal (URS), confirme : “Du côté de Moussala (commune située dans la région de Kédougou, un axe qui permet de contourner Kayes), ça va un peu mieux. Les gens partent, mais lentement. La voie est au moins sécurisée par l’armée. Par contre, sur l’axe Kidira-Kayes-Bamako, les camionneurs s’arrêtent à Kayes. Ils ne vont pas jusqu’à Bamako à cause de la présence des djihadistes sur le reste du tronçon.”

Ce qui fait courir les camionneurs

Quel que soit l’itinéraire, le chemin reste périlleux. Depuis le début de la crise, plusieurs camionneurs en ont d’ailleurs fait les frais. Selon le bilan de l’Union des routiers du Sénégal, ce n’est pas moins de 15 camions sénégalais qui ont été incendiés par les djihadistes ; plusieurs centaines de camions chargés ont été abandonnés sur place, même si les personnes ont pu rentrer tranquillement au Sénégal. “Certains camions sont là-bas depuis avril. Les autorités maliennes essaient de faire de leur mieux pour faire entrer les convois, mais c’est trop risqué. On peut tout le temps faire l’objet d’une attaque de la part des djihadistes”, prévient le chargé de communication de l’URS.

Serigne Thiam était à Bamako lors de l’attaque du 25 avril. Il témoigne : “J’avais déjà déchargé ma cargaison. Quand il y a eu l’attaque, j’étais déjà sur le chemin du retour. J’ai été bloqué pendant deux jours à Kayes, avant que la situation ne se décante.” Par la suite, les djihadistes ont permis aux chauffeurs de rentrer vers le Sénégal, mais aucun camion chargé ne pouvait continuer sur Bamako. “Sur le chemin du retour, j’ai été arrêté à deux reprises. À chaque fois, on m’a dit clairement en pulaar, la langue peule : ‘une fois au Sénégal, ne revenez pas si vous voulez rester en vie.’ Depuis que je suis rentré, j’ai renoncé à y repartir”, rapporte le chauffeur.

Cela dit, ils sont encore nombreux à braver le risque et ce pour plusieurs raisons. En sus des difficultés du transport et des obligations envers les banques, on évoque les prix qui ont plus que doublé depuis le blocus. “Il y a des cargaisons pour lesquels on nous payait 1,400 millions de francs CFA. Aujourd’hui, ils paient jusqu’à 3,600 millions de francs CFA, parfois même 4 millions pour certaines cargaisons”, confie un autre camionneur. Difficile dans ces conditions d’envoyer au garage son camion. Surtout quand on a une dette à rembourser. “Nous n’avons pas le choix. Le transport de marchandises ne marche pas trop au Sénégal, parce que les grands commerçants ont leurs propres camions, tout comme les industriels”, renchérit M. Lo, priant pour la fin des hostilités au Mali.

Un impact colossal

Cette situation a ainsi de lourdes conséquences pour presque tous les acteurs. Un entrepreneur basé à Bamako revient sur les difficultés surtout sur le tronçon Bamako – Kayes. “Je suis dans un groupe qui dispose également d’une entité à Dakar. Pour certains produits, c’est notre usine de Dakar qui approvisionne Kayes à cause de l’insécurité. C’est un manque à gagner, parce que c’est aussi des droits de douanes à supporter, mais cela montre aussi que les gens s’adaptent malgré les difficultés”, indique-il, stoïque.

Auprès des populations, cette insécurité sur les routes se traduit par un renchérissement généralisé des prix, aussi bien pour les produits alimentaires que pour les produits industriels. Notre interlocuteur donne l’exemple du ciment, qui frôle les 130 000 francs CFA la tonne, contre 114 000 à 115 000 francs auparavant. Pour le carburant, les prix tournent autour de 900 francs CFA et 940 francs pour le gasoil. La situation est encore plus compliquée dans les autres régions, où il est difficile de s’approvisionner à partir des stations. “Dans certaines régions, les prix varient entre 2000 et 3000 francs CFA au marché noir”, précise-t-il.

Nécessité de routes alternatives

Pour Momar Sourang, la sortie de crise ne semble pas envisageable à court terme. “Sans l’appui de la communauté internationale, il sera difficile pour le Mali de dépasser cette situation actuelle, il faut qu’on se dise la vérité”, estime le transporteur qui demande à l’État du Sénégal de travailler à développer les autres corridors, notamment la desserte Dakar-Conakry, mais aussi de mettre un terme au monopole des Marocains sur le corridor Dakar-Tanger, pour offrir des alternatives aux transporteurs. “Le corridor avec le Maroc est intéressant, mais pas pour les transporteurs sénégalais à cause des tracasseries marocaines. Il est difficile de prendre ici des marchandises et d’aller les écouler au Maroc, alors que l’inverse est très facile”, regrette Monsieur Sourang, qui met en garde contre la mise en place d’une ligne maritime entre Dakar et Tanger, comme le souhaite la partie marocaine.

“Cela va tuer complètement le transport routier. Nous pensons que l’État ne devrait pas le permettre”, s’inquiète-t-il, non sans préciser que chaque année, ce ne ne sont pas moins de 1200 camions marocains qui empruntent ce corridor. “Ils nous apportent des légumes qu’ils ne peuvent vendre en Europe, alors que nos maraîchers ont chaque année du mal à écouler leurs productions. Pendant ce temps, ils nous ferment leurs marchés. Je pense que ce sont des choses à corriger”, fustige le coordonnateur des professionnels des transports routiers du Sénégal.

En attendant ces alternatives, les acteurs s’adaptent.“La situation est difficile. Mais les gens n’ont d’autre choix que d’avancer, de vivre avec”, insiste le Malien, qui salue les efforts du gouvernement pour renforcer la sécurité.

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