Face au tournant gauchiste de LFI et à la dérive à droite toute du « bloc central », la responsabilité de la gauche écologique, sociale et démocratique est immense : elle seule peut rassembler suffisamment pour faire barrage au RN en 2027.
Le camp des démocrates est confronté à une double dérive qui favorise l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite : le tournant gauchiste de La France insoumise confirmé par l’affaire Barbara Butch d’une part, l’aveuglement néolibéral et la dérive droitière du « bloc central » d’autre part. Face à cette double irresponsabilité, seule la gauche écologique, sociale et démocratique peut empêcher le désastre que représenterait l’arrivée au pouvoir du RN pour la France et pour l’Europe.
La dérive gauchiste de La France insoumiseOn parle beaucoup de la dérive de Jean-Luc Mélenchon et de LFI et elle est indéniable. Nombreux étaient celles et ceux qui avaient pu penser il y a quelques semaines que le patriarche de La France insoumise aurait à cœur, à l’approche de 2027, de retrouver les accents républicains de ses débuts et mettrait en sourdine le « bruit et la fureur » pour tenter de convaincre à gauche au-delà de sa base radicalisée. Il n’en est rien finalement.
Il a choisi au contraire d’en remettre une louche en matière de soutien à Vladimir Poutine en expliquant trouver « très imprudent d’accepter que l’Ukraine fasse des tirs en profondeur sur le territoire de la Russie » et de mettre en exergue les propositions les plus farfelues de son programme comme les « écorégions » qui ne correspondent à aucune réalité sociale, économique et culturelle. L’affaire Barbara Butch et le soutien apporté à Allan Brunon, le chef de file LFI à Grenoble, ont achevé de montrer que son mouvement n’entendait pas réellement conquérir le pouvoir mais continuer à s’inscrire dans une logique minoritaire de polarisation croissante au sein de la société française. La France insoumise mise visiblement désormais sur la victoire du RN en espérant pouvoir incarner par la suite la résistance face à l’extrême droite au pouvoir.
La dérive droitière et l’aveuglement néolibéral du « bloc central »Mais la poursuite de cette dérive gauchiste de LFI ne doit pas occulter une autre dérive tout aussi dangereuse pour l’avenir de la démocratie en France, celle du « bloc central », lancé dans une surenchère mortifère avec l’extrême droite sur quasiment tous les sujets. Une dérive ancienne qu’avait notamment marqué, avant même la dissolution de 2024, l’intégration des dispositions de l’état d’urgence dans la législation ordinaire en 2020 ou encore la funeste loi immigration de janvier 2024.
On se souvient qu’il y a deux ans, Emmanuel Macron avait dissout l’Assemblée nationale avec l’idée bancale de faire gagner le RN pour l’user avant 2027. Il avait ensuite combattu activement pendant les élections législatives toute idée de front républicain qui, heureusement, avait quand même pu s’imposer malgré lui, même si la gauche avait nettement plus joué le jeu partout que le « bloc central ». Depuis lors il a constamment nommé des premiers ministres de droite et refusé tout geste qui aurait pu aller dans le sens de la construction d’un rassemblement de défense démocratique face au Rassemblement national.
Depuis deux ans, le « bloc central » a au contraire quasiment toujours recherché en priorité le soutien de la droite et de l’extrême droite pour gouverner et adopter ses projets de lois. Et malgré sa rupture − largement théorique − avec Les Républicains actée en octobre 2025 et le geste fort consenti par le Parti socialiste pour laisser passer le budget 2026, cette dérive s’est poursuivie et même accentuée ces derniers mois. Comme on vient de le constater ces derniers jours avec la sinistre loi sur la présomption de légitime défense pour les forces de police ou la mortifère loi d’urgence agricole qui met en péril la santé des Français et l’avenir des ressources en eau du pays.
Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027, loin de tendre la main à la gauche pour essayer de contrer le RN, Gabriel Attal, Edouard Philippe et Bruno Retailleau se tirent la bourre pour savoir qui d’entre eux en rajoutera le plus pour imiter le RN en matière de sécurité ou d’immigration. Ignorant cette vieille loi de la politique : les électeurs et électrices préfèrent toujours l’original à la copie.
Ils promettent aussi tous trois de poursuivre, voire d’accentuer, la politique économique désastreuse menée depuis 2017 à coups de baisse d’impôts pour les plus riches et les entreprises et de pression sur les dépenses qui a désorganisé les services et l’action publics, freinant notamment l’adaptation du pays au changement climatique, tout en faisant exploser la dette. Le « bloc central » n’a manifestement tiré aucun bilan du désastre des deux mandats d’Emmanuel Macron et s’accroche toujours à la politique économique et sociale qui a fait monter l’extrême droite de 25 % des voix en 2017 à 40 % aujourd’hui.
La responsabilité de la gauche écologique, sociale et démocratiqueFace à cette double irresponsabilité, le gauchisme défaitiste de LFI d’une part et l’aveuglement néolibéral et la dérive à droite toute du « bloc central » d’autre part, la responsabilité de la gauche écologique, sociale et démocratique est immense : c’est sur ses épaules que repose la possibilité d’éviter le désastre que constituerait pour la France et pour l’Europe l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national. Elle seule peut incarner en effet la rupture avec la politique catastrophique menée depuis 2017 que souhaite l’énorme majorité des Françaises et des Français tout en préservant la démocratie et en redressant les finances publiques comme l’avait fait Lionel Jospin entre 1997 et 2002. Elle seule peut espérer rassembler suffisamment largement au second tour pour battre le RN.
Il n’a échappé à personne qu’elle n’a pas (du tout) été à la hauteur de cette responsabilité colossale jusqu’ici. Il lui reste neuf mois, le temps d’une gestation, pour montrer qu’elle est capable malgré tout d’assumer ce rôle essentiel pour l’avenir de la France et de l’Europe.
BIO EXPRESS
Coprésident du club Maison commune et ex-rédacteur en chef d’« Alternatives économiques », Guillaume Duval a été speechwriter de Josep Borrell, ancien haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité et ex-vice-président de la Commission. Il a signé le manifeste « Construire 2027 », lancé par Raphaël Glucksmann, Boris Vallaud et Yannick Jadot.
Cet article est une carte blanche, rédigée par un auteur extérieur au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.
Par Guillaume Duval
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