Comment peuvent agir les collectivités territoriales pour affronter les crises liées au réchauffement climatique ? En alliant la question démocratique et les solutions technologiques. Une solution explorée lors de la soirée du « Nouvel Obs » consacrée à l’écologie dans les territoires, soutenue par Veolia.
L’auteur Maxime Blondeau (à droite), aux côtés de Pierre Ribaute, directeur général de l’activité eau en France chez Veolia (au centre), le 10 décembre, dans les locaux du groupe Le Monde. ARTHUR GAU POUR « LE NOUVEL OBS »
L’écologie n’est pas uniquement un enjeu planétaire : elle démarre… dans nos assiettes. Ainsi s’est ouverte, avec Thierry Marx, la soirée du « Nouvel Obs » du 10 décembre dédiée à l’écologie dans les territoires, soutenue par Veolia. Le grand chef y a déploré en effet ce qu’il nomme la « dégastronomisation » de la France et la raréfaction, préoccupante sur le plan culturel et environnemental, du fait maison. « On a aujourd’hui une alimentation à deux vitesses : une pour les gens qui gagnent assez d’argent, une autre pour ceux qui n’ont pas un ‘‘reste à vivre’’ suffisant et se retrouvent à acheter un prix et non une valeur », a-t-il expliqué.
A cet enjeu s’ajoute celui de la gestion des ressources pour les restaurants de demain : « Avec quelle énergie, quel matériel, quelle eau vont-ils travailler ? » Pour la gestion de l’eau, « des entreprises comme la nôtre apportent des solutions concrètes d’ingénierie », a affirmé Jean-François Nogrette, directeur de la zone France et déchets spéciaux Europe chez Veolia. Pour autant, a-t-il précisé, les réponses ne peuvent être seulement technologiques : « Nos solutions ne pourront être pertinentes que si elles rencontrent une société avec des acteurs qui font face aux défis liés au climat et à la pollution. »
Car tout se noue dans le politique. Par exemple, la gestion de l’eau est l’un des défis posés par le réchauffement climatique. Maxime Blondeau, enseignant à Sciences-Po Paris et auteur de « Géoconscience » (Allary Editions), a exposé qu’avec l’urbanisation et la technicisation de nos sociétés notre rapport à l’eau était complètement chamboulé : « En se coupant de notre relation naturelle au territoire, on a tendance à invisibiliser l’eau. Lors de crises, comme celle du Cap [en Afrique du Sud, NDLR] en 2018, il y a une prise de conscience soudaine de la population. »
Mais faut-il attendre une crise pour que les Français se rendent compte de la situation ? Selon Pierre Ribaute, directeur général de l’activité eau en France chez Veolia, nous savons déjà nous adapter : « Les personnes nées aujourd’hui vont vivre dans un pays où le débit des cours d’eau et la recharge de nappes vont significativement baisser. Mais la bonne nouvelle est qu’il existe des pays dans cette situation qui se sont adaptés, comme l’Espagne. » Il a mis en avant la nécessité de mobiliser des eaux alternatives, « comme celles issues des eaux usées traitées, car les eaux usées sont une ressource qui croît avec la population. En France, elle représente moins de 1 % de l’eau utilisée, alors qu’en Espagne, c’est 15 % ».
Le chef Thierry Marx et Jean-François Nogrette, directeur de la zone France et déchets spéciaux Europe chez Veolia. ARTHUR GAU POUR « LE NOUVEL OBS »
Face à l’inéluctable, François Gemenne, spécialiste de la gouvernance du climat et des migrations, directeur de l’Observatoire Hugo et coauteur du sixième rapport du Giec, a, lui, déploré le relatif attentisme des autorités françaises : « Nous avons parfois du mal à réaliser un certain nombre d’arbitrages de nature politique entre différents usages de l’eau : quelle part voulons-nous réserver à la consommation privée, à l’industrie et à l’agriculture ? Ce sera une question fondamentale dès lors que la disponibilité va se réduire. » Sachant que les territoires ne sont pas touchés de la même manière. « Avec ces grands déséquilibres, la question sera : comment va-t-on redistribuer l’eau, tant au niveau national qu’européen ? »
Pour Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean-Jaurès et auteur de « la Démocratie à l’état gazeux » (Flammarion), questions démocratiques et écologiques sont intimement liées. « Si la crise écologique n’est pas contenue dans un horizon de dix à vingt ans, la démocratie représentative sera attaquée dans sa capacité à régler les problèmes […] Il faut prendre garde au risque de dissocier le local et le national », a-t-il insisté en pensant à 2026, année d’élections municipales.
Ce lien entre démocratie et écologie doit s’exprimer à l’échelle locale, selon Florian Bercault, le maire de Laval, qui est intervenu lors de notre seconde table ronde : « Nous avons été confrontés à la présence de radon, un gaz radioactif, dans une école publique. On a organisé une réunion avec des parents d’élèves et une spécialiste du nucléaire qui expliquait qu’il ne constituait pas un danger. Mais, la majorité des parents ayant voté pour la fermeture de l’école, nous l’avons fermée. La démocratie doit être au service de l’écologie. »
L’heure est à la préventionC’est aussi ce qu’a défendu Kristell Niasme, maire de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne), qui a eu à affronter les conséquences du réchauffement climatique : « La Seine et l’Yerres se sont rappelées à nous en 2016. Et lors d’une inondation, c’est toute une vie qui s’en va. » La ville n’était pas préparée à cet épisode, et, pour changer la donne, la maire a mis en place un plan de « renaturation », qui « passe par le rachat de parcelles aux familles afin d’installer un grand parc dans lequel l’eau pourra s’étendre et préserver les habitants ».
A Poitiers (Vienne) aussi, l’heure est à la prévention. Léonore Moncond’huy, sa maire, a partagé son regret et son expérience : « Nous [avons] perdu la conscience des risques. Mais nous avons mis en place une mission de prévention, gestion de crise et résilience, qui a pour objectif d’assurer la sécurité alimentaire et sanitaire, avec une participation citoyenne. » Afin de répondre démocratiquement, là encore, à la crise climatique et aux ajustements locaux que celle-ci réclame.
Kristell Niasme, maire de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne) et Léonore Moncond’huy, maire de Poitiers (Vienne). ARTHUR GAU POUR « LE NOUVEL OBS »
Quant à Ronan Dantec, sénateur écologiste de Loire-Atlantique, il a estimé que « la vraie question, ce n’est pas la crise. Ça, les sociétés comme les nôtres adorent, car la crise légitime l’Etat et nous permet d’apprendre ». Le vrai défi serait de savoir comment vivre au quotidien sous un climat bouleversé, une question plus culturelle que politique. « Je ne pense pas qu’on ait saisi la mesure des mutations, et donc des risques d’exclusion sociale qui sont derrière. »
Comment faire ? Le philosophe Gaspard Kœnig a imaginé une réponse collective locale dans son roman « Aqua » (à paraître le 9 janvier, aux Editions de l’Observatoire). « Il faudrait renouer avec les savoirs vernaculaires locaux, s’arranger entre citoyens conscients au sein d’une communauté relativement petite, capable de s’autogérer », a-t-il envisagé. On mesure le travail qui reste à accomplir.
Par Oscar Leroy
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