Si les contempteurs de l’exécutif appuient sur la promesse non tenue d’Emmanuel Macron sur les canadairs, le chef de l’État martèle que le budget de la Sécurité civile a presque doublé sous sa présidence.
Politique 28/07/2026 06:02 Actualisé le 28/07/2026 16:08
Si les contempteurs de l’exécutif appuient sur la promesse non tenue d’Emmanuel Macron sur les canadairs, le chef de l’État martèle que le budget de la Sécurité civile a presque doublé sous sa présidence.

STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Comment la lutte contre les incendies vire à la bataille de chiffre entre le gouvernement et ses opposants
Sur tous les fronts. Critiqué par ses opposants politiques au début de l’été, sur les enjeux liés à la canicule et au réchauffement climatique, le gouvernement fait tout pour ne pas être pris en défaut face aux incendies qui ravagent plusieurs régions à travers le territoire. Après de nouvelles réunions à l’Élysée et Matignon le matin, Emmanuel Macron s’est rendu en Gironde lundi 27 juillet en début de soirée, où 43 000 hectares ont déjà brûlé.
Ce « mégafeu » à l’appétit « XXL », selon la terminologie apocalyptique de l’exécutif concentre tous les regards et inquiétudes. « Stabilisé » mais pas encore « fixé », il a déjà provoqué l’évacuation de quelque 220 000 personnes, la destruction de dizaines de bâtiments, et semble tout proche de menacer Bordeaux.
Un danger inédit qui a poussé le président de la République et son Premier ministre à engager tous les moyens disponibles. Outre la flotte française habituelle, ses canadairs et bombardiers d’eau, la mobilisation de 1 500 militaires, Sébastien Lecornu a décidé samedi d’envoyer l’avion A400M, prévu pour le transport de troupe et transformé à cette occasion pour lutter contre les feux. Quelques heures plus tôt, Emmanuel Macron avait activé le mécanisme de protection civile de l’Union européenne, permettant à la France de réclamer à ses voisins plusieurs de leurs engins mis à disposition.
La promesse non tenue de MacronDans ce contexte, les griefs politiques changent quelque peu de nature. S’ils évitent de reprendre le refrain du manque de réactivité du gouvernement, une critique habituelle par temps de gestion de crise, les oppositions concentrent surtout leurs flèches sur les questions de moyens et de stratégie globale. Dès lors, la bataille de chiffres fait rage, avec des éléments souvent partiels de part et d’autre.
D’un côté, les contempteurs de l’exécutif dénoncent les promesses non tenues d’Emmanuel Macron et certaines coupes dans les budgets. En 2022, le président de la République s’était effectivement engagé à « remplacer » intégralement la flotte des Canadairs français d’ici la fin de son mandat, et de passer leur nombre de 12 à 16. Ces voix critiques s’appuient notamment sur un rapport d’information de deux députés (PS et LFI) qui pointaient, dès 2025, une ambition revue à la baisse et consistant désormais à la seule « acquisition de quatre nouveaux appareils afin de porter la flotte totale des Canadair à seize d’ici 2033. »
Pour l’heure, seuls sept canadairs français sur douze sont opérationnels et donc engagés contre les feux, les cinq autres sont en maintenance. Loin, donc, de la promesse présidentielle. Le « taux de rotation des Canadair est très élevé actuellement, il est multiplié par trois par rapport à l’année passée », s’est défendu le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez lundi au sortir du Conseil des ministres, évoquant des pauses mécaniques nécessaires pour « la sécurité des pilotes » mais compensées « par des locations. » Il n’empêche, dans ce contexte ultrasensible, un autre responsable politique est traîné sur le banc des accusés.
L’exécutif loue la hausse des budgetsIl s’agit de Gabriel Attal, l’ancien Premier ministre pointé du doigt pour avoir empêché la commande de deux appareils supplémentaires quand il était à Matignon. Une critique notamment émise par La France insoumise et le Rassemblement national qui, malgré les dénégations du premier concerné, s’est révélée fondée. Le désormais candidat à la présidentielle a effectivement signé un décret, en 2024, pour retirer 52,8 millions d’euros au budget de la Sécurité civile, ce qui a conduit à la mise en sommeil de l’achat de deux nouveaux canadairs.
De l’autre côté, pour répliquer à ce début de procès, l’exécutif développe un argumentaire bien rodé. Aux critiques de Jordan Bardella (RN) qui parle « de retard ou de manque de moyens », ou celles de Marine Tondelier (écolos), qui fustige des « pyromanes politiques qui continuent à faire semblant de ne pas voir (...) et qui ne prennent pas les bonnes mesures », les ministres concernés répondent invariablement : « mensonge et polémique. »
Ainsi, Laurent Nunez s’est dit « sidéré » et « effaré », lundi après-midi, par les critiques, également relayées par les « polémistes de plateaux télé. » « D’une manière générale, le budget de la sécurité civile est passé de 450 millions en 2017 à 800 millions d’euros en 2026. C’est une augmentation de 76 % », a-t-il rappelé, en détaillant ce que cette augmentation a permis. Par exemple, l’acquisition de 500 camions ou engins mobiles pour lutter contre les feux. Même chose, selon le ministre de l’Intérieur, concernant les moyens aériens.
Macron sur le terrain pour défendre son bilanAlors que le débat se concentre sur les promesses non tenues en matière de canadairs, « la flotte aérienne française a une force, c’est qu’elle est très diverse. » « On est passé de deux à huit Dash, des avions qui ont une capacité d’import de 10 000 litres (contre 6 000 pour les canadairs), entre 2019 et 2023 », a-t-il argué, en assurant que la flotte française est composée au total de « 67 vecteurs », si l’on intègre aussi les locations. Il s’agit donc, comme l’a indiqué l’homme de la Place Beauvau, de l’une des forces les plus importantes en Europe.
« Un record historique », s’est également réjoui le président de la République lundi soir, en reprenant ces chiffres depuis Bordeaux. « Je me félicite de ne pas avoir attendu ces feux et d’avoir, dès 2017, 2018, pris les premières décisions », a-t-il encore martelé, pour essayer de couper court aux reproches lancés par l’opposition.
Enfin, pour essayer de gagner la bataille des récits, le gouvernement avance un autre argument, cette fois-ci confirmé par les spécialistes de la lutte contre les incendies : pour l’essentiel, le feu se combat au sol. Or, concernant les moyens humains, la France soutient amplement la comparaison avec ses voisins.
Reste alors un autre aspect que l’exécutif pourrait avoir du mal à assumer, celui qui a trait à l’environnement, et à la préservation ou l’entretien des espaces forestiers. Le budget de l’office national des forêts, de la biodiversité, ou encore du fonds vert, ont tous été attaqués ces dernières années. Le but ? Réaliser quelques menues économies. Le risque ? Affaiblir leurs poids et leurs missions pourtant essentielles pour se prémunir des feux. Un front après l’autre.