Quatrième sprinter belge de l’histoire sur 200 m et n° 4 en Europe en 2026, le double champion de Belgique en titre vit la meilleure saison de sa carrière à 29 ans. Il rêve de décrocher une médaille avec le relais 4x100 m des Belgian Falcons à Birmingham. ...
Sur la piste du stade Roi Baudouin, les déboulés s'enchaînent en ce mardi après-midi, à quatre jours du départ pour les championnats d'Europe d'athlétisme de Birmingham. Les sprinters de nos équipes nationales de 4x100 m, passant entre les cellules photoélectriques installées dans l'un des couloirs, répètent inlassablement leurs gammes sous l'œil de leurs coachs et du responsable des relais, Bram Peters.
Chaque passage de témoin est filmé, chronométré et analysé, différentes données (nombre de pieds, durée de la transmission sur 30 mètres, timing et distance) étant retranscrites sur un tableau qui nourrira la réflexion des entraîneurs quant à la composition idéale des Belgian Rockets et des Belgian Falcons en Angleterre.
"Normalement, je devais recevoir le témoin d'Emiel Botterman et le donner à Simon Verherstraeten mais le premier s'est fait piquer par une guêpe et a le bras hypergonflé, et le second n'est pas là en raison d'une douleur au mollet", glisse Antoine Snyders en nous rejoignant pour un long entretien dans la tribune principale de l'enceinte. "Mais ce n'est pas bien grave, on a pu tester d'autres combinaisons et cela pourrait se révéler utile."
Le sprinter de 29 ans était à l'entraînement au stade Roi Baudouin mardi. ©cameriere ennioÀ 29 ans, le sociétaire de Seraing Athlétisme, qui triplera 100 m, 200 m et 4x100 m à Birmingham, n'a jamais semblé aussi fort, comme en témoigne le chrono de 20.24 (+ 0,3 m/s) établi sur 200 m, le 11 juillet dernier, à Courtrai et qui l'a installé au quatrième rang européen.
60 athlètes composent finalement la sélection belge pour les championnats d'Europe d'athlétisme à Birmingham"Cette course a constitué le vrai détonateur de ma saison", reconnaît l'athlète entraîné par François Gourmet, qui a également battu son record sur 100 m en 10.20 (+ 1,0) lors de son doublé aux championnats de Belgique à Louvain. "Une semaine plus tôt, sans me sentir très bien, j'avais fait 10.15 et 20.25 avec trop de vent, à Virton, et on savait très bien qu'il y avait moyen de faire un grand chrono à Courtrai. Le minimum européen, c'était ce jour-là ! J'ai pris le 100 m comme un échauffement, puis j'ai tout donné sur 200 m. Je me sentais vraiment bien dans ma tête et en sortant du virage, j'avais encore plein d'énergie."
Devant Jonathan BorléeSa performance a fait d'Antoine Snyders le quatrième Belge de l'histoire derrière Simon Verherstraeten (20.13), Patrick Stevens (20.19) et Kobe Vleminckx (20.23). Le voilà sorti de l'ombre de certains de ses prédécesseurs.
L'athlète de Waremme est le champion national du 100m et du 200m. ©Belgaimage"À cette occasion, j'ai pris le record LBFA à Jonathan Borlée (20.31), ce qui situe aussi le niveau de la performance", reprend le Waremmien d'origine, aujourd'hui installé à Awans.
Antoine Snyders disputera, dans quelques jours, ses premiers championnats internationaux en individuel. Non sans certaines perspectives dans la mesure où il sera exempté des séries sur 200 m en vertu de son ranking.
guillementSi je passe les séries, je n'ai pas envie de me cramer en demi-finale du 100 m.
"Pour moi, une finale sur 200 m est tout à fait possible. Et pourquoi pas un podium ? lance-t-il. On sait qu'en finale, tout peut arriver. Au début, je ne voulais pas faire le 100 m mais mon coach m'a dit de faire une bonne série afin d'avoir une course dans les jambes avant le 200 m, de m'imprégner de l'ambiance dans le stade, de voir comment tout est organisé au niveau des chambres d'appel, etc. Mais je n'ai pas envie de me cramer en demi-finale où ce sera de toute façon très compliqué de passer. L'objectif, c'est le 200 m et le 4x100 m."
Quatrième de l'édition 2024, à Rome, le relais masculin dirigé par Lieve Van Mechelen, même privé du concours de Kobe Vleminckx qui a mis un terme à sa saison sur blessure, nourrit en effet de grandes ambitions.
"On peut rêver d'un podium, très clairement, parce que dans un 4x100 m, il y a toujours un grand pays qui lâche le témoin et surtout parce qu'on a une très bonne équipe. Simon, Emiel et moi allons courir l'individuel, donc on verra au niveau des sensations de chacun, mais je suis persuadé qu'on peut faire une très belle performance", insiste le sprinter francophone, dont les qualités de vitesse dans le virage s'expriment au poste de troisième relayeur.
"Je sais garder mon sang-froid là où d'autres qui n'ont pas forcément l'habitude risquent peut-être de démarrer trop tôt ou trop tard. Or les passages de témoin, c'est le point critique dans cette épreuve."
François Gourmet confirme : "Antoine est sûr de lui et il ne se prend pas la tête. Au quotidien, il est très indépendant et il aime savoir ce qu'il fait et pourquoi il le fait. On est vraiment dans le partage de connaissances. C'est le genre d'athlète que tout entraîneur aimerait avoir dans un groupe."
Un "team player"Devenu un pilier des Belgian Falcons depuis quatre ans, Antoine Snyders, qui a déjà pris part en équipe à des Mondiaux (2025) et à l'Euro (2024) en plus des World Relays, sait ce qu'il doit à ce projet relancé en 2022 alors que lui-même sortait de "trois saisons très difficiles".
Cela a renforcé, du reste, le côté "team player" de ce garçon réservé mais qui dévoile vite un profil d'ambianceur, nous dit-on, au sein du collectif.
"J'adore le relais 4x100 m ! J'en ai toujours fait depuis les catégories d'âge, et je garde un excellent souvenir de la médaille de bronze remportée en 2019 à l'Euro espoirs, en Suède, avec Simon, Kobe et Raphaël Kapenda en finale, mon frère jumeau Camille (NdlR : qui a ensuite évolué vers le 400 m puis le décathlon) ayant couru les séries. Honnêtement si je ne devais faire que l'individuel, il me manquerait quelque chose. J'aime bien cet esprit de groupe. Un podium avec le relais m'apporterait sans doute davantage de satisfaction qu'une médaille individuelle : je trouve que ça fait de bien meilleurs souvenirs."
L'athlète de 29 ans est dans la forme de sa vie. ©cameriere ennioLe déclic, dans sa carrière, Antoine Snyders le situe d'ailleurs lorsqu'il a couru en scolaires, en relais, lors du "Youth Mémorial Van Damme" consacré aux stars de demain.
"C'est ce moment-là qui m'a donné envie de faire du sprint. Avec le stade, l'ambiance, le fait d'être concentré sur sa course et de vouloir tout faire parfaitement. Depuis lors, je n'ai eu de cesse de me poser la question en boucle : comment faire pour devenir plus fort ?"
Inspiré par Robin Vanderbemden, l'un de ses partenaires d'entraînement à Seraing, Antoine Snyders a dû faire preuve de patience avant de récolter aujourd'hui les fruits de son investissement.
guillementJ'ai toujours réfléchi sur moi-même en misant sur mes forces.
"Je n'étais pas très fort en juniors, ni le plus talentueux, mais j'ai toujours été animé par l'envie de progresser, dit l'intéressé, réputé très fort en fin de course. Mon caractère fait aussi que je n'abandonne jamais. Je n'ai, en tout cas, jamais cherché à devenir quelqu'un d'autre. Je ne me suis jamais dit que j'avais envie de courir comme Noah Lyles ou d'avoir le départ de Christian Coleman. J'ai toujours réfléchi sur moi-même en misant sur mes forces : la vitesse, l'endurance et le mental. Ces dernières années, j'ai aussi eu la chance de n'être quasiment jamais blessé."
La fin de la sexualisation des femmes en athlétisme ? Les nouvelles règles qui veulent changer le regard sur les sportivesÀ l'instar de Kevin et Jonathan Borlée autrefois, Antoine et Camille Snyders sont très fusionnels en dehors de la piste également. Ces ingénieurs en informatique habitent même ensemble ("par facilité", dit le premier) et travaillent pour la même société en tant que consultants.
Pas facile de distinguer les jumeaux Snyders ! ©Yves Bircic"Camille reste mon sparring-partner, il fait toutes les séances de sprint avec moi, en plus de tous ses autres entraînements", sourit Antoine, qui s'avoue reconnaissant pour le contrat Adeps à mi-temps dont il bénéficie depuis l'an dernier.
guillementJ'arrive à mieux concilier mon boulot et ma vie d'athlète de haut niveau.
"Cela a changé quand même beaucoup de choses, surtout au niveau de l'organisation de mon emploi du temps et de la récupération. J'arrive à mieux concilier mon boulot et ma vie d'athlète de haut niveau. Avant, je ne devais être qu'à 80 % ou 90 % tout le temps. Et voyez mes performances aujourd'hui", avance notre interlocuteur.
Fan du JaponQui conclut en évoquant sa passion pour le Japon, un pays dont il continue à apprendre la langue. Certains membres de la délégation belge ont d'ailleurs été très surpris (et amusés…) de le voir converser avec des résidents locaux, l'an dernier, lors des Mondiaux de Tokyo.
"J'apprécie les mangas et la lecture de Naruto m'a donné envie d'en apprendre plus sur ce pays. Oui, je suis devenu fan du Japon dont j'aime à la fois la culture, la rigueur, le calme de ses habitants et leur façon de prendre le temps. Franchement, je n'aurais pas supporté que l'équipe ne se qualifie pas pour les Mondiaux l'an dernier (rires). J'étais tellement heureux ! Dans la foulée de la compétition, j'ai pris des vacances dans ce pays où je me rendais pour la deuxième fois. Le bonheur…"
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