Entre un dessinateur, un mécanicien et un ancien routier, l'alchimie était inévitable. À Lautrec, ces trois retraités complémentaires consacrent jusqu'à trois ans de travail minutieux par véhicule pour ressusciter de...
l'essentiel Entre un dessinateur, un mécanicien et un ancien routier, l'alchimie était inévitable. À Lautrec, ces trois retraités complémentaires consacrent jusqu'à trois ans de travail minutieux par véhicule pour ressusciter de mythiques Renault ou Somua d'après-guerre. Alors qu'ils exposent leurs plus belles pièces ce samedi 15 août, rencontre avec cette "fine équipe" hors du commun.
Au milieu des champs bordant Lautrec, une bâtisse isolée ne laisse en rien deviner qu'elle abrite le paradis des passionnés de camions anciens. Et surtout, le QG de Roger, Patrick et André, tous retraités.
Roger est le premier à se lancer. "Petit, je jouais beaucoup avec des camions miniatures. Puis, j'ai grandi dans les années 50, c'était l'essor de l'industrie automobile d'après-guerre", explique-t-il. Alors, lorsqu'il part à la retraite à 57 ans, l'ancien dessinateur chez Renault s'engage pour de bon dans la restauration de camions.
Il choisit même sa maison de Lautrec exprès pour ça. Sur son grand terrain, on ne compte pas moins de 4 hangars. En se faufilant dans l'un d'entre eux, impossible de ne pas se sentir minuscule. Dans cette pièce, chaque millimètre compte. Les engins sont garés les uns contre les autres, impossible d'en rentrer un de plus. Roger assure n'avoir "que" dix camions entièrement restaurés datant des années 30 à 60. Sans compter les autres monstres à six roues qui attendent patiemment leur tour sous leur couche de poussière.
La fine équipeMais impossible d'entreprendre ces chantiers titanesques sans l'aide de Patrick, également ancien salarié chez Renault, et André, ancien routier, réunis par le hasard. "On est complémentaires, seul, on mettrait dix fois plus de temps à tout remettre à neuf", assure Patrick.
Car le trio s'efforce de remettre ces camions en état sortie d'usine. Ils passent environ 3 ans sur chaque véhicule, et l'organisation est bien fixée : Patrick s'occupe de la mécanique, André des parties en bois et Roger des dessins de la carrosserie.
La restauration ne se limite pas qu'à du bricolage. "Il faut qu'on retrace la vie de l'engin et des techniques industrielles utilisées à l'époque. Parce qu'on restaure un bout d'histoire, on ne peut pas faire n'importe quoi", martèle Roger. Il se tourne vers un de ses camions, un Somua de 1948, en exemple. À cette époque, l'industrie automobile s'offre un nouveau départ après une guerre qui laisse des traces.
"Tous les camions qui sortaient d'usine après 1945 étaient verts, la même couleur utilisée par la Wehrmacht", explique-t-il. La France ayant participé à l'effort de guerre allemand, il fallait épuiser les stocks de peinture une fois le conflit terminé. "Ces engins sont des témoins de ce temps-là. On parvient à comprendre énormément de choses grâce à eux", ajoute Patrick.
"On a tout démonté..."C'est ce qui pousse les trois passionnés à fouiller parmi les annonces en ligne pour dénicher de nouveaux bijoux. Il y a 3 ans, Roger tombe sur une pièce rare : un Renault VTD6 des années 30. Par chance, il parvient à mettre la main sur la carte grise du véhicule. "Avec elle, on a eu accès au nom de son premier propriétaire, sa date de mise en circulation et même son dernier passage aux mines !" s'étonne l'ancien dessinateur.
Mais redonner une nouvelle jeunesse au bolide n'a pas été de tout repos. "On a tout démonté, tout décapé... On y a passé 3 ans", soufflent les retraités. André s'est occupé de refaire la charpente, Roger la carrosserie. Ils ont même passé du temps à fabriquer certaines pièces, impossibles à trouver aujourd'hui. Grâce à des photos d'époque, le groupe a réussi à le reproduire à l'identique, jusque dans les moindres détails.
Pour l'occasion, Roger exposera son fleuron ce samedi 15 août sur son domaine, aux côtés d'autres passionnés et collectionneurs de la région. Il sortira également tous les camions qu'il a déjà restaurés. "En espérant qu'on ne prenne pas un coup de chaud avant eux !" s'amuse-t-il.