Sur les stands du Salon de l’Agriculture à Paris ce lundi 23 février, l’innovation promet d’aider les exploitations à faire face au dérèglement climatique. Les chercheurs, start-up et institutions présentent des...
Sur les stands du Salon de l’Agriculture à Paris ce lundi 23 février, l’innovation promet d’aider les exploitations à faire face au dérèglement climatique. Les chercheurs, start-up et institutions présentent des solutions pour adapter la vigne et optimiser l’usage de la ressource en eau, travaux qui pourraient grandement servir dans l’Aude.
Avec l’augmentation des températures et la diminution de la ressource en eau, le constat est sans appel, un nouvel état climatique est en train de se mettre en place, particulièrement dans le sud de la France. D’année en année, la sécheresse chronique de l’Aude a produit des effets dévastateurs sur les rendements des vignes, mettant en exergue l’urgence de traiter la question des effets du changement climatique sur les cultures.
La technologie au service de l’optimisation de l’eauÀ l’espace Agri’Tech du Salon de l’Agriculture de Paris ce lundi 23 février, des exposants, composés pour la majorité de start-up, donnent à voir une nouvelle façon de cultiver où la donnée est mise au service de l’agriculture. Dans un territoire pauvre en eau, l’irrigation doit être précise, nécessaire mais sans excès afin d’économiser la ressource.
L’infrarouge thermique permet de mesurer la température des parcelles afin de déterminer leur taux hydrique.
L'indépendant - Luna Guttierez
Sur son stand, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) a exposé des capteurs hydrauliques. "Ils aident à décider quand irriguer en fournissant la valeur précise de l’humidité du sol, mais ces mesures peuvent ne pas représenter l’ensemble de la parcelle. Pour cela, la télédétection à infrarouge est plus précise. Les capteurs thermiques installés sur des satellites indiquent la température des parcelles, cela permet de savoir où sont les besoins et donc d’optimiser la ressource en eau", détaille Simon Charriere, chercheur à l’INRAE.
Adapter la vigne elle-mêmeSi la viticulture veut survivre dans le département, elle doit se réinventer. "L’Aude a peut-être un caractère exemplaire, elle expérimente de nouvelles façons de cultiver", témoigne Jean-Marie Touzard, directeur de recherche à l’INRAE à Montpellier. Depuis plus d’un an, il travaille sur la crise viticole et réfléchit à des solutions en conduisant des travaux techniques expérimentaux. "On travaille à chercher des solutions mais bien souvent, les problèmes arrivent plus vite que les réponses. Ce qui est sûr, c’est que c’est incontournable et indispensable pour l’Aude de diversifier ses exploitations de vigne en polyculture."
Selon lui, pour sauver la viticulture audoise, plusieurs leviers sont à actionner comme par exemple, l’implantation de cépages adaptés, les porte-greffes, la gestion des sols, l’irrigation mesurée, le design des parcelles…
Des diagnostics pour faire face au changement climatiqueUn gros travail d’adaptation et d’atténuation est mis en place dans les exploitations viticoles du département. Pour encourager et soutenir cette démarche, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), présente au Salon de l’Agriculture lors d’une conférence, finance avec le ministère de l’Agriculture la mise en place de dispositifs pour accompagner les agriculteurs face au changement climatique.
Présentation du plan d’accompagnement des agriculteurs face au changement climatique par Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre à la transition écologique et le président de l’ADEME, Sylvain Waserman.
L'indépendant - Luna Guttierez
Si les agriculteurs sont aux avant-postes de la transition écologique, ils sont aussi les premiers à être impactés par le changement climatique. Dans l’Aude, la Chambre d’agriculture a été lauréate de l’appel à projet et a procédé au diagnostic de dix exploitations, sur un objectif de trente. Ces études prospectives, qui mélangent analyse des sols, itinéraires techniques de conduite du sol et autres paramètres, ont pour but de penser une stratégie cohérente et résiliente face au changement climatique qui se décline en plan opérationnel.
Au domaine Rose de Nougiues à Embres-et-Castelmaure, dans les Corbières, Christophe Vidal, viticulteur, a bénéficié d'un diagnostic. "Le problème majeur demeure le manque d'eau et on a tenté d'imaginer les mesures à prendre pour limiter l'impact de la sécheresse. La solution serait à mon sens d'irriguer de temps en temps avec un stockage d'eau de pluie, voire même d'inonder de manière maîtrisée les vignes pour garder un sol humide", témoigne le viticulteur.
Au Salon, la viticulture audoise semble être à la croisée des chemins. La technologie offre des outils d’optimisation, la recherche propose des pistes d’adaptation variétale. Mais pour les vignerons de l’Aude, confrontés à la fois à la sécheresse et aux tensions économiques de la filière, l’innovation ne sera utile que si elle reste accessible et compatible avec l’identité de leurs terroirs.