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”Faire le lien entre urine sauvage et sans-abrisme est très stigmatisant”

Дата публикации: 20-08-2026 04:37:47

L’ASBL Infirmiers de rue a fait de l’hygiène un pilier essentiel de sa méthodologie d’accompagnement. ...

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L'association Infirmiers de rue œuvre à Liège et à Bruxelles pour reloger durablement les personnes sans-abri à la santé la plus fragile. L'année dernière, l'ASBL a permis à 232 personnes d'être relogées et a prodigué 17 122 soins, conseils, transferts ou accompagnements.

Selon Bruss'Help, près de 10 000 personnes vivent aujourd'hui sans un logement stable en région bruxelloise. Le chargé de communication d'Infirmiers de rue, Oussama Khaddamallah, insiste sur la nécessité de politiques durables. Entretien.

guillement

Le manque d'hygiène est la conséquence directe de l'absence de logement, d'eau courante, de toilettes, de douches, de vêtements propres et d'espaces intimes."

Vous travaillez sur le terrain avec les sans-abri à Bruxelles. Est-ce que vous constatez que l'urine sauvage est un phénomène qui touche particulièrement ce public ?

Au nom de l'association, on ne fera jamais ce lien direct, parce qu'il est stigmatisant envers le public sans-abri. Parler d'urine sauvage et de sans-abrisme, c'est avant tout parler d'un problème structurel. On peut difficilement avoir un espace intérieur dans lequel faire ses besoins à partir du moment où on n'a pas de logement. On est donc obligé de se rabattre vers des solutions offertes par les autorités publiques. Et quand il n'y en a pas, d'opter pour la pratique d'urine sauvage.

Le manque d'hygiène, si on peut appeler ça ainsi, ne sera jamais un trait de personnalité propre à notre public. C'est vraiment la conséquence directe de l'absence de logement, d'eau courante, de toilettes, de douches, de vêtements propres et d'espaces intimes.

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L'hygiène est d'ailleurs un pilier essentiel de votre méthodologie d'accompagnement des personnes sans-abri. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

On a tendance à dire qu'on commence le contact à travers une "lingette hygiénique". C'est la première étape d'un processus parfois long − souvent long − vers un logement durable. Ça peut paraître un peu loufoque de parler d'une lingette hygiénique et d'arriver à un logement, mais l'idée, c'est de refaire prendre conscience à une personne qui elle est.

La photo du sans-abrisme devient plus nette en Wallonie : les enfants représentent plus d'un quart des 19 000 personnes qui n'ont pas de chez-soi

On n'aborde pas l'hygiène comme une question morale ou comme une condition préalable à un logement, mais comme un point d'entrée dans une relation. C'est une amorce pour prendre soin de sa propre personne, restaurer une confiance en soi, mais aussi en l'autre et reconstruire un lien avec des personnes, des institutions, et donc, potentiellement, un logement.

C'est un processus important et très personnel, mais qui permet aux personnes que l'on suit de recréer un lien vers "leurs" droits, de retrouver "une identité" — parce qu'on sait que c'est un public qui, à force d'errance, se retrouve en marge d'une société qui avance sans eux.

guillement

Le sans-abrisme est une conséquence de choix politiques."

La clé semble être le relogement ?

On ne va jamais, chez Infirmiers de rue, prendre une personne en suivi et lui donner "le premier logement disponible sur le marché". On prend conscience que chaque personne est différente, que chaque passé est différent, que chaque futur est potentiellement différent aussi. Donc on recherche le logement adapté à la personne : maison de repos ou de soins, centre hospitalier, appartement…

Après, ce processus se heurte à une réalité de disponibilité de l'immobilier à Bruxelles. Je ne le répéterai jamais assez : le sans-abrisme est une conséquence de choix politiques. Quand on voit l'état du bâti à Bruxelles et le nombre de logements vides, on peut se poser la question de la volonté politique de cloisonner ça et de ne pas donner de solution structurelle à des associations qui, elles, sont prêtes à mettre des moyens et de l'énergie.

Dans le cas de l'hygiène et de l'urine sauvage, nous avons besoin d'un plan concret de la Région. Donc, plus de toilettes gratuites et fermées. Pas seulement des urinoirs inadaptés aux femmes et aux personnes à mobilité réduite.

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