Dans un accord rendu public par erreur, elle engage la Flandre dans la poursuite du financement jusqu’en 2039 de deux aéroports régionaux pourtant sans avenir. ...
L'accord devait rester secret. Mais le cabinet d'Annick De Ridder (N-VA), la ministre flamande de la Mobilité qui l'avait négocié, a fait parvenir manifestement par erreur son contenu aux députés de la commission Mobilité du Parlement flamand. Cette bourde, révélée le jeudi 23 juillet par De Standaard, a allumé la mèche d'un bâton de dynamite placé sous le siège du gouvernement tout entier.
Cet accord, censé être resté secret, est l'aboutissement d'une négociation de plusieurs mois entre Annick De Ridder et Egis, l'exploitant français des aéroports régionaux de Flandre, Deurne (Anvers) et Ostende. Les deux parties se disputaient depuis quelque temps sur le remboursement de dettes qu'elles se devaient l'une à l'autre : Egis réclamait 14,83 millions d'euros au gouvernement flamand au titre de subventions promises mais non dues alors que ce même gouvernement lui demandait le paiement d'une facture de 12,1 millions d'euros correspondant à la rémunération de fonctionnaires flamands détachés notamment pour assurer la sécurité de l'aéroport. Leur litige avait même atterri au tribunal où il se trouve d'ailleurs toujours — Egis, ayant remporté une première manche.
L'accord qui serait resté secret si un collaborateur de la ministre De Ridder n'avait pas commis son énorme bourde convient que ces deux dettes réciproques s'annulent. Mais il va plus loin. Il contient aussi un engagement du gouvernement flamand à rénover la plate-forme de stationnement des avions à Deurne, à prendre en charge les futurs coûts de dépollution des sols et à verser des subventions à Egis pour maintenir les aéroports en état de fonctionnement au moins jusqu'en 2039. En contrepartie, Egis promet de payer à temps toutes les factures à partir de 2026.
La divulgation de cet accord a d'abord provoqué la consternation. Et pour cause. Il y a quinze jours, le gouvernement flamand avait annoncé avoir décidé d'une diminution de 27 % des subsides en faveur des deux aéroports d'ici à 2029. Il connaissait pourtant l'existence de cet accord secret passé avec Egis.
C'est surtout le maintien du subventionnement de Deurne jusqu'en 2039 qui pose le plus question. Non seulement cet engagement lie désormais le prochain gouvernement et même le suivant mais en plus il fait peser une lourde hypothèque sur les finances de la Communauté flamande. Tui fly a en effet annoncé récemment qu'elle cessera ses vols à partir de l'aéroport anversois dès 2027. Deurne ne servira plus alors de base que pour les jets privés alors que, déjà aujourd'hui, son exploitation est déficitaire.
Accord avec les pilotes maritimes pour la reprise du trafic dans les ports flamandsTrois avis négatifsLa consternation s'est ensuite muée en colère de l'opposition quand il s'est avéré que l'Inspection des finances avait remis trois avis négatifs sur l'accord que la ministre De Ridder négociait en secret avec Egis. Pour l'Inspection des finances, la dette d'Egis à l'égard de la Flandre est "une créance incontestée" alors que rien n'indique avec certitude que la Région flamande pourrait être condamnée au paiement des montants dus pour subventions arriérées. "En versant rétroactivement de l'argent, la Flandre risque même une sanction européenne pour aide d'État illégale", ont prévenu les inspecteurs des finances.
Cette mise en garde n'a donc pas suffi. Annick De Ridder a passé outre les trois avis négatifs. Ce qui n'étonne qu'à moitié. L'Anversoise a déclaré un jour publiquement être "une fan de Deurne". Ce n'était pas une parole en l'air. Mais dans cette affaire, elle n'était pas seule. Les partenaires de la N-VA au gouvernement, le CD&V et surtout Vooruit, ont été tenus au courant de l'état d'avancement de la négociation avec Egis. Ils se sont bien gardés d'y mettre des bâtons dans les roues, probablement par peur de voir leurs demandes budgétaires bloquées en représailles. Il n'est pourtant un secret pour personne que les socialistes flamands sont peu favorables aux aides publiques pour ces aéroports régionaux, a fortiori si l'aéroport anversois ne sert plus que de hub aux seuls hommes d'affaires.
Qui est Annick De Ridder, la nouvelle ministre flamande de la Mobilité que Conner Rousseau a comparée à Margaret Thatcher?Un silence tenable ?Pour l'instant, Vooruit et le CD&V se taisent. Mais combien de temps pourront-ils garder leur mutisme ? L'opposition – Groen, Anders, PVDA et Belang – est vent debout contre cet accord. Elle a obtenu la tenue d'une réunion spéciale de la commission Mobilité du Parlement flamand le jeudi 10 septembre et y attend la majorité de pied ferme.
L'opinion publique n'est pas en reste. Les cartes blanches peuplent les pages Débats des journaux. Nombreux fustigent l'attitude du gouvernement qui s'apprête à dépenser de belles sommes pour la survie de deux petits aéroports sans avenir à l'heure où la sécheresse sème la mort en Europe et après avoir décidé de réduire de 44 millions la dotation de la compagnie publique De Lijn.
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