Culture, sport, audiovisuel : faire de la formation un levier contre les VHSS et la culture du silence
Un terreau fertile pour les violences : le diagnostic croisé des expertes
Pourquoi ces secteurs sont-ils particulièrement touchés par les violences sexistes et sexuelles ? Les expertes s'accordent sur un point : la structure même de ces écosystèmes favorise l'omerta.
natacha.leminh
jeu 27/08/2026 - 11:05

Culture, sport, audiovisuel : faire de la formation un levier contre les VHSS - Crédits : Ipama - Carenews
Pourquoi ces secteurs sont-ils particulièrement touchés par les violences sexistes et sexuelles ? Les expertes s'accordent sur un point : la structure même de ces écosystèmes favorise l'omerta.
Dans la culture : le mythe du génie intouchable et le déni structurelPour Mathilde Piote, directrice du Pôle Formation de l'association culturelle et féministe La Petite, le diagnostic est sans appel : le milieu souffre d'un « culte du génie artistique » qui invisibilise les victimes et génère une forte impunité. À cela s’ajoute une érotisation des violences, présente jusque dans les pratiques professionnelles. Le secteur s’est longtemps pensé « au-dessus » de ces violences, entraînant une prise de conscience tardive et un long déni face à un sexisme pourtant structurel.
Par ailleurs, La Petite distingue trois dynamiques aggravantes :
Sur les plateaux de tournage, le temps est compté, les équipes se connaissent et se retrouvent souvent d’un projet à l’autre. Mathilda Gesson, fondatrice et directrice de l'Atelier Marcelle, pointe du doigt une véritable « injonction à la discrétion ». Signaler un comportement problématique peut être perçu comme le risque de retarder ou de mettre en péril un tournage, mais aussi de compromettre de futures collaborations.
Dans ce contexte professionnel fait de contrats courts et d’équipes temporaires, la libération de la parole et le traitement des situations peuvent être plus complexes, favorisant parfois la banalisation ou la normalisation des fameuses « petites blagues ».
Dans le sport et l'animation : le piège de la "grande famille" et la culture du corpsDans les clubs sportifs, les salles de gym ou les structures d'animation, le rapport au corps est au cœur de la pratique. ll existe des frontières floues, avec la manipulation du corps et la gestion des espaces intimes (douches, vestiaires, déplacements) qui créent des zones d'ambiguïté, dont profitent malheureusement les agresseurs.
La remise en question est souvent douloureuse pour les éducateurs et coachs. Il y a aussi la peur d'être rabat-joie sous couvert d'une ambiance conviviale et « familiale ».
Repenser la formation : outiller le collectif et déjouer les biaisTenter de fixer des barrières fermes expose au risque de passer pour un « rabat-joie ». Un déni structurel persiste souvent dans les équipes, qui se réfugient derrière le classique : « Chez nous, ce n’est jamais arrivé » - Justine Favart, responsable des formations VHSS chez FORMA’ (Institut de la Fédération Sportive et Culturelle de France).
Face à ces blocages culturels profondément ancrés, les discours purement moralisateurs ou les formations descendantes réunissant des centaines d'employeurs ou dirigeants / élus montrent leurs limites.
L'objectif d'une formation efficace n'est pas seulement d'empêcher les agresseurs, mais d'outiller et de légitimer le collectif pour qu'il n'accepte plus la violence.
Pour y parvenir :
Depuis Juin 2024, Films en Bretagne accueille la formation « Devenir référent·es harcèlement et discrimination dans le cinéma et l’audiovisuel » délivrée par l’Atelier Marcelle.
Reste que l’obstacle majeur, au-delà des biais, est le temps et le budget pour mettre en place une formation.
Financer sa transition : attention à l'échéance de décembre 2026 !La réglementation se durcit pour briser l'impunité. Dans l'audiovisuel par exemple, le CNC conditionne désormais l'obtention de ses aides financières au suivi de formations VHSS par les équipes.
Pourtant, le financement reste un défi de taille pour les petites structures. Elles peuvent mobiliser leurs OPCO (AFDAS ou FIFPL), mais attention à ne pas tarder !
🚨 En effet, l'enveloppe budgétaire spécifique de l'AFDAS dédiée à la prévention des VHSS (qui permet une prise en charge à 100 % sans amputer le budget formation annuel de la structure) prendra fin en décembre 2026.
Il ne reste donc que quelques mois pour monter les dossiers. (À noter : pour les associations et les bénévoles, des ajustements tarifaires solidaires sont proposés par les organismes de formation).
Pour faciliter le passage à l'action des structures, Ipama centralise désormais sur son site un catalogue et un calendrier partagé des formations de ses partenaires.
Pour consulter les prochaines sessions de formation, rendez-vous ici !
Pour amorcer votre démarche, en attente ou en complément d’une action de formation, voici des outils clés à garder sous la main :
Pour les violences sexistes et sexuelles (VHSS/VSS), composez le 17 en cas de danger immédiat, le 3919 pour l'écoute et l'orientation, ou utilisez le 114.
Pour vous informer, vous faire accompagner ou engager des démarches institutionnelles, vous pouvez consulter
Article rédigé par Elsa Hemery, chargée de communication chez Ipama