Sur une parcelle familiale cultivée depuis cinq générations, Alain Estival raconte son été. Cette année, le Macarou, le vin de Villefranche-de-Rouergue, s'annonce comme une réussite malgré des quantités moindres. Dû à...
l'essentiel Sur une parcelle familiale cultivée depuis cinq générations, Alain Estival raconte son été. Cette année, le Macarou, le vin de Villefranche-de-Rouergue, s'annonce comme une réussite malgré des quantités moindres. Dû à un été caniculaire qui a fait souffrir certains plants. En effet, près de 80 cépages sont cultivés sur cet hectare d'exploitation. Le vigneron a pu observer la réaction de chacun face à la sécheresse et au stress hydrique qui en découle.
La bouteille arbore fièrement la collégiale Notre-Dame de Villefranche-de-Rouergue. Cinquième génération à cultiver la vigne sur ce coteau de l'avenue du Ségala, Alain Estival attend les prochaines vendanges pour la cuvée 2026 du Macarou.
Outre le fait d'être la seule vigne de Villefranche, l'histoire de l'exploitation, c'est encore l'ancien directeur d'école qui la raconte le mieux. "Il faut savoir qu’à l’époque, Villefranche était une terre viticole. Mais à partir des années 1860-1870, avec le phylloxéra (un parasite de la vigne), les gens se sont détournés de la vigne. Et puis, en 1956, il y a eu un gros hiver. Mon père a décidé de changer sa méthode de culture en complétant avec tous les cépages français."
Une exploitation presque uniqueD'ailleurs l'Institut français de la vigne et du vin est venu découvrir cet hectare particulier et a recensé près de 80 cépages différents. "Ils n'avaient jamais vu ça", souffle l'homme de 68 ans, petit sourire en coin. Alors cette culture après l'été caniculaire que nous avons vécu est particulièrement intéressante.
Les vignes surplombent Villefranche-de-Rouergue.
Photo - Vianney Masse
Certaines exploitations ont déjà vendangé avec près d'un mois d'avance. La sécheresse a détruit des récoltes mais, à Villefranche, Alain Estival a pu observer sereinement la réaction de ces différents cépages face à ce contexte exceptionnel qui tend à devenir la norme.
Depuis près de 10 ans, Alain Estival s'occupe de la fabrication du Macarou. Aidé en septembre par une cinquantaine de connaissances et amis pour vendanger. En 2025, 1 600 litres ont pu être préparés, cette année, il mise sur 1 200 litres.
Les cépages espagnols rompus à la chaleurPour cause, plusieurs plants n'ont pas résisté. "J'avais posé près de 200 nouveaux plants, aucun n'a survécu. Les vignes ont subi un fort stress hydrique", explique avec pédagogie le vigneron. Ici, faute d'eau, la plante rentre en "hibernation", réduit son développement pour survivre.
Le stress hydrique a crée différentes maturations sur la même grappe de raisin.
Photo - Vianney Masse
Au gré de la discussion, on peut observer les grappes multicolores, certains raisins ayant réussi à croître d'autres totalement asséchés, le tout sur la même grappe. Conséquence de ce stress. "Les plus jeunes n'avaient pas de racines assez profondes pour survivre", précise Alain Estival. Les vieux plants, plus robustes, eux, ont résisté. Tout comme les cépages espagnols.
Le sexagénaire précise : "On a le Grenache, le Mourvèdre (Monastrell en version originale), on a l’Alicante, on a plusieurs plants comme ça qui ont résisté. Parmi les plants français, ce sont les méditerranéens, comme le cinsault, qui nécessitent le moins d'eau. Par contre, les autres souffrent." Il paraît logique de voir des cépages habitués aux chaleurs méditerranéennes s'épanouir lorsque ces conditions climatiques remontent vers le nord.
Un bon millésime ?Grâce à cette variété de plants, Alain Estival va pouvoir entamer ses vendanges avec une dizaine de jours d'avance. D'ici le 15 septembre. "On a eu quelques pluies qui ont été bénéfiques. Si cela continue, qu’il fait beau, ce sera un très bon millésime."
Pour s'occuper de ses vignes, Alain Estival n'utilise aucun produit. "Avec le soleil, aucune maladie n'a été recensée." Pour l'avenir, le vigneron ne compte pas modifier sa manière de faire. Mais il pose son regard pour l'avenir de la filière : "Je pense que, dans le Sud-Ouest, si on veut garder nos vignes, il faudra associer le plant local, ou de terroir, avec le bon porte-greffe. En jouant sur le porte-greffe, on peut garder des vignes intéressantes."
Dernier obstacle, les risques de grêles. Pour se prémunir, grâce à son fils, le sexagénaire a installé une station météo à côté de ses cultures. "Pour le dernier orage, il m'a dit que la cellule ne devrait pas passer à Villefranche mais plus au nord, ça n'a pas loupé."