De ses coiffes taillées aux ciseaux à ses robes en mailles moulées en 3D, Marion Chopineau mixe les techniques pour créer d’étonnantes parures. Toutes destinées aux grandes maisons de mode.
De ses coiffes taillées aux ciseaux à ses robes en mailles moulées en 3D, Marion Chopineau mixe les techniques pour créer d’étonnantes parures. Toutes destinées aux grandes maisons de mode.
Publié le 21 septembre 2026 à 15h30
Entre deux commandes, Marion Chopineau s’échappe de Paris et de son atelier perché sous les toits du 20ᵉ arrondissement pour explorer d’autres univers, au volant de son van aménagé. Des escapades fertiles pour l’imagination, le crayon jamais loin du volant. Ce retour à la nature imprègne le travail de la designeuse textile, tant dans ses formes organiques que sa quête de matières durables. L’une de ses dernières innovations, l’Hévéatex, consiste à modeler, mouler et imprimer en 3D de la sève d’hévéa pour des applications dans la mode et le design. Un projet amorcé avec un trench en élastomère, évoquant à la fois la combinaison de plongée et le pull irlandais, conçu en 2016 pour l’avant-gardiste Maison Margiela, à partir d’un patron et de pièces tricotées. « Nous avons multiplié les essais pour reproduire en trompe-l’œil les motifs et les effets de la maille torsadée, comme les bords-côtes, avec une matière imperméable, souple et pouvant être piquée machine », explique celle qui aime « combiner les nouvelles technologies et le travail de la main ». Polymorphe, l’Hévéatex peut être teinté et associé à d’autres matières.
En 1998, alors étudiante à l’École supérieure des arts appliqués et du textile de Roubaix, Marion Chopineau était primée au Festival international de mode de Hyères avec sa collection « Her Dress = Hair Dress », intégrant une robe trapèze en latex mêlé de cheveux, parmi dix pièces « à coiffer ». « À l’époque, j’avais une vraie appétence pour le travail des mèches synthétiques, chinées chez les coiffeurs afros autour de la station de métro Château-d’Eau. » Des cheveux peignés, noués, tressés pour créer d’étonnantes coiffes et parures en trois dimensions. Une passion d’enfance : « J’adorais brosser les crinières de mes Barbies et Petits Poneys », sourit-elle. Avec son frère, elle dessine aussi, se déguise et fabrique des cabanes autour de l’ancienne bergerie retapée par ses parents dans un village de Touraine. C’est d’ailleurs grâce à l’esquisse de la maison de ses rêves, en forme de bulle transparente, qu’elle gagne son premier concours, organisé par une célèbre marque de biscuits. Le gros lot : un vélo BMX turquoise, pratique pour vagabonder chez les voisins et les amis de la famille. Parmi eux, une céramiste qui l’initie au modelage et le couple Barbaud, illustrateurs des séries Il était une fois… (la Vie, l’Espace…).
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Bac scientifique en poche, un passage obligé pour cette fille d’enseignants, elle entre en 1994 en classe préparatoire en arts appliqués à l’école Olivier-de-Serres à Paris, puis en BTS design textile. Après ses études, elle est recrutée chez Jean-Charles de Castelbajac où elle peaufine son art de la sculpture en cheveux et sur (fausse) fourrure. Armée de ciseaux de coiffure, elle effile, taille, dégrade les poils à main levée pour alléger, creuser, galber les toisons. Elle fonde son atelier en 2000 pour développer ses propres projets et diversifier ses collaborations, mixant des techniques traditionnelles de broderie, vannerie, macramé, à base de cuir, coton, mousseline et, plus récemment, de tubes de verre pour structurer des volumes inclassables. Ses créations tapent dans l’œil des stylistes et des costumiers. En 2024, la chanteuse Rihanna, experte en coups d’éclat, a ressorti des cartons un chapeau XXL en fausse fourrure turquoise, sculpté par Marion Chopineau pour Christian Lacroix en 2002. Autre matière, autre univers : dans le film Annette, de Leos Carax, sorti en 2021, Marion Cotillard portait une robe en entrelacs de fils évoquant des vaisseaux sanguins, dont la version originale avait été tissée en 2013 avec la styliste Yiqing Yin. Autant de créations à fleur de peau ou de cuir… chevelu.
Photo Claire Dorn pour Télérama
SON OBJET : UN DENIM D’ATELIER
Allergique aux tabliers de travail, Marion Chopineau enfile chaque matin, depuis bientôt vingt ans, son vieux jean à la coupe twistée. « Il a des coutures qui tournent au niveau des jambes et une patte de serrage dans le creux du dos pour un confort absolu », assure la designeuse, qui a piqué ce denim bleu nuit à son petit frère. Avec le temps, il s’est imposé comme une seconde peau increvable, tel un pantalon de cow-girl tout terrain. « Il est costaud, il ne craint rien. J’y plante des ciseaux dans les poches et pas un trou. Je n’hésite pas non plus à m’essuyer les mains dessus. » À peine délavé, conséquence de rares lavages (à la main), il est par contre maculé de taches de teinture, traces des projets et expérimentations menés dans son atelier-laboratoire. Une pièce d’archives sur pied.
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