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Redressement judiciaire de Tudigo, un révélateur des mutations du crowdfunding ?

Дата публикации: 17-09-2026 07:00:58

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Selon les informations de l'AFP, le tribunal de commerce de Bordeaux a ouvert, le 5 août dernier, une procédure de redressement judiciaire à l'encontre de Tudigo, après une cessation des paiements constatée le 31 juillet. Fondée en 2015 sous le nom de Bulb in Town, la plateforme revendique, plus de 200 millions d'euros investis, 300 levées de fonds et 25 000 investisseurs depuis sa création. Elle avait jusqu'au 14 septembre pour trouver un repreneur, les offres devant être examinées par le tribunal le 30 septembre.

Après une décennie de croissance portée par des taux d'intérêt bas, le crowdfunding a ralenti nettement à partir de 2022, sous l'effet de leur remontée puis d'une crise immobilière qui touche particulièrement les plateformes spécialisées dans ce secteur. Le redressement judiciaire de l'un de ses acteurs les plus connus relance les interrogations sur la solidité du secteur, entre plateformes qui ajustent leur modèle et d'autres qui peinent à tenir.

Un secteur qui se stabilise sans repartir

Selon le baromètre publié par France FinTech et Forvis Mazars en mars dernier, le crowdfunding français a collecté 1,763 milliard d'euros en 2025, en hausse de 1,8% après deux années de repli. Le nombre de projets financés a chuté de 19,1%, à 132 369, un recul qui s'explique surtout par la baisse des projets financés en don, catégorie qui concentre l'essentiel des volumes en nombre de projets. Les projets financés en prêt ou en investissement, eux, ne représentent que 3 109 dossiers sur ce total.

L'immobilier, longtemps moteur de la collecte, ne pèse plus que 47,9% des volumes contre près de 70% il y a quelques années. « 2026 restera une année compliquée pour l'immobilier et pour les promoteurs », indique Florence de Maupeou, directrice générale adjointe en charge du financement participatif chez France FinTech. Un acteur historique du secteur, Koregraf, a cessé son activité immobilière en 2025. WeShareBonds, plateforme de prêt aux PME et à l'immobilier, a également mis fin à la sienne la même année. 

À l'inverse, les énergies renouvelables progressent et pèsent désormais plus de 20% de la collecte. « Il y a toujours une dynamique dans le financement participatif, avec de nouveaux acteurs qui se créent et de nouveaux secteurs qui s'ouvrent », note Florence de Maupeou, qui cite comme exemple l'arrivée récente d'une plateforme dédiée au jeu vidéo. 

L'investissement en capital dédié aux startup a chuté de 201,6 à 163,4 millions d'euros entre 2024 et 2025, soit un recul d'environ 19%, pénalisé par la frilosité des investisseurs et l'incertitude fiscale avant 2027. Le cycle de décision s'est aussi allongé, la durée moyenne de collecte pour les projets de startup passant de 61 à 89 jours. « Le secteur a gagné en maturité, parfois un peu dans la douleur : les plateformes affinent la sélection des projets et renforcent la sécurisation des investissements pour mieux protéger les investisseurs », estime Florence de Maupeou.

Tudigo, une crise avant tout interne

Dans un communiqué publié sur son site, Tudigo invoque un retournement du marché combiné à « une période de crise de gouvernance interne, apparue à l'automne 2024 ». Cette crise a conduit Stéphane Vromman, cofondateur et président de Tudigo, à reprendre seul la direction en décembre 2025, après le départ de son associé Alexandre Laing. 

Pour Benjamin Wattinne, CEO et cofondateur de Sowefund, cette situation traduit des choix internes plutôt qu'une fragilité du secteur. « C'est une crise de croissance et une crise entre associés, pas une fragilité du financement participatif », estime-t-il, avant d'ajouter, sans viser Tudigo nommément, que certaines plateformes ont grandi vite sans se doter d'une structuration suffisante pour accompagner cette croissance.

Les recettes des plateformes qui tiennent

Pour tenir sur la durée, certaines plateformes ont fait le choix de diversifier leurs revenus plutôt que de dépendre d'un seul modèle de commissions. « Certaines plateformes ont diversifié leur activité en allant chercher d'autres agréments, pour monter des fonds d'investissement ou faire du conseil en gestion de patrimoine. D'autres ont des charges très limitées, ce qui leur permet d'atteindre la rentabilité rapidement », détaille Florence de Maupeou.

Chez Sowefund, plateforme de financement de startups adossée au groupe Founders Future depuis 2023, Benjamin Wattinne met en avant un modèle rentable, une équipe restreinte et un cash burn maîtrisé. « Notre force, c'est d'avoir un modèle et une structuration rentables, avec une équipe resserrée et des coûts bien suivis », résume-t-il. « Founders Future apporte également une réassurance quant à la solidité financière du groupe. Cela nous permet de bénéficier d’un environnement entrepreneurial et opérationnel renforcé, ainsi que de l’expérience d’un acteur professionnel de premier plan du capital-risque et du capital-développement », ajoute-t-il. La plateforme revendique plus de 10 millions d'euros collectés sur 15 projets au premier semestre 2026.

Face à la chute de Tudigo, les investisseurs s'inquiètent d'un scénario en particulier, celui de ne plus pouvoir récupérer leur argent si la plateforme qui a structuré leur investissement venait elle-même à disparaître. Benjamin Wattinne rappelle d’une part, que les SPV, ou holdings d’investissement, sont juridiquement indépendants de la plateforme et, d’autre part, que tout prestataire de services de financement participatif doit disposer d’un plan de continuité et d’un plan de gestion extinctive. Ces dispositifs prévoient la désignation d’un tiers chargé de reprendre en charge et d’assurer le suivi des holdings d’investissement en cas de défaillance de la plateforme.

Sowefund y ajoute un mécanisme complémentaire : une soulte prélevée sur chaque opération dès la constitution de la holding. Mis en place depuis vingt-quatre mois, ce dispositif représente 2 % des montants investis. « Cela permet de faire face à des événements exceptionnels, de défendre les intérêts des investisseurs et d’assurer la continuité de la holding, y compris dans l’hypothèse où Sowefund cesserait son activité », explique Benjamin Wattinne. Ce mécanisme constitue ainsi un élément supplémentaire de réassurance pour les investisseurs quant à la continuité de leurs investissements.

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